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comment voulez-vous que le système lâche du pouvoir à des partis sans envergure ?

Sur ses déclarations contre un quatrième mandat, les préparatifs du congrès de son parti qui se tiendra à la rentrée, ce qu'il pense de son ancienne famille du FLN... Abdelaziz Belaïd, président du Front El Moustakbal, joue le jeu de la transparence avec El Watan Week-end. -Vous vous êtes prononcé contre un quatrième mandat pour le président Bouteflika. Cette position pour un ancien de la famille FLN, aussi ancien secrétaire général de l'UNJA, est plus que surprenante... Je ne me suis pas prononcé au nom d'El Moustakbal, mais à titre personnel. En 2009, pour rappel, j'étais déjà opposé à une révision de la Constitution qui déverrouille les mandats. J'ai toujours été un révolutionnaire, même au FLN, même au temps du parti unique. Donc, je le répète : à titre personnel, je suis contre un quatrième mandat, mais aujourd'hui, je suis président d'un parti, et à ce titre, conditionné par la décision des militants. -Justement, parlons du FLN. Vous avez déclaré que les jeunes cadres de votre parti n'y avaient pas trouvé de tribune pour s'exprimer. Est-ce la raison pour laquelle vous avez choisi de démissionner ? Ou est-ce que vous aviez un problème «de personne» avec Abdelaziz Belkhadem ? En tant que membre du Comité central -au temps du parti unique, j'en étais même le plus jeune membre !- j'ai assisté à la dérive du parti. Depuis 2004, le FLN, comme le RND, d'ailleurs, ramassent n'importe qui. Des gens, qui viennent avec de l'argent, par opportunisme. Si le parti en est là aujourd'hui, c'est parce que les membres du Comité central du congrès de 2010 n'ont plus rien à avoir avec le militantisme. D'ailleurs, on ne peut plus militer au FLN, car il n'y a plus de débat, plus de tolérance. Belkhadem, lui, n'est qu'un élément dans la masse ! Alors, avec d'autres militants, nous nous sommes posés la question : est-ce qu'on regarde les choses empirer ou est-ce qu'on choisit de militer autrement ? Voilà pourquoi je suis parti du FLN pour créer El Moustakbal. -Mais finalement, ce déficit d'idéologie n'est-il pas commun à tous les partis ? Y compris à El Moustakbal qui veut devenir un «parti nationaliste centriste» ? Le parti est en pleine construction idéologique et organique. Après le premier congrès, qui a permis de fixer le corps d'El Moustakbal, des commissions travaillent pour lui donner une âme, une vision, pour le congrès national qui se tiendra en septembre/octobre. Dans chaque commission, on ouvre un débat sur la culture, l'économie, la justice... mais nous ne voulons pas «orienter» les discussions. Nous allons réunir toutes ces données et, lors du congrès, il y aura un grand débat à l'issue duquel chaque point obtenant un consensus sera retenu. Tout cela demande beaucoup de travail, mais c'est la seule façon d'avoir un impact sur les militants, et donc de construire une base solide. -Vous voulez «investir dans l'homme», «plus de justice sociale», «un Etat de droit», la «revalorisation des compétences nationale» : c'est-à-dire le même «programme» que le MSP, par exemple... Mais nous, nous faisons vraiment ce que nous disons. Un exemple ? Nous avons été les premiers à organiser une conférence de presse au lendemain des élections législatives pour dénoncer les dérives. Jusqu'à aujourd'hui, nous n'avons fait aucun compromis. Nous voulons construire une classe politique saine, avec une éthique. La différence se fait aussi sur le terrain. Combien le MSP a-t-il d'élus locaux ? Nous, nous sommes présents dans les 48 wilayas, nous avons un coordinateur en France, des bureaux en Allemagne et au Canada. Aux élections locales, nous avons obtenu plus de 350 000 voix et gagné des communes importantes. Je vous rappelle que notre parti a à peine plus d'un an ! Et en peu de temps, nous avons déjà fait beaucoup de choses. -Comment comptez-vous vous y prendre pour construire cette «classe politique saine» ? Notre slogan depuis la création du parti, c'est «Donner une éthique à la vie politique». Et pour cela, nous allons miser sur l'homme. Essayer de redonner confiance à tous ces universitaires, à tous ces