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Syrie : Quatre batteries S-300 PMU-2 Favorit bientôt en service

Par Ridha Ben Kacem

Bachar al-Assad aurait annoncé, mercredi, 28 mai, l'arrivée, en Syrie, des premiers éléments des batteries S-300, achetés à la Russie. La Russie ne confirme pas. Elle n'infirme pas, non plus. Les différents recoupements, auxquels ont procédés les experts et les journalistes investigateurs, ont fait ressortir un faisceau de préemptions, en faveur de la thèse positive. La « preuve » la plus évidente, qui pourrait être considérée comme solide, est le bilan annuel de 2011, du fabricant des S-300, l’usine de Nijni Novgorod, en Russie, où l’on mentionne un contrat de livraison de systèmes de défense antiaérienne, en Syrie. Il s'agirait, donc, d'un contrat qui aurait été signé, en 2011. Ce qui pourrait renforcer la crédibilité de cette « preuve »,c'est que le bilan a été supprimé, du site de l’usine, depuis, longtemps, mais, heureusement, immédiatement, après sa publication, il a été cité par « Vedomosti ». Le quotidien avait affirmé qu’un contrat de 105 millions de dollars, avait été signé et que la livraison d’un certain nombre de S-300 était prévue, entre 2012 et 2013. « Vedomosti »,en français, « les nouvelles », est un important, quotidien économique russe.

L'information a été, ensuite, reprise par « Kommersant »,un autre quotidien économique russe, et « Wall Street Journal » le célèbre quotidien économique et financier, américain, qui, tous deux, affirment qu’un contrat de 900 millions de dollars avait été signé, entre les deux pays. Selon ces journaux, ce contrat porterait sur la livraison de quatre batteries de S-300 et de 144 missiles. Le début des livraisons serait prévu, pour la fin de l’été 2013. Selon les estimations des experts militaires, cependant, un système mobile de défense antiaérienne S-300, vaut, environ, 115 millions de dollars, plus 1,2 million de dollars, supplémentaire, par missile. Il faut, aussi, compter le coût de la formation et des aménagements, nécessaires, pour la mise en service du système.

Ces batteries de missiles pourraient apporter au président syrien Bachar al-Assad une arme puissante, contre les attaques aériennes des forces étrangères, à l'heure où une ingérence étrangère, est, justement, l’une des options étudiées, par les ennemis de la Syrie, sous la conduite des Etats Unis du Qatar et de l'Arabie Saoudite. Ces deux derniers pays sont les champions mondiaux de la démocratie, toute catégorie. Ce qui est sûr, c'est que l'éventuelle livraison, de ces batteries de missiles à la Syrie, donnerait un atout, supplémentaire, à la Syrie, dans sa lutte, contre les obscurantistes, qui l'assaillent de toute part. Cela n'ôte rien, bien évidemment, au fait que Bachar al-Assad est un dictateur.

Les S-300 un atout ? Oui et non. Mis au point dans les années 1970, les missiles S-300 ont été modernisés, à plusieurs reprises, pour maintenir leur efficacité dans l'élimination des avions et des missiles. Ainsi, une batterie de missiles de la version S-300 PMU-2, peut lancer six missiles, simultanément, et chacun est capable de détruire un engin volant à une vitesse dépassant, plusieurs fois, celle des chasseurs F-16 et F-22, qui sont, respectivement, utilisés par les armées de l’air d’Israël et des USA. La vitesse des missiles du S-300 est de l'ordre de Mach 6,5 contre Mach 2, pour ces deux avions. Ce dispositif est, donc, capable d’intercepter des missiles volant, à plusieurs fois, la vitesse du son.

