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Les «services» et les… autres !

Samedi 23 février. Le Président sort de sa réserve. Bouteflika s'exprime pour la première fois sur l'emballement du scandale Sonatrach et la mise en accusation de son proche ministre de l'Energie, Chakib Khelil. L'air surpris, comme s'il était tombé des nues, Bouteflika se dit «révolté». Se pourrait-il qu'il n'ait jamais su ? Pourquoi le Département du renseignement et de la sécurité a attendu le troisième mandat de Bouteflika pour déclencher ses enquêtes de corruption ? Autant d'interrogations accentuant le flou autour de cette énième opération «manu polite» prenant des allures de chasse aux sorcières. Hydra, 3 mars 2013. C'est ce quartier huppé des hauteurs d'Alger qui a été choisi pour accueillir le dernier né de la lutte contre la corruption : l'Office central de la répression de la corruption (OCRC)créé trente mois auparavant par ordonnance présidentielle, le 26 août 2010. Superbe vue sur la placette El Qods et sa peuplade de cols blancs. Refait à neuf, le bâtiment de quatre étages abritant l'OCRC était jusque-là occupé par des services de  Sonatrach avant de servir, depuis mai 2010, de siège au tout nouveau ministère de la Prospective et de la Statistique, département créé de bric et de broc, conçu pour servir de voie de garage pour un Abdelhamid Temmar, ancien puissant ministre de l'Industrie et proche du président Bouteflika, éjecté, depuis le remaniement ministériel de 2011, de l'orbite du pouvoir.   «Je vous assure que l'OCRC est bel et bien opérationnel (...) et des dossiers ont déjà été transmis à la justice», s'empresse de souligner un cadre de l'office dont la création ne tient pas, selon lui, uniquement de la coquetterie politique et  de l'effet d'annonce. «Maintenant si vous voulez savoir pourquoi cela a pris autant de temps pour le mettre en place, je vous répondrai que cet office est comme un bébé fragile qu'il convient de couvrir soigneusement pour qu'il ne prenne pas froid.» Ses effectifs combinés et pléthoriques d'enquêteurs (DRS, police et gendarmerie, IGF), ses missions relevant de la police judiciaire prédisposent l'OCRC, sur papier du moins, à devenir le fer de lance de la lutte contre la corruption. L'OCRC, à mi-chemin entre la présidence de la République et le DRS, initiateur des grosses enquêtes de corruption (Sonatrach, autouroute Est-Ouest notamment) mettant en cause les hommes du clan présidentiel, «n'empiétera pas, précise-t-on, sur les missions des autres services de l'Etat ni  ne se saisira des dossiers déjà en cours d'enquête». La nouvelle structure dirigée par un Abdelmalek Sayah, ancien magistrat de la Cour de sûreté de l'Etat (début des années 1980), proche du président Bouteflika, fait manifestement figure de «doublon», en concurrence directe avec le Service central de la police judiciaire du DRS. Même si elle tombe à point nommé, l'inauguration tapageuse, ce dimanche 3 mars, du siège de l'OCRC, conduite par Karim Djoudi, ministre des Finances -- la tutelle de l'office en question -- , ne souffre pas moins le discours destiné à la consommation extérieure. Exit la volonté de lutter contre la corruption, il s'agit d'abord de se mettre en «conformité» avec les lois supranationales, en l'occurrence la Convention des Nations unies contre la corruption (adoptée en 2003) et ratifiée par l'Algérie un an après avec des réserves. C'est cette convention onusienne qui a inspiré la loi anti-corruption de février 2006 et donné naissance à l'OCRC et à l'Organe de prévention et de la lutte contre la corruption, instance consultative placée auprès du président de la République, créé en janvier 2011, plus de cinq ans après la promulgation de loi. Quand l'IGF s'y est collée des années avant le DRS Bien avant le DRS, l'Inspection générale des finances (IGF) était la première à dévoiler la méga-escroquerie B&R-C. 11 décembre 2006. Attentat au Club des Pins. A 17h15, deux bus transportant le personnel  de B&R-C (Brown Root & Condor) est mitraillé par des individus. Le chauffeur, un Algérien, est tué, alors que neuf autres passagers, dont des Libanais, Anglais, Canadien , Américain et un Algérien étaient blessés. Acte terroriste ou attentat portant la griffe de la maffia politico-financière ? L'attentat survient en effet vingt-quatre heures après le discours du président Bouteflika au Palais des nations (Club des Pins), dans lequel il promettait une «guerre sans merci (...) aux criminels et aux bandes organisées (...)», après un été chaud en révélations où la chronique est alimentée par le méga-scandale B&R-C, le premier du genre mettant en cause le ministre de l'Energie Chakib Khelil. Machine à cash mise à portée de griffes de faucons américains (Dick Cheney est propriétaire de KBR) et des vautours du régime d'Alger,  la joint-venture algéro-américaine n'avait que deux clients : le ministère de la Défense nationale (64,1% des marchés, 131 milliards de dinars) et Sonatrach (27 marchés, 73 milliards de dinars).  Ce sont en tout 41 marchés publics attribués de grè à grè, en violation de la loi dont a bénéficié B&R-C. Surfacturation -- jusqu'à 600% des équipements, sous-traitance douteuse, espionnage --, le scandale B&R-C (dissoute neuf mois sur ordre présidentiel, en septembre 2007) a été porté sur la place publique grâce aux deux rapports fuités de l'Inspection générale des finances (en 2006) . Trois ans avant l'esclandre Sonatrach, B&R-C avait déjà valeur de sommation. D'autres scandales ne tarderont pas à éclater.

El Watan

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