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Ouganda - L'herbe maléfique des femmes enceintes

La grossesse et l'accouchement sont rarement une partie de plaisir pour les femmes: contractions douloureuses, mal de dos, blues post-natal… Pour diminuer ces souffrances, de nombreuses Ougandaises boivent un breuvage traditionnel, le mwumba, un mélange d’argile et d’herbes.

Or, les propriétés de cette décoction sont loin d’être scientifiquement prouvées. Pire: l’ingestion de mwumba durant la grossesse pourrait même causer des maladies mentales au bébé.

Le quotidien ougandais New Vision Online relate, dans un article paru le 7 août 2011, l’histoire de Maureen Ndagano, originaire de Rakai, une région au centre du pays. Enceinte de quatre mois, celle-ci s’est vue prescrire du mwumba par sa belle-mère. Mais lorsqu’elle s’est rendue à l’hôpital, les médecins l’ont défendue d’en prendre de nouveau, au risque de provoquer une déficience mentale chez le bébé —voire d'entraîner une fausse couche:

«[le mwumba] engendre des contractions utérines rapides pendant le travail en stoppant l’afflux de sang dans l’utérus. Or l’absence de sang prive le bébé d’oxygène. Cela peut entraîner des déficiences mentales après la naissance, notamment des difficultés d'apprentissage», explique le docteur Robert Mayanja, directeur du bureau de santé de Rakai.

Ce n’est pas la première fois que des doutes sont émis quant à la prescription de mwumba pendant la grossesse. Cette herbe est «la plus utilisée par les Ougandaises», notait un article du Daily Monitor en 2009. C’est une coutume répandue autant chez les riches que chez les pauvres, à la ville comme à la campagne.

Car selon une accoucheuse traditionnelle interrogée par le Daily Monitor, le mwumba, en plus de faciliter l’accouchement, préviendrait chez le nouveau-né les rougeurs, le paludisme mais aussi, ajoute-t-elle, il «conjurerait la malédiction si jamais la mère couche avec un homme qui n’est pas le père de l’enfant».

Outre le mwumba, les femmes enceintes ont l’habitude de se faire prescrire d’autres décoctions appelées mululuza, ebombo, ejyobyo… mais également des lézards et des matières fécales humaines. Certaines herbes auraient même, croit-on, le pouvoir de changer le sexe du fœtus pendant la grossesse.

Mais les médecins déconseillent aux femmes de boire ces mélanges, particulièrement pendant les trois premiers mois de la grossesse, car le fœtus est en pleine formation. Le docteur Robert Mayanja ajoutant par ailleurs que les enfants morts-nés sont plus fréquents chez les femmes ayant absorbé du mwumba.

Lu sur New Vision Online, Daily Monitor