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Urne, Zimbabwe, le 16 mars 2013. REUTERS/Philimon Bulawayo
Urne, Zimbabwe, le 16 mars 2013. REUTERS/Philimon Bulawayo

Quatre questions sur les élections au Mali

L'élection présidentielle malienne, désormais prévue pour le 28 juillet et le 11 aout, n’en finit pas de créer la polémique. Retour sur quatre questions qui posent problème.

Qui participera?

On le sait, l’un des problèmes majeurs de la démocratie malienne est le faible taux de participation rencontré à chaque élection.  36,24% seulement de votants aux dernières élections, qui remontent déjà à 2007, permirent d’élire Amadou Toumani Touré à la tête de l’Etat. Cela représente quelques 64% d’abstentionnistes, un chiffre colossal.

C’est d’ailleurs la grande inconnue des élections prévues cet été: qui participera? En 2007, les populations du nord (certes moins nombreuses) avaient ainsi participé en grand nombre aux élections, avec des taux dépassant largement les 50% dans la partie nord du pays, quand ils peinaient à atteindre 25% dans la capitale Bamako. Pas sûr que cette fois, le scénario soit le même. Car la crise pourrait bien avoir aggravé la fracture nord/sud déjà présente, et accru la défiance des populations du nord à l’égard du sud du pays.

«Moi je vais voter pour la première fois» explique pourtant A., un jeune Touareg qui vit à Bamako depuis plus d’un an, après avoir fui les combats du Nord-Mali. «C’est très important pour moi, et pour nous tous.»

Lorsqu’on lui demande s’il a déjà fait son choix, le jeune homme explique : «Je voterai comme mon grand-père ! Il a choisi Soumaïla Cissé (Union pour la république et la démocratie ndlr), un ancien ministre. C’est un Songhaï qui vient du nord, près de Tombouctou, comme nous. Et c’est un ami de mon grand-père. Le vote c’est une histoire de famille ici» ironise-t-il.

Quel sera le rôle de la diaspora ?

La plupart des Maliens de France que nous avons contacté sont sceptiques quant à l’organisation d’élections dans un délai aussi court. Leur défiance face aux politiques est très grande. Aux dernières élections présidentielles (2007), le taux de participation des Maliens de l’extérieur était de 19,15%. Noumouké Sidibé, vice président de l’association Diasma ; la dynamique intellectuelle au service du Mali et de l’Afrique, nous donne son point de vue.

Selon lui et vu la situation compliquée du pays, la communauté internationale cherche à avoir de nouveaux interlocuteurs, légitimies, en mettant la pression sur le Mali pour que des élections se déroulent le 28 juillet. Pour Noumouké Sidibé, toutefois, il est dommage que la région de Kidal ne soit pas complètement libérée. Son sentiment est donc assez mitigé sur les élections. Pour lui, «les choses sont en train d’être bâclées, et c’est un mal pour tout le pays car les Maliens n’ont toujours pas fait la paix avec eux-mêmes

Il poursuit en déclarant que le Mali n’est pas encore prêt. «On ne sait pas qui décide, il n’ y a pas de véritable gouvernement. Savoir qui va voter est aussi très important. Est-ce que les cartes d’identités sont prêtes ? Est ce que les Maliens ont été correctement recensés ? Moi je doute de ça, il n’y a pas de transparence à ce niveau et c’est donc celui qui a le plus d’argent qui gagnera les élections».

«Il y a une diaspora énorme, il y a beaucoup de Maliens hors des frontières et  malgré cela, je ne pense pas qu’elle jouera un grand rôle sur ces élections. On parle d’une centaine de milliers de Maliens établis en France, mais les chiffres sont faux, ce n’est pas possible. Une campagne de recensement avait été initiée, mais elle a été accélérée pour camoufler les vrais chiffres. Il y a aussi les enfants de la seconde génération, et les binationaux».

Dans quelles mesures les pays étrangers vont-ils soutenir le Mali ?

Le président Ghanéen John Mahama, dans une interview accordée au quotidien le Monde, réaffirmait récemment la capacité des Africains à gérer eux-mêmes leurs conflits. Souvent cité comme un modèle de démocratie en Afrique, «le Ghana (serait) disposé à participer à la transition au Mali». «Nous pouvons les aider pour les élections».

La plupart des pays africains sont officiellement sur la même ligne que le Ghana, mais peu ont une expérience démocratique viable.

Bien entendu, la France aura un rôle important à jouer. En première ligne depuis le déclenchement de l’opération Serval en janvier dernier, l’ex puissance coloniale est très attendue sur le sujet.

L’Union Européenne a pour sa part accordé une somme de 520 millions d’euros au Mali lors de la conférence «ensemble pour le renouveau du Mali » qui s’est tenue à Bruxelles le 15 mai dernier. Réunissant une centaine de pays et d’institutions internationales, cette réunion avait pour objectif de mobiliser  près de 2 milliards d’euros pour aider le Mali à sortir de cette crise. Une partie de cette somme sera vraisemblablement utilisée pour organiser les élections et selon José Manuel Barroso, président de la commission européenne, c’est «un soutien essentielle pour établir un Mali stable et prospère».

Enfin, les Etats-Unis ont recentré leur diplomatie envers le Mali sur l’aide humanitaire. Pourtant dès le coup d’état militaire du 22 mars 2012 ils s’étaient clairement positionnés pour des élections rapides et transparentes car «un gouvernement fort, stable et démocratique au Mali est essentiel pour que le pays puisse faire face avec succès à ses multiples défis économiques, sociaux et sécuritaires» et qu’ «un gouvernement légitime à Bamako est nécessaire afin qu’une solution durable puissent être négocié avec les leaders rebelles.» selon Victoria Nuland porte parole du département d’Etat américain.

Les élections seront-elles transparentes ?

C’est une question qui a son importance. Car la démocratie malienne a, historiquement,  toujours su éviter le piège de la mauvaise gestion des élections. Depuis 1992 (date de l’avènement de la démocratie au Mali), celles-ci se sont le plus souvent déroulées dans de bonnes conditions et dans le calme le plus plat. Mais c’était bien avant la crise du Nord-Mali, l’intervention militaire et la menace islamiste qui continue de perturber la moitié nord du pays.

Car aujourd’hui, la situation apparaît on ne peut plus complexe. L’incertitude demeure au nord du pays, encore soumis à la pression islamiste, et pour la région de Kidal (au nord-est), encore entre les mains du Mouvement Nationale de Libération de l’Azawad.

Comment organiser des élections libres dans des régions vidées de plusieurs centaines de milliers d’habitants ayant fui le nord du Mali, et où la sécurité n’est pas encore totalement assurée ?

Cela constitue un véritable défi pour les instances dirigeantes maliennes, ainsi que pour les pays étrangers qui souhaitent contribuer à la réussite des scrutins.

Kaourou Magassa et Ambroise Védrines

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Kaourou Magassa et Ambroise Védrines

Journaliste et blogueur

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