Comme toute arme, le s-300 a ses défauts. Le système peut être bloqué ou mis hors service, par les troupes de l’armée de terre, mais, ce n’est pas une tâche facile à mener, car, il faut l'approcher, et donc entrer sur le territoire de l'ennemi, si le système est installé loin des frontières. Dans ce cas, les risques et les éventuelles pertes, en vies humaines, seraient intolérables. Mais, il ne faut pas écarter, non plus, l'éventualité d'un commando, agissant en infiltration. Destiné à contrer les cibles volantes, le système est difficilement, naturalisable, par des avions, drones ou missiles. Sauf si l'on maitrise, à la perfection, la guerre électronique, ce qui est le cas d'Israël, bien entendu. Ce pays a, déjà, attaqué plusieurs cibles en Syrie, sans déclencher de ripostes des systèmes de batteries DCA. Il existe deux manières d'agir : Le brouillage électronique, pour empêcher la détection des attaquants, ou bien, la ruse en abusant le système de détection, en se faisant passer pour un « ami ».Les avions de guerre sont, en effet, équipés d'un système d'identification, appelé, en jargon militaire : « Ami/Ennemi », qui leur permet éviter de se faire descendre, par leurs propres systèmes de défense. Comme on le voit, les deux systèmes de neutralisation, sont basés sur la qualité des équipements et du personnel servant. De ces deux points de vue, Israël dépasse, de loin, la Syrie. D'autant que l'utilisation correcte, d'un système, aussi, sophistiqués que le S-300, demande des années de travail, et ne se fait pas du jour au lendemain. Les meilleurs systèmes de défense du monde, placés entre les mains de néophytes, perdent toute efficacité.

Qui est la cible des S-300, acquis par la Syrie? Certainement pas les rebelles syriens, car, ils n’ont ni avions, ni missiles. Et bien que, théoriquement, on puisse reprogrammer les S-300, pour attaquer des cibles au sol, cela reviendrait à tirer sur une mouche au bazooka, sachant que chaque missile vaut 1,2 million de dollars. Cependant, toutes les tentatives des forces étrangères de fermer l’espace aérien syrien, comme c’était le cas en Libye en 2011, pourraient coûter des « dizaines d’avions et de cercueils entourés par le drapeau américain, ce qui est inadmissible », comme l’a déclaré Igor Korotchenko, rédacteur en chef de la revue moscovite « Natsionalnaïa oborona » ce qui signifie, « Défense nationale ».Encore une fois, à condition que le système soit servi, par un personnel au top.

Il est à noter que les Etats Unis parlent, de plus en plus, d'instaurer une zone d'exclusion aérienne, en Syrie. A supposer que la Syrie ait, effectivement, reçu les S-300, quels seraient les délais éventuels de leur mise en service? Combien de temps s’écoulerait avant que l'armée régulière syrienne, puisse abattre des chasseurs étrangers ? En théorie, il suffit de commander le système S-300 et, après sa fabrication, son essai, son transport et sa mise au point, grâce au personnel formé, il est prêt, en cinq minutes chrono ! Étonnant, non ? En vérité, c'est cela, même, la grande particularité du S-300. Le système est d'une grande mobilité, ce qui rend difficile, en plus, la détection de son déploiement, par les moyens classiques d'espionnage, notamment, les satellites.

