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Agadir au Maroc en mars 2010 by ronramstew via Flickr CC
Agadir au Maroc en mars 2010 by ronramstew via Flickr CC

Le dérèglement climatique profite à l'Afrique

Au-delà de la confrontation entre les alarmés du changement climatique et les climato-sceptiques, l'Afrique du Nord est pour l'instant bénéficiaire des caprices pluviométriques.

Ce n'est que justice, le ciel, qui donne et retire, dessèche le Nord et arrose le Sud.

«Chacun son tour, Allah est juste», explique un agriculteur de la Mitidja, vaste plaine agricole au sud d'Alger, tout content de ses aubergines et poivrons de cet été, une saison habituellement sèche avec ses 6 millimètres de moyenne mensuelle sur juin, juillet et août (9 millimètres ces dernières années sur la même période).

Il pleut, à Alger, sur les régions steppiques, dans le Sahara, mais aussi à Tunis, Casablanca ou dans les zones réputées arides d'Afrique du Nord.

A Alger, les températures sont agréables, il fait 22 degrés en moyenne actuellement, en cette saison où, en temps normal, la canicule sévit déjà au début du mois. S'agit-il d'une illusion?

De l'eau en tous cas il y en a, la soixantaine de barrages hydrauliques algériens sont pleins et débordent de vitalité, donnant le meilleur taux de remplissage depuis 15 ans. Sans compter les dernières pluies de juin, devenues habituelles depuis quelques années, qui font du bien autant à l'agriculture qu'aux populations, alors même que ce mois était le troisième le plus sec avec 14 millimètres seulement en moyenne.

Il y a un peu plus d'une décennie, devant une sécheresse persistante qui obligeait les agriculteurs à arroser leurs champs avec des eaux usées, et devant le vide existentiel des barrages, les autorités algériennes se sont lancées dans un vaste programme de dessalement d'eau de mer. Aujourd'hui 13 stations d'une capacité de 2.2 millions de mètres cubes par jour sont placées sur la côte, auxquelles il faut ajouter 21 petites stations monoblocs d'une capacité globale de 57.000 mètres cubes par jour, qui approvisionnent les populations, les agriculteurs et les industriels. Un investissement avéré utile, même si, grâce à une bonne pluviométrie bien répartie, les barrages sont à nouveau pleins.

Depuis une décennie, l'Algérie a réussi à tripler sa capacité de production d’eau potable et officiellement, 93% de la population est raccordée aux réseaux publics d’eau potable et 86% aux réseaux d’assainissement, avec une dotation quotidienne de 170 litres d’eau par personne, correspondant à la norme internationale sur l'accès à l'eau selon le rapport mondial 2010 (PDF).

Pourtant, il y a six ans, en 2005, «le droit à l'eau» avait été supprimé de la législation algérienne, remplacé par le «droit à l'utilisation», une nuance de taille puisque ce droit introduit la possibilité de payer. D'ailleurs, aujourd'hui, la distribution d'eau à Alger, «liquide de souveraineté», est gérée par le groupe français Suez, ce qui fait grincer des dents les nationalistes secs. Pas grave, il pleut.

La fermeture des piscines européennes ne fait pas pleurer

Vu d'Alger, on a du mal à croire au dérèglement climatique décrit plus haut comme une catastrophe. Que les Européens en souffrent, c'est très possible, mais au fond, l'agriculteur des hauts-plateaux algériens, confronté il y a quelques années à l'insoluble manque de ressources hydriques, n'arrive pas à pleurer en apprenant que certaines piscines ont fermé en Europe.

Alors qu'il pleut régulièrement sur les côtes sud-méditerranéennes, le drame annoncé ressemble comme deux gouttes d'eau à de l'européocentrisme, étant surtout lié à l'Europe, qui se confond ici avec le monde.

Depuis quelques années, le prix des produits agricoles a baissé en Algérie, les récoltes sont bonnes, la pluviométrie aussi, et l'on ne peut que s'en féliciter. Finalement, le dérèglement climatique est pour l'instant favorable.

Tout se passe comme si les zones tempérées d'Europe se décalaient et descendaient vers le Sud, arrosant des parties jusqu'alors délaissées par les dieux de la pluie. Bien sûr, les spécialistes mondiaux du climat, s'ils avouent un regain de pluviométrie dans les régions semi-arides, avertissent que ce n'est qu'un épisode passager et que tout va se compliquer en périodes violentes, imprévisibles, encadrées de périodes sèches. Ce qui est effectivement le cas, chaque année ou presque, des inondations et des pluies torrentielles font des dégâts en Algérie, comme les inondations à Alger en 2001 qui ont fait 1000 morts et 300 millions de dollars (environ 205 millions d'euros) de dégâts ou Ghardaïa dans le désert, en 2008. Mais c'était déjà le cas il y a 20, 40 et 60 ans, le régime des pluies étant ce qu'il est dans ces régions, avec sa longue sécheresse qui bascule brutalement en déluge. Alors, dérèglement climatique?

En 2005, alertée, l'Algérie créait en urgence une Agence nationale des changements climatiques, et son directeur, Mustapha Kara, annoncait la fin du monde, ou du moins celle «des ressources hydriques nationales à l'horizon 2020-2025». L'année suivante, le même directeur allait plus loin, projettant un canal pour relier le fleuve Congo aux zones sahariennes algériennes sur des milliers de kilomètres, le fleuve d'Afrique centrale ayant un débit plus important que le Nil, presque voisin. Aujourd'hui, on ne l'entend plus, sa soif ayant probablement été entre-temps étanchée.

Evidemment, tout n'est pas aussi simple, les alarmistes du climat ont probablement autant raison que les climato-sceptiques et il faut en revenir à cette étude sérieuse sur l'évolution du climat en Algérie (l'étude en PDF). Mais pour l'instant, tout va bien, ici. Pourvu que ça dure. Désolé pour les piscines et gazons européens. 

Chawki Amari

Chawki Amari

Journaliste et écrivain algérien, chroniqueur du quotidien El Watan. Il a publié de nombreux ouvrages, notamment Nationale 1.

Ses derniers articles: L'effroyable tragédie du FLN  Cinq parallèles entre le Mali et l'Afghanistan  Bigeard, le tortionnaire vu comme un résistant 

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