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Ouganda: la police déloge des manifestants devant des journaux qu'elle occupe

La police a délogé mardi à coups de gaz lacrymogène une centaine de journalistes ougandais rassemblés autour des locaux de deux quotidiens indépendants d'Ouganda, empêchés de paraître depuis une semaine après la publication d'informations sur des mécontentements dans la hiérarchie militaire.

Des policiers en armes occupent depuis le 20 mai, officiellement pour perquisitionner, les locaux du tabloid Red Pepper et ceux du Daily Monitor, un des principaux journaux du pays, ainsi que les studios des radios KFM et Dembe FM, propriétés du Monitor et situés dans ses locaux. Une décision de justice a pourtant ordonné la libération des locaux.

Les deux journaux ne pouvant plus paraître depuis cette date, le journal gouvernemental New Vision reste le seul quotidien d'importance disponible en Ouganda. Les deux radios ont elles aussi cessé d'émettre.

Red Pepper était parvenu la semaine passée à sortir un numéro imprimé de façon artisanale, mais la police avait arrêté les vendeurs qui le distribuaient.

Les occupations de ces deux journaux sont "une violation de la liberté de la presse et un sabotage économique", a expliqué Goeffrey Ssebaggala, responsable d'une ONG locale de défense des journalistes, devant les bâtiments du Monitor, où une centaine de personnes s'étaient rassemblée mardi.

Une trentaine de manifