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Prostitution : LES «BONNEs» DE PLUS EN PLUS

Attirées par les illusions de la vie citadine, elles basculent en masse dans le plus vieux métier du monde

Actuellement, des petites filles à peine pubères désertent nos campagnes. Elles viennent grossir le lot impressionnant des déracinés des villages qui affluent à Bamako à la quête de la fortune. De ce fait, leur condition de futures femmes s'en trouve considérablement aggravée. En effet, elles débarquent, dans un monde inconnu. La fracture sociale, l'extrême pauvreté des uns, et la richesse indécente des autres, sapent les fondements de la société. La collectivité a donné place à l'individualisme où la solidarité, l'entraide et la générosité n'existent plus que de nom. Que peuvent devenir les jeunes filles illettrées sans protecteur dans la jungle bamakoise ? Elles sont victimes de toutes sortes d'abus dans une ville où elles escomptaient, en toute innocence, collecter les éléments du trousseau de mariage à la sueur du front. Les aides ménagères sont les proies faciles pour des vicieux et pervers qui profitent d'elles. Beaucoup de ces filles victimes de l'exode rural sont désarmées face aux nuances multiples de la vie moderne à Bamako. Sans expérience, la plupart contracte une grossesse non désirée. Abandonnée par le père irresponsable, sans ressource et ne sachant où aller, certaines aide-ménagères choisissent de se débarrasser du bébé dès la naissance, d'autres optent pour l'avortement clandestin. Prises au piège à Bamako, désargentées elles ne peuvent pas retourner au bercail. Elles n'ont d'autre choix que de faire avec les moyens du bord. Malheureusement ces filles piquées par le virus de la grande ville finissent par tomber dans la perversion. A Bamako les familles qui utilisent les filles venues des villages sont alarmées. Les petites paysannes prennent rapidement goût au libertinage, à la débauche. La prolifération des maisons de passe aggrave la situation. Les villageoises boudent de plus en plus les domiciles privés. Elles débarquent dans les antres du plaisir, les restaurants pour se faire embaucher comme aide-ménagères. Le salaire ici est plus élevé que dans les foyers ordinaires. Toujours en contact avec les filles de « joie » et des hommes pervers, les paysannes basculent dans la prostitution et finissent par élire domicile dans les bars. Le cas de « Bibi » native d'un village de San dans la région de Ségou est significatif. Cela fait quatre ans que « Bibi », un nom d'emprunt, a quitté son village natal pour vivre dans la « Cité des trois caïmans ». Peu de temps après son arrivée, elle a déniché une place dans un hôtel très réputé de la commune IV, situé non loin du rond point Cabral. Elle avait été appuyée par un cousin qui fut gardien dans cette « maison close » où habite désormais notre interlocutrice. Bibi, au début était chargée de laver les draps qui servent dans les chambres de passe et de faire le ménage. Elle était payée par mois à 25000 Fcfa. Une grande avancée pour qui connaît le salaire des « Bonnes » dans la capitale. Les premiers salaires seront vite engloutis dans le renouvellement de la garde robe pour paraître comme les élégantes de nuit qu'elle fréquentait quotidiennement. « Désormais je n'avais rien à envier à ces filles. La preuve dès que j'ai commencé à entretenir mon corps et ma tenue vestimentaire je leur ai piqué tous leurs clients » confesse « Bibi » sans gêne, cigarette en main et dégustant tranquillement sa cannette de boisson. irréversible. Le cousin de l'ancienne « Bonne » s'était rendu compte rapidement de la déviance de sa compatriote. Il avait essayé en vain de la remettre sur le bon chemin. Ce parent honnête ressentira une immense honte en constatant que la déchéance morale de « Bibi » était irréversible. Il finira par quitter son travail. Plus rien ne gênait Bibi dans sa quête de l'argent facile. Elle s'en donnait avec joie au plus vieux métier du monde. Elle nous fit cette confidence terrible : « on m'a fait savoir que je suis bannie au village. Ce qui est sûr je n'avais pas l'intention d'y remettre les pieds». L'ancienne servante de l'hôtel de passe paye chaque jour 5000 Fcfa comme frais de chambre. Cela n'est point un problème. Elle peut gagner par nuit plus de 30000 Fcfa. Elle est habillée de façon indécente. La courtisane professionnelle explique qu'elle a appris toutes les ficelles de la séduction pour être à la hauteur de ses clients. « Dans ce lieu il faut absolument boire et fumer. Il faut aussi et surtout savoir se mettre en valeur et savoir tenir les hommes en haleine» commente-t-elle. Finira-t-elle sa vie ainsi ? La désormais prostituée espère un jour ouvrir son propre bar et y travailler pour toujours. « Je n'ai jamais oublié que je suis venue faire fortune à Bamako» dit-elle. Elles sont nombreuses comme Bibi, les « Bonnes » dans les foyers qui pratiquent le plus vieux métier du monde dans la capitale. Cependant les raisons avancées pour justifier leur basculement dans le vice diffèrent complètement. Lisons le témoignage de cette fille qui affirme ne pas avoir d'autre solution que de vendre son « corps » pour vivre et faire vivre son enfant dans la gigantesque agglomération qu'est Bamako. Elle indique qu'elle a été victime d'une société de plus en plus égocentrique qu'est la nôtre actuellement. Fatoumata raconte qu'elle n'était pas venue pour rester dans la « Cité des trois caïmans ». Rien ne présageait qu'elle finirait par vivre dans les bars avec de surcroît un enfant dans les bras. Tout avait bien commencé car Fatoumata avait décroché dès son arrivée un boulot dans un quartier résidentiel. Le corps de rêve dont la nature avait doté la villageoise va lui créer des problèmes. Les jeunes du quartier commencèrent à lui faire des yeux doux. Innocente, Fatoumata va céder aux avances d'un jeune étudiant. Malheureusement l'histoire se terminera en queue de poisson. Elle se retrouvera enceinte. L'inconscient séducteur abandonna la villageoise. Elle fut livrée à tous les problèmes qu'implique sa situation dans une ville impitoyable. « J'ai longtemps erré sans savoir où aller ni quoi faire. Après mon accouchement j'ai voulu rentrer au village. Mais mes parents m'ont fait clairement savoir qu'ils ne m'accepteront pas avec mon enfant bâtard. Alors il fallait nécessairement que je travaille ne serait-ce que pour manger » raconte Fatoumata, la tête baissée. Ne voulant pas abandonner sa progéniture, elle commença à aller quémander dans les bars et autres coins chauds de la capitale. Pourquoi spécialement ces lieux ? Elle répondra qu'à son âge qu'elle avait honte de se balader en ville pour mendier. Elle était sûre de passer inaperçue dans les lieux de loisirs qu'elle avait découverts en compagnie de son irresponsable amant. La beauté naturelle de cette paysanne n'échappera point aux amateurs de « chair fraîche. La svelte Fatoumata devint « une fille de joie » pour nourrir, sa fille de deux ans. Cependant contrairement à notre première interlocutrice Fatoumata projette de cesser de se prostituer. « Dès que je trouve une autre solution je quitte cette vie pour bien éduquer ma fille et lui éviter de connaître la vie que j'ai vécue », promet Fatoumata en couvant des yeux sa fille assise à côté d'elle. N'est -elle pas au courant des associations et ONG qui s'occupent des filles en détresse ? « On m'en a parlé mais tardivement. Je suis en train d'économiser pour financer un commerce qui me permettra de vivre dignement » a conclu Fatoumata. Face à l'ampleur de ce nouveau phénomène de société dans notre pays, il est urgent de trouver une solution à l'immigration massive des jeunes filles rurales à Bamako. La lutte contre la pauvreté rurale et l'éducation des filles rurales doit être intensifiée. La majorité des filles à l'instar de Fatoumata souhaitent juste une seconde chance et une main tendue pour sortir de l'enfer de la prostitution et de la hantise du sida.

M. A. Traoré

Commune V : LES FEMMES DE DAOUDABOUBOU SE FORMENT A LA CITOYENNETE

La crise sécuritaire et constitutionnelle qu'a connue notre pays en 2012 a prouvé que chaque citoyen, particulièrement les femmes, a un rôle à jouer pour renforcer la démocratie et consolider l'Etat de droit indispensable à un développement durable. C'est dans cet esprit que l'Ong Vision citoyenne du millénaire (VCM) a entrepris de former les femmes de la Commune V à la citoyenneté. Les citoyennes seront ainsi préparées à jouer pleinement leur rôle d'actrices de développement dans un processus démocratique et d'Etat de droit. Il est en effet établi que l'accès des femmes à l'information et à l'éducation est un indicateur déterminant de mesure de la performance ainsi que de l'exercice de la bonne gouvernance. L'Ong, VCM entend, grâce à cette initiative de formation, promouvoir une citoyenne apte à être une gardienne des institutions de la République bénéficiant pleinement des fruits du développement. La série de formations vise 1200 femmes des huit quartiers de la Commune V de Bamako qui se familiariseront avec les exigences de la vie associative, de la citoyenneté et surtout du leadership pour une pleine participation au processus démocratique et à la consolidation de l'Etat de droit. La formation entend également favoriser une mobilisation générale des femmes à tous les niveaux afin de battre les records en matière de participation aux échéances électorales prochaines. Après les femmes de Baco-Djicoroni, celles de Daoudabougou suivent cette formation et discutent de leur expérience en matière d'activités génératrices de revenus et de vie associative. Le porte-parole des participantes prévoit que la formation leur sera bénéfique à plusieurs titres, notamment en leur permettant d'élaborer un plan d'affaire et de marquer leur autonomisation. La présidente de l'Ong VCM, Mme Katilé Hadiaratou Sène, a invité les femmes à bien suivre les débats pour permettre à son équipe d'atteindre ses objectifs qui sont, entre autres, de former une citoyenne de la Commune V, consciente de ses devoirs et responsabilités.

M. A. T.

L'essor

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prostitution

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