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Rappeurs africains contre régimes autoritaires

Sur Global Voices, le journal mozambicain @Verdade dénonce l'arrestation le 30 juillet du rappeur Azagaia, de son vrai nom Edson da Luz, pour possession présumée de cannabis, une substance interdite dans tout le pays.

Mais pour beaucoup de Mozambicains, cette interpellation n’est qu’un écran de fumée, qui cache la volonté des autorités d’étouffer toute contestation.

Car Azagaia s’apprêtait à donner un concert où il allait, comme à son habitude, adresser ses  critiques virulentes au gouvernement. Il évoque notamment l’idée «d’une jeunesse qui a représenté et qui représente le centre du damier de ce jeu politique, et qui sera raflée par ceux qui savent comment l’occuper et la comprendre».

«Vous pouvez peut-être me tuer, mais vous ne pouvez pas taire la vérité», affirme-t-il dans sa chanson As Mentiras da Verdade (Vrais mensonges).

Les blogueurs mozambicains qui dénoncent cette arrestation disent craindre pour la vie de ce jeune musicien engagé. L’un d’entre eux, Ivo Faiela fustige «la lâcheté du gouvernement qui fait et défait ce qu’il appelle la liberté d’expression sans que personne ne puisse faire quoi que ce soit».

Azagaia a été libéré en attendant une décision de justice. Pour Andre Dimas, un autre internaute, «comme il est difficile de mettre des menottes à des mots… on les passe à celui qui les prononce».

Cette arrestation n’est pas sans rappeler celle du rappeur sénégalais Thiat (de son vrai  nom Cyrill Touré), libéré le 27 juillet après 30 heures de garde à vue. Il avait évoqué «un patriarche qui ment» lors d’une manifestation le 23 juillet à Dakar. Il n’avait pas prononcé le nom du président sénégalais Wade, mais les policiers présents ont bien compris l'allusion.

Thiat est l’un des fondateurs du collectif sénégalais «Y’en a marre» qui s’oppose à une nouvelle candidature d'Abdoulaye Wade en 2012. Lors de sa libération, il avait déclaré faire partie d’une génération décidée à accomplir sa mission:

«C’est normal que nous dérangions un système qui est là depuis 50 ans et qui gangrène notre société», a-t-il ajouté.

Le rappeur tunisien El General avait à son tour été arrêté avec certains blogueurs au plus fort de la contestation contre le régime de Ben Ali au mois de janvier.

En mars, le rappeur angolais Brigadeiro Mata Frakus, récemment rentré d’exil, a été arrêté à la veille d’une manifestation de l’opposition. Le musicien avait rencontré beaucoup de succès avec une chanson très critique envers le président Dos Santos, au pouvoir depuis 32 ans.

Lu sur Global Voices