Bon, maintenant que l'on connait le potentiel du S-300, que l'on sait, aussi, que la Syrie a réellement, commandé quatre batteries S-300, pour la modique somme de 900 millions de dollars, la bonne question est de savoir quand est-ce que les Syriens étrenneront le système qu'ils ont acheté à la Russie. A ce propos, le « Wall Street Journal »cite des sources américaines, qui citent, à leur tour, les sources israéliennes, qui affirment que les S-300, commenceraient à arriver, en août 2013, en Syrie. Quant au quotidien londonien en arabe, « Al-Quds Al-Arabi »,il écrit que les armes sont, déjà, arrivées en Syrie mais qu’elles se trouvent sous contrôle russe. Cette dernière affirmation est difficile à vérifier. Contrairement à la défunte Union Soviétique, la Russie ne défend aucune idéologie, dans ses transactions de vente d'armes. Les militaires soviétiques s'étaient impliqués en Corée, au Vietnam et même au Moyen-Orient. La Russie, par contre, vend ses armes, sans état d'âme. Pas, toujours, cependant. Il ne faut pas oublier, en effet, que Moscou avait annulé, il y a trois ans, la vente des mêmes batteries S-300, à la veille de leur livraison, à Téhéran. En effet, en 2007, la Russie a signé un contrat d’environ 800 millions de dollars, portant sur la livraison de cinq batteries S-300, à l’Iran. En septembre 2010, Moscou a suspendu l’exécution du contrat, avant de rompre le contrat, en octobre de la même année, en application de la résolution 1929, du Conseil de sécurité de l’ONU, interdisant la livraison d’armes conventionnelles, à Téhéran. Le ministère iranien de la Défense a porté plainte auprès de la Cour internationale d’arbitrage de Genève, contre l’exportateur d’armes russe, Rosoboronexport. L'Iran cherche à obtenir 4 milliards de dollars de réparations. Au moment de la suspesion du contrat, on avait écrit, que la Russie avait cédé aux pressions des Etats Unis, et d'Israël. En réalité, la Russie avait profité de l'occasion, pour défendre, surtout, ses propres intérêts. Moscou, n'a pas intérêt, en effet, à rencontrer une défense aérienne, évoluée, si la Russie décidait d'éliminer la menace nucléaire iranienne, beaucoup plus proche de ses frontières, que de celles de l'Europe ou des Etats Unis.

Mais, pour ce qui est des délais de livraison des S-300, à la Syrie, les révélations des journaux évoqués, ci haut, sont-ils réalistes ? A en croire les experts russes, en armements, les fabricants n’ont, certainement pas, de batteries de missiles S-300, qui prendraient la poussière, dans les entrepôts, et prêtes à être envoyées, en Syrie. Même si l'on peut penser qu'il en reste, après la transaction annulée, avec l’Iran, ces « restes » ont été, depuis longtemps, achetés, par d’autres clients, tels que l’Algérie, selon Rouslan Poukhov du Centre russe d’analyse stratégique et technologique. Cela signifie qu’il faut, d’abord, fabriquer ces systèmes et les tester, ce qui pourrait prendre un an. De plus, il faudrait former des dizaines, voire des centaines d'officiers et de soldats syriens, afin qu’ils maîtrisent ces équipements complexes, ce qui demanderait encore, au moins, six mois. Dans le meilleur des cas, Bachar al-Assad aurait, entre les mains, des S-300, parfaitement, opérationnels à la fin de 2014. Question subsidiaire : Bachar al-Assad tiendrait-il, jusque là ? Fin du mythe ou du rêve S-300. Retour à la réalité.

Une dernière remarque. Compte tenu des relations particulières, entre la Syrie e l'Iran il n'est pas exclu de penser, qu'une ou deux batteries S-300, finissent par se retrouver en Iran. Récemment, l'Iran a annoncé qu'il avait mis au point, un système de défense, équivalent au S-300. Il serait intéressant, pour l'Iran, de procéder à des tests, pour améliorer le système mis au point par les experts iraniens en les comparants, au système russe.

Ce dossier ne s'aurait être complet, sans comparaison du le S-300, à d'autres systèmes équivalents. D'abord, il faut savoir que les systèmes de DCA, sont nombreux et variés. Seuls deux pays produisent tous les types de DCA : les Etats Unis et la Russie. La Chine les rejoindra bientôt. Evidemment les systèmes de DCA, type S-300, sont les plus évolués. La version qui aurait été vendue à la Syrie est la dernière évolution. Elle a été mise au point en 1997. Le S-300 PMU-2 Favorit est destiné à protéger les sites stratégiques, les plus importants, d’un État et de ses forces armées, contre des bombardements massifs, portés au moyen d’avions de combat, de missiles de croisière, de missiles balistiques tactiques, d’une portée de moins de 1 100 kilomètres et d’autres armes aériennes, en situation de guerre électronique intense.

