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Petit producteur d'huile de palme, Nigeria / REUTERS
Petit producteur d'huile de palme, Nigeria / REUTERS

Arrêtons de cracher sur l'huile de palme

Sa diabolisation ne cacherait-elle pas une forme de protectionnisme des marchés européens?

Vue d’Europe, depuis un certain temps, l’huile de palme fait la une de la presse. Des ONG, relayées par les médias se déchaînent. En novembre 2013, le gouvernement français voulait la taxer (certains ont parlé de taxe coloniale). Toutes les semaines, des associations environnementalistes lancent des pétitions. Les médecins et les scientifiques débattent du sujet.

Certains politiques, en Suisse, se sont même proposés d’agir au niveau mondial, pour combattre, cette huile qui serait, d’après eux, une menace pour l’environnement. Rendez-vous compte!

Et pourtant vu, d’Afrique, le discours est tout autre. Cet aliment millénaire qui fait le quotidien de nombreuses familles est désormais perçu également comme une opportunité de développement. Une industrie nouvelle s’apprête à voir le jour. Mais le chemin est encore long et il faudra rassurer l’opinion.

La plus consommée

En 2012, l’huile de palme était la plus consommée de toutes les huiles végétales avec 33% de la consommation globale (à titre de comparaison, l’huile de soja arrive en seconde position avec 28%). Les trois quarts de la production concernent l’industrie alimentaire et le reste est utilisé pour l’industrie chimique, l’alimentation animale et les énergies.

On estime que la demande d’huile de palme devrait passer de 51 à 75 millions entre 2010 et 2050. Elle est la plus abordable des huiles végétales, ce qui en fait un produit de base pour les cuisines des pays en voie de développement.

La Malaisie et l’Indonésie représentent à elles seules environ 87% de la production totale. Le Nigeria est le premier pays africain producteur d’huile de palme avec 3, 312 millions de tonnes produites en 2012. La Chine, l’Inde et l’Europe importent à eux trois plus de 50% de la production mondiale.

Afin de subvenir à la demande mondiale, de nombreux investissements sont faits aujourd’hui en Afrique pour développer des plantations. Ainsi, une étude menée par Ecobank estime que l’Afrique de l’Ouest peut regagner la place qu’elle avait dans les années 60 (pour rappel, à l’époque la production était supérieure à 60% et elle ne représente plus que 5% aujourd’hui).

Pour cela, il faudrait cependant que la production africaine augmente sa rentabilité. En effet, la même étude souligne que «sur les huit millions d’hectares de plantation, seulement 1,1 million sont cultivés de façon industrielle. Les rendements moyens tournent autour de 300 kilos par hectare, soit sept fois moins qu’en Malaisie et en Indonésie».

De nouveaux arrivants —des groupes industriels— se présentent sur le marché. Ceci-dit, l’avenir est loin d’être tout tracé pour cette filière qui semble une opportunité pour le continent. Voici quelques-uns des obstacles qu’il faudra contourner.

L'alibi de la déforestation

Si on écoute les Cassandre, on est tout de suite convaincu que produire de l’huile de palme est mauvais pour l’environnement. Or, si on prend le cas de l’Afrique, on constate que la principale cause de la déforestation n’est pas l’huile de palme, mais d’autres types de culture et particulièrement l’agriculture de subsistance.

A contrario, il serait plus juste de rappeler que le rendement supérieur du palmier à huile permet une moins grande pression sur les forêts : 40% de l’huile végétale consommée dans le monde n’occupe que 7% de la surface utilisée pour la culture de l’huile végétale et 1% de la superficie mondiale dédiée de l’agriculture.

La déforestation causée par le soja est bien plus grave. Supprime-t-on pour autant les produits contenant de la lécithine de soja, la viande, les produits laitiers ou les vêtements en cuir? Pourquoi tous ces «pétitionnaires en chef» parisiens ne vont-ils pas expliquer aux 35.000 familles ivoiriennes qui vivent de la culture de l’huile de palme qu’elles doivent cesser sur le champ leur activité parce que c’est mal vu du Quartier latin?

Qu’en est-il maintenant de la santé? Comme le rappelle Jean-Michel Lecerf, chef du service nutrition à l’Institut Pasteur de Lille, «Faire de l’huile de palme un poison n’est pas justifié». L’huile de palme est complètement vierge d’acides gras trans qui sont très nocifs pour la santé, et ne constitue qu’une fraction des apports conseillés en acides gras saturés. Le scientifique a répondu récemment lors d’un forum de discussion sur Internet à plusieurs questions sur le sujet. Pour lui, l’huile de palme ne favorise pas les maladies cardio-vasculaires.

Dénigrement et greenwashing

Il y a un an de cela, les petits producteurs ivoiriens assignaient en justice les magasins U afin de dénoncer une campagne de dénigrement menée par le géant de la distribution contre l’huile de palme. Quelques mois après, l’AIPH (Association Interprofessionnelle de la filière palmier à huile) a remporté une victoire et Casino a dû retirer les vidéos qui expliquaient de manière très caricaturales que «la culture intensive d’huile de palme détruit les forêts tropicales, augmente les gaz à effet de serre et menace les espèces protégées». Pour autant la grande distribution française continue de mépriser la filière huile de palme africaine.

Ainsi, alors qu’un grand congrès se profile au mois de juin, les distributeurs auraient déjà annoncé qu’ils ne souhaitent pas y participer. Cette campagne de dénigrement n’est-elle pas alors une forme de greenwashing? En effet, en lançant des produits sans huile de palme, les distributeurs se présentent comme des chevaliers blancs qui agissent pour le bien de l’environnement, ce qui est parfois une manière commode de camoufler d’autres comportements.

Ainsi, les biscuits St Michel se vantent d’avoir mis en place une filière sans huile de palme alors qu’en même temps, Greenpeace les a mis sur sa liste des produits susceptibles de contenir des OGM.

Comme on le constate, l’huile de palme est devenue le nouveau bouc émissaire alimentaire. Répudiée par les défenseurs de l’environnement, suspectée par les consommateurs, taxée par les politiques, elle est accusée de tous les torts. Au final, on se demande si derrière tout cela, il ne s’agit pas d’une nouvelle forme de protectionnisme qui est en train de voir le jour.

Et s’il s’agissait tout simplement d’empêcher les exportations africaines de pénétrer sur le marché français?

J’ai pourtant du mal à croire que tous ceux qui se disent contre l’huile de palme soient également contre le développement de notre continent... je pense surtout qu’ils n’ont pas conscience que vu d’ici, c’est un fantastique espoir pour des milliers de femmes et d’hommes qui ne demandent qu’à pouvoir vivre de leur travail. Et quand l’huile de palme se fait rare, la crise alimentaire menace.

Mahamadou Sinte est directeur exécutif du Centre des Affaires Humaines (CEDAH)

Mahamadou Sinte

Mahamadou Sinte est le directeur exécutif du CEDAH (Centre des affaires humaines), un think tank africain sur la recherche et l'éducation.

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