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© Damien Glez, tous droits réservés.
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Israël fait son comeback en Afrique

Après près de quarante ans d'absence, le secteur privé passe à l'offensive sur le continent noir.

Le rituel se reproduit chaque semaine au siège du groupe ECI Telecom, leader mondial des plates-formes de communication haut-débit. L'entreprise israélienne, établie à Petah Tikva, dans le centre du pays, accueille une nouvelle délégation d'ingénieurs venus d'Ouganda, de Tanzanie ou de Namibie.

Un marché à fort potentiel

«Dans la téléphonie et les réseaux, l'Afrique brûle toutes les étapes technologiques: pour nous, c'est un marché sophistiqué à fort potentiel», confiait le 30 mai 2011 Itzhak Ronen, en charge de l'activité d'ECI au Moyen-Orient et Afrique orientale, lors de la première conférence sur les échanges entre Israël et l'Afrique (PDF), organisée près de Tel-Aviv par l'association IsrAid. Implanté depuis 2007 sur le continent, ECI, qui réalise une activité de 50 millions de dollars (34,2 millions d’euros) avec 16 pays africains, espère doubler ce chiffre à l'horizon 2014.

«Notre stratégie africaine repose sur le transfert de connaissances, de savoir-faire, pointe Ronen. Alors que nos concurrents chinois ne prennent pas la peine de travailler avec des sociétés locales.»

Faire du business tout en partageant le savoir, tel est le crédo des entreprises israéliennes sur le continent noir. Certes, l'Afrique ne représente que 3% des exportations israéliennes, soit 1,3 milliard de dollars en 2010 (pour l'essentiel en direction de l'Afrique du Sud et de l'Égypte), et 1% de ses importations (600 millions de dollars). Il n'empêche que depuis quelques années, le secteur privé passe à l'offensive.

«Israël fait aujourd'hui son retour sur le continent, avec des considérations purement économiques et moins idéologiques. La concurrence est âpre, mais nous avons deux avantages: Israël n'a pas de passé colonial dans la région, et nos entreprises sont prêtes à faire du transfert de technologie», commente Dan Catarivas, responsable des affaires internationales de l'Association des industriels israéliens (MAI).

Presque 40 ans d'absence

Les relations entre Israël et ses voisins africains n'ont pas toujours été au beau fixe. Dans les années 50 et 60, Israël se hissait au second rang mondial (derrière la France) par tête de transfert d'expertise dans les pays en développement. Sous l'égide de Golda Meir, le jeune État a accompagné les indépendances, déployant plus de 5.000 experts techniques entre 1958 et 1973, pour le compte de pays du tiers monde ou d'organisations internationales.

Tout bascule avec la guerre de Kippour (et l'embargo des pays arabes) qui scelle la rupture des liens diplomatiques avec la majorité du continent —même si les ventes d'armes israéliennes, l'assistance militaire ou la vente de services de sécurité n'ont jamais vraiment cessé. Pour le reste, en revanche, tout reste à faire.

«Israël a quitté l'Afrique en 1974 et j'invite les entreprises et les fonds d'investissement israéliens à y revenir!», a lancé lors de la conférence IsrAid, Henry Hanson-Hall, l'ambassadeur du Ghana dans l'État hébreu.

Les grands noms israéliens des télécoms, de l'agriculture ou de l'irrigation sont déjà bien positionnés. Inventeur de l'irrigation goutte-à-goutte, Netafim (contrôlé par trois kibboutz) s'est abord implanté dans les zones de grandes cultures (banane, ananas...) à la demande des multinationales.

A la fin des années 90, le groupe est contacté par la Banque mondiale pour introduire au Nigeria un nouveau système d'irrigation fonctionnant sans pompe, ni pression. Baptisé «Family Drip System» (FDS), le dispositif dessert aujourd'hui 200 petites exploitations à l'est du Kenya, dans le cadre d'une opération orchestrée par l'ONG Agrosphère et l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Le Sénégal et le Cameroun l'ont également adopté.

«Moyennant un apport symbolique de 10 dollars, les exploitants sont formés à l'utilisation d'un système qui leur permet d'augmenter leurs récoltes de 140% et d'économiser 60% en eau», confie Naty Barak, en charge du développement durable chez Netafim, qui réalise entre 5 et 10% de son chiffre d'affaires africain via le FDS, et relaie également l'expertise israélienne de l'agriculture en milieu aride voire désertique.

A côté de cette activité «à caractère humanitaire», le groupe travaille sur des mégaprojets dans la canne à sucre ou l'huile de palme. Là encore, les asiatiques sont déjà présents:

«Les Chinois viennent par exemple de racheter 15.000 hectares au Mali afin d'y cultiver du riz pour leur propre compte, ajoute Shavit Dahan, responsable chez Netafim du marketing de l'Afrique du Nord et de l'Ouest. A nos yeux, cette mainmise sur les terres agricoles africaines pose plus de problèmes que la corruption!»

Nathalie Hamou

Nathalie Hamou

Nathalie Hamou. Journaliste française, spécialiste des questions internationales.

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