cadres, dégoûtés par la corruption, qui ne veulent plus rien à voir avec la politique. Par notre travail, notre sincérité, notre volonté de faire les choses dans la transparence. Dans chaque commune, les militants élisent un bureau communal et chaque semaine, nous tenons des congrès de wilaya (les prochains à Laghouat et à Tebessa, ndlr). Chez nous, il n'y a pas de zaïm qui prend des décisions à la place des militants. Chaque fois que nous devons prendre une décision, nous organisons une réunion. Même lors des élections locales, nous avons laissé aux militants toute la liberté pour créer leurs listes. El Moustakbal est le seul parti à organiser des congrès réels dans chaque wilaya, en présence d'un huissier de justice. C'est aussi le seul, parmi les nouveaux partis, à organiser une université d'été. A célébrer les fêtes nationales : nous avons fêté le 8 mars à Tlemcen, le 16 avril à Adrar, le 19 mars à Oued Souf, le 8 mai à Guelma. -Vous allez aussi me dire que vous avez parmi vos militants beaucoup de jeunes et de femmes... Oui, mais c'est une réalité ! La plus jeune maire d'Algérie est d'El Moustakbal ! Elle a 23 ans et a été élue à Saïda. Aujourd'hui, c'est elle qui représente notre parti aux conférences internationales des Nations unies. Et chaque congrès de wilaya est composé d'un bureau de femmes et d'étudiants. -Pour durer, vous misez sur la sincérité. Il vous faudra aussi de l'argent. Par qui et comment le parti est-il financé ? Par nos propres moyens et grâce aux dons des militants. Par exemple, pour financer le fonctionnement du siège, chaque membre du Bureau national donne 10 000 DA par mois. Les locaux dans les régions sont loués par nos militants. Notre parti est le seul à avoir un numéro fiscal, à payer ses impôts, à avoir des registres légaux, un commissaire aux comptes et un comptable. On a peu d'argent, mais il est bien géré. -Que pensez-vous des politiques qui réclament l'application de l'article 88 de la Constitution ? On n'a pas le droit de demander l'application de l'article 88 sans avoir demandé auparavant un bulletin de santé. En arriver à une destitution par la Constitution est une solution extrême et j'y suis opposé. Pour l'instant, les affaires sont gérées par le Premier ministre et les institutions fonctionnent un minimum. Donc, attendons de voir dans quel état de santé se trouve le Président. Le régime gère mal cette crise, mais l'opposition aussi. La question que l'on doit se poser, c'est : «Pourquoi il n'y a pas de transparence sur la santé du premier responsable du pays ?» -La logique voudrait que vous choisissiez votre propre candidat à la prochaine élection présidentielle. Vous, par exemple ? Encore une fois, nous en discuterons avec les congressistes. Soit nous dégagerons un candidat et de nombreux militants pourraient y prétendre, soit nous en appuierons un... -... comme Zeroual ou Benflis ? J'ai apporté un démenti à ce que les journalistes m'ont fait dire sur mon soi-disant soutien à Zeroual. D'abord, Zeroual n'ira pas aux élections. Ensuite, c'est mon ami, mais j'étais contre lui, avec Mehri. Je suis un légaliste. Quant à Benflis, il ne s'est pas encore déclaré ! -Dans tous les cas, vous croyez à l'ouverture du jeu politique... On a vu comment se sont passées les législatives et les locales, ça nous donne une idée de ce que seront les prochaines ! Mais les gens qui fraudent vont s'épuiser. Viendra le jour où l'Algérie sera une véritable démocratie. Pour l'instant, comment voulez-vous que le système lâche du pouvoir à des partis qui n'ont même pas de bureau dans les wilayas ? Sans envergure, sans aucun sens des responsabilités, sans interlocuteur crédible ? Après la Seconde Guerre mondiale, à Pierre Laval, alors ministre français des Affaires étrangères qui cherchait une alliance avec les Russes contre les Allemands mais suggérait de ne plus réprimer les catholiques, Staline répondit : «Le pape, combien de divisions ?» Pour peser sur la scène nationale, il faut des ramifications locales. La fraude est de la responsabilité du pouvoir, mais aussi des partis qui doivent se montrer capables de faire face au pouvoir.

El Watan

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