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Emigrés de retour : Le dur combat de la réinsertion

Passer plusieurs dizaines d'années à l'étranger et revenir se réinsérer dans son pays d'origine est loin d'être une partie de plaisir pour les nombreux émigrés sénégalais. De Louga au Fouta en passant par Saint-Louis, les mésaventures ou galères contées par les migrants de retour illustrent les nombreux obstacles ou clichés qui se dressent sur la voie de l'investissement. Les facteurs bloquants se résument à la méconnaissance des réalités du secteur d'activité choisi pour la réinsertion, au regard des proches et voisins mais aussi au manque de moyens et de soutiens.

Le retour de l'émigré lougatois Ousseynou Der sur ses terres d'origine a des allures de cauchemar. En l'écoutant narrer son expérience, on constate qu'il est éprouvé par son retour. La voie de la réinsertion demeure une dure épreuve pour notre émigré de retour. Ousseynou Der se laisse aller à des confidences sur sa mésaventure. «J'avais opté pour le transport. Au moment de rentrer au Sénégal, j'ai acheté 5 camions pesant chacun 30 tonnes à Paris. Ainsi, j'avais investi le secteur du transport jusqu'en 2005 et je ne pouvais pas avancer, faute de chargements réguliers. Mais aussi à cause de chauffeurs qui n'étaient pas sérieux, des taxes, de la patente, etc.», explique Ousseynou Der.

Cent millions de francs investis entre le transport et l'informatique

La collaboration avec un mécanicien n'a pas été fructueuse pour cet émigré de retour qui s'était établi à Rufisque. Pour son activité, Ousseynou Der avait aussi investi 100 millions de francs Cfa. Une somme avec laquelle il s'est payé «30 ordinateurs millenium». «Comme on ne payait que ce qu'on ne consommait, je payais jusqu'à 2 millions de francs Cfa. Par la suite, il y a eu une floraison de cybercafés. Ce qui a handicapé mon activité dans ce domaine», regrette notre interlocuteur.
La mésaventure s'aggravera avec le transport. «En allant vers le Mali, les chauffeurs qui travaillaient avec moi avaient l'habitude de déclarer 3 à 4 pneus. A leur retour, ils viennent te dire qu'ils n'avaient pas de pneu de secours», narre encore Ousseynou Der. Ces employés «particuliers» iront même, indique Der, jusqu'à retourner contre lui son jeune frère qui était «chargé de les surveiller durant leurs différents convois».

Tous ces éléments réunis pousseront Ousseynou Der à se retirer des secteurs du transport et de l'informatique. «Comme au finish, je me disais que ça n'allait pas, j'ai réuni le peu d'argent que je parvenais à gagner dans mes activités pour l'investir dans l'immobilier», fait savoir M. Der.
L'ancien émigré lougatois décide de se projeter vers d'autres secteurs comme l'agriculture et l'industrie. «Une partie de l'argent que j'ai amassé (dans ses premières activités, après son retour d'Europe), je l'ai injectée dans la culture de l'arachide, dans mon village situé à 7 kilomètres de Louga», informe Ousseynou Der. Malgré tout, notre interlocuteur qui veut «½uvrer dans plusieurs domaines», bute sur des écueils dans le secteur primaire. «J'ai un projet de 100 millions de francs dans les secteurs de l'agriculture et de l'élevage, mais je n'ai pas où passer. Il y a un problème d'information. A Louga, il y a des problèmes politiques qui font que tu ne peux pas avancer tant que tu n'es pas du même camp que celui qui est aux affaires. J'ai 18 hectares à Keur Momar Sarr, mais je ne peux pas y accéder, faute de voie», explique-t-il.
«J'ai une usine de filtrage d'eau, l'eau potable de la Sde qu'on met dans les sachets d'eau pour les vendre après», annonce encore Der.

«Les gens disent que je suis un raté»

Les difficultés sont d'une autre nature pour un autre émigré du Fouta qui est aussi de retour. Il s'appelle Oumar Silèye Ndiaye. Agé de 43 ans, marié et père de 5 enfants, Ndiaye estime être «mentalement fatigué» parce qu'«attaqué de tous bords, même de la part de (ses) amis d'enfance qui (l') ont délaissé». «Les gens disent que je suis un raté. Ils me demandent pourquoi j'ai quitté la France pour venir investir dans l'agriculture», lance-t-il sur le ton de la colère. Il est d'avis qu'il faisait un geste noble parce que voulant servir d'exemple aux jeunes «en essayant de les convaincre qu'ils peuvent réussir en restant dans leur pays».

Voulant se réinsérer dans le secteur agricole, Oumar Silèye Ndiaye fait face à des difficultés qui l'empêchent de pouvoir se payer des intrants. En plus, il dit ne pas disposer d'une voiture. D'où ses difficultés à écouler ses produits : le piment, l'oignon, l'aubergine amère.
Ndiaye souffre aussi du regard de ses proches et autres voisins. «Chaque fois que je sortais, les gens en me saluant me demandaient la date de mon retour en France», se remémore-t-il. Une attitude qui l'a «choqué», parce que Oumar Silèye Ndiaye se considère «comme un exclu de la société». «Finalement, je me suis dit que mes parents sont donc des racistes», constate-t-il. Avant d'afficher une détermination inébranlable : «Ce qu'ils disent ne me déviera pas de mes ambitions. Je tiens toujours à mon projet et je ferai tout pour que ça connaisse une réussite.»

Difficultés d'accès à la terre au Fouta

Célibataire sans enfant, le jeune commerçant de Saint-Louis Baba­car Sall a tenté vainement de se rendre en Europe. Les dettes constituent son casse-tête actuellement et l'empêchent de relancer correctement son commerce. «Quand je partais en 2007, j'avais laissé des dettes que je n'arrive pas à honorer jusqu'à présent», rappelle Sall. Le regard de l'entourage ne l'a pas non plus épargné. Evoquant ses tentatives avortées, cet entourage «pense que, dès l'instant qu'on était presque arrivé, on pouvait y rester (en Europe)».

Dans le Fouta, au nord du Sénégal, les émigrés de retour qui veulent investir le créneau de l'agriculture éprouvent «des difficultés pour accéder à la terre». «Des familles invoquent souvent leur droit de propriété collective pour s'opposer à l'octroi de la superficie en question», fait comprendre Omar Diack, coordonnateur des programmes de la Fédération des associations du Fouta pour le développement (Fafd), une structure basée à Agnam Thiodaye, dans le département de Matam.
Dans le domaine de l'élevage, Abdoul Diaw, un émigré de retour de France et à la retraite, fait face à de lourdes charges. Celles-ci sont relatives au coût des aliments de bétail, aux injections et autres produits destinés au bien-être des bêtes qu'il élève. En plus, «celui qui fait paître mes vaches me coûte cher».

Le Quotidien

Rewmi

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