mis à jour le

Etienne preira, ancien international de basket « je n’aurais jamais imaginé que je finirais dans un fauteuil roulant »

Le mercredi 29 mai 2013, l'Association des anciens de Reims, par le biais de son Président Amadou Bécaye Diop, a remis un chèque d'un montant de trois (3) millions de FCfa au neveu de l'ancien international Etienne Preira, légende vivante du basket sénégalais.

Cette cérémonie qui a suivi une soirée de collecte de fonds pour soutenir et rappeler, au bon souvenir de la mémoire collective, cet ancien basketteur de talent, dont le destin de star du Basket international a été fauché en plein vol par un terrible accident un triste soir de l'année 1995. Cloué au lit, sur un fauteuil roulant avant de pouvoir se déplacer avec des béquilles, l'ex-sociétaire de l'Ada Blois assume son infirmité avec beaucoup de courage et de dignité. Dans une discrétion totale, le fils de Sicap Liberté 4 n'a jamais bronché ou tiré sur les autorités pour «non-assistance à personne en détresse». Tombé dans l'anonymat depuis un peu plus de quinze ans, Etienne Preira parle de ses souffrances, de ses galères, de ses espoirs..., de sa vie d'homme. Tout court.

Qu'éprouvez-vous, après cette cérémonie de donation de 3 millions de FCfa collectés par l'association des anciens de Reims ?

Les Membres de l'association sont des amis. A l'époque, ils m'ont trouvé à Reims (France). Je me suis dit que c'était bon de pouvoir partager avec des jeunes étudiants sénégalais le peu que j'avais. On se retrouvait souvent chez moi à jouer aux cartes, boire du thé, refaire le monde... Je suis vraiment content. Leur geste me touche beaucoup, vraiment sur l'action qu'ils ont faite à mon endroit, il n'y a rien à dire. Cela me va droit au c½ur.

Etes-vous surpris, d'autant que ce ne sont pas des sportifs qui composent cette association?

Non, je ne suis pas surpris. Car ce sont des amis qui ont pensé à moi et je suis fier d'eux.

Vous avez eu votre accident il y a de cela 15 ans, avez-vous senti le soutien du monde sportif ?

En fait, le monde sportif a réagi. A Bordeaux, ils l'ont fait, ils ont pensé à moi et ils m'ont soutenu.

Avez-vous le soutien des autorités sénégalaises?

Non ! Ils n'ont rien fait.

Vous ont-elles oublié ?

Oui ! (Il garde le silence un moment) oui !

Après votre accident, vous êtes resté dans le coma un moment, avant de vous retrouver en chaise roulante. Maintenant, vous arrivez à vous déplacer avec des béquilles. Qu'est-ce qui vous motive à vous accrocher, d'où vous vient votre courage?

Il y a mes frères, ma mère, mes s½urs... Ma famille, qui me donnent du courage. Quand je viens au Sénégal, il y a mes amis qui m'encouragent, m'entourent. Les gens de mon quartier, les jeunes, à chaque fois, il y a quelqu'un pour un mot, un geste qui encourage.

Malgré le soutien de votre famille, ne vous arrive-t-il pas d'être seul et de penser à toutes les possibilités que vous aviez, vos rêves brisés par ce malencontreux accident ?

Oui ! Mais de toute façon le problème est (il ne termine pas sa phrase)... On est des croyants, on n'est pas tombé du ciel comme ça ! Moi je suis un croyant, (il se répète) moi, je suis croyant. C'est Dieu qui décide, Lui seul sait ce qui arrivera demain. Personne ne peut savoir, personne ne peut savoir de quoi demain sera fait seul Dieu le sait. Donc, il faut Lui faire confiance. Maintenant pour moi, le passé, c'est le passé, je préfère me consacrer sur le présent et travailler pour un avenir meilleur. On ne sait jamais, personne ne sait, mais comme on le dit souvent : «Demain est un autre jour.»

L'image que l'on retient de vous est le dernier match que vous avez joué au terrain de basket des Hlm 4. Le jeune homme plein de vie et de talent, qui a bien voulu jouer avec les jeunes de ce quartier. Mais vous, quel souvenir voulez-vous garder ?

Il m'arrive de repenser justement à des moments comme ceux que vous venez de rappeler. Parfois, je repense à des moments comme quand je jouais avec des amis. Mais comme je vous l'ai dit tout ça appartient au passé.

Et vous n'aimez pas parler du passé ?

Non ! Je n'aime pas trop.

Parlons donc du présent, comment vont vos jumeaux ?

Ils vont bien, ils ont maintenant 20... 21 ans.

Ils sont devenus grands...

Oui ! Oui !

Vous les voyez souvent, vous passez beaucoup de temps ensemble ?

En fait non, on se parle le plus souvent au téléphone.

Depuis votre divorce, pensez-vous à refaire votre vie avec une autre femme ?

Oui ! bien sûr.

Vous êtes avec quelqu'un ?

Non, pas encore.

Pourquoi ?

Je n'ai pas encore trouvé.

Mais vous la cherchez ?

Je la cherche.

Quel est votre type de femme ?

Bon ! Quelqu'un... qui tient à moi, qui puisse m'être d'un bon soutien... (Il soupire) avec ma famille. (il garde le silence un moment) quelqu'un de bien, qui va bien s'occuper de moi...

Ok mais pour le moment vous vivez avec qui en France ?

Mon frère.

Vos frais médicaux ainsi que vos déplacements sont pris en charge?

(Il garde le silence) oui...

Donc, comme nous l'a confié le président du collectif rémois, vous avez plus besoin du soutien moral du monde sportif, des Sénégalais, vous avez besoin de contact humain ?

Comme vous dites, oui j'en ai besoin bien sûr

Au-delà de ce contact humain, les situations que vous avez traversées, est-ce que vous nourrissez l'espoir de marcher un jour et d'avoir des projets professionnels?

Je ne sais pas de quoi demain sera fait. Seul Dieu le sait. Mais ce qui est sûr, c'est que je vais faire des choses.

Toujours dans le basket, pensez-vous à une reconversion ?

Il n'y a pas que le basket dans la vie. Il y a beaucoup d'autres choses que je pourrais faire.

Comme quoi ?

J'aimerais investir ouvrir un magasin être quelqu'un d'autre, avoir des biens. Dieu a fait que j'ai une maison à Sacré C½ur 3 (quartier de Dakar). Mais je vais sûrement la transformer, la louer où y installer quelque chose. Parce que je ne vais pas habiter là-bas, je veux habiter avec ma famille, ma maman, revenir chez moi, y rester tranquillement. Rien qu'en louant ma maison, je peux me faire de l'argent et comme on dit, petit à petit, l'oiseau fait son nid.

Vous avez donc bien l'intension de revenir chez vous ?

Oui bien sûr. Je veux rentrer chez moi y rester faire quelque chose.

Quelque chose dans le sport ou ailleurs ?

Dans le sport et autre chose peut-être.

Vous suivez l'actualité, qu'avez-vous envie de dire aux Sénégalais ?

Qu'ils s'accrochent, ça va aller. (Silence)

Qu'avez-vous envie de dire à tous ceux qui vous aiment ?

Je vais bien et ça va aller, parce que personne ne sait de quoi demain sera fait et je m'accepte comme je suis. Je n'aurais jamais imaginé que je finirais dans un fauteuil roulant. Je suis devenu un infirme et je l'accepte. Et puis, on essaie d'avancer. C'est la vie, on n'y peut rien. Il faut aller de l'avant, c'est tout. Je sais que j'aurai ce qui me revient et c'est le plus important.

L'Observateur

Rewmi

Ses derniers articles: Remaniement ministériel du 1er Septembre : Comment Mimi Touré a court-circuité Eva Marie Coll  Aliou Cissé:  Nécrologie- Décès du journaliste Abdoulaye Sèye 

basket

Benoit DOSSEH

Sakoba Kéita : Il compte redonner vie au basket en Guinée, malgré…

Sakoba Kéita : Il compte redonner vie au basket en Guinée, malgré…

Oumar DIARRA

Sénégal: La presse sportive retire le titre de meilleur sportif 2012 au basket

Sénégal: La presse sportive retire le titre de meilleur sportif 2012 au basket

Ambroise DAGNON

Philippines: Quand le basket se pratique sur les décombres du typhon Hayian

Philippines: Quand le basket se pratique sur les décombres du typhon Hayian

fauteuil

AFP

Ghana: briguer la présidence de l'Etat, même en fauteuil roulant

Ghana: briguer la présidence de l'Etat, même en fauteuil roulant

AFP

Côte d'Ivoire: Ouattara dans un fauteuil avant la présidentielle d'octobre

Côte d'Ivoire: Ouattara dans un fauteuil avant la présidentielle d'octobre

Isidore AKOUETE

Boxe/Vitali Klitschko : Du ring au fauteuil présidentiel ?

Boxe/Vitali Klitschko : Du ring au fauteuil présidentiel ?