Mais le S-300 n'est pas LE PLU EVOLUE. Il est dépassé, en termes de performances et de réactivité, par SON SUCESSEUR RUSESE, LE S-400 Triumph, en dotation dans l'armée russe. Depuis 2007. Le radar du S-400 serait capable d’accrocher 36 cibles et de contrôler, jusqu’à 72 missiles, en même temps. Il possède, en plus une certaine capacité anti-missile intercontinentale. Il commence, à peine, à être proposé à l'exportation. Le S-300, sera, également, loin d'égaler les performances du futur S-500, qui sera livré à l'armée russe, en 2015. Ce système global, puisqu'il peut intercepter, sans aucune difficulté, les missiles intercontinentaux, est annoncé pouvant faire face, avec succès, non seulement à toutes les menaces existantes, à l'heure actuelle, mais, même celles qui pourraient être mises au point, durant les 20 prochaines années. «Mis au point en Russie, les missiles sol-air S-500 seront en avance de 15 à 20 ans sur les know-how de l’ennemi supposé »,a déclaré, en juillet 2012, à la radio Echo de Moscou, Sergueï Popov, commandant des brigades aérospatiales de l’Armée de l’air russe. Deux usines, ont, d'ores et déjà, été construites, pour le produire en série. Ce qui suppose que tous les obstacles, théoriques et pratiques, ont été aplanis et que sa mis en point est terminée. Le système est, d'emblée, conçu pour abattre les avions spécialisés en brouillage électronique. De plus, le système « Ami/Ennemi » ne peut être abusé, car il connait, précisément, les signatures radar et thermiques de chaque objet volant. Avec une portée prévue, de 600 km, le S-500 serait capable de détecter et d’engager, simultanément, jusqu’à 10 cibles supersoniques balistiques, volant à une vitesse de 5 km par seconde, soit 18 000 Kms/h. Le système aura un plafond de vol de 400 km, contr,e seulement, 27, pour les S-300 et S-400. Il est à noter, enfin, que la Russie a entamé la mise au point du successeur du S-500. Ce serait une version appelée, pour le moment, S-1000, mais on ne sait quels sont les objectifs assignés à ce projet. Contrer la menace extraterrestre ?

Du coté américain, l'on connait le système Patriot, dont quelques batteries ont été, récemment, acheminées en Turquie, pour faire face à la menace syrienne, d'après Ankara. Le Patriot MIM-104, est un système de missile sol-air, à moyenne portée, construit par la firme Raytheon, et utilisé par l’armée des États-Unis et plusieurs pays de l’OTAN. Il a remplacé le MIM-14 Nike-Hercules, dans la défense anti-aérienne, de haute et moyenne altitude, dans l’arsenal de l’armée des États-Unis, et complète le système Hawk, un système de défense anti-aérien tactique mobile, contre les cibles évoluant à basse altitude. De plus, le Patriot assure le rôle de plateforme anti-missile, ce qui est, aujourd’hui, sa mission principale. L’arme est, ainsi, devenue bien connue dans ce domaine de lutte, depuis son utilisation, dans la guerre du Golfe. Le Patriot combine un système avancé de missile d’interception anti-aérienne, volant à Mach 5, soit moins que les missiles du S-300, et l’un des radars les plus performants du monde, en ce qui concerne la poursuite des cibles. Le Patriot est, avec le RIM-161 SM-3, de l’US Navy, le seul système tactique opérationnel, pour la défense antimissile balistique, des États-Unis. On peut noter, enfin, que Patriot est l’abréviation de Phased Array TRacking to Intercept Of Target, soit, « Poursuite à antenne active pour l’interception de cible ».

Par Ridha Ben Kacem le 31 mai 2013

                                         S-300

                                         S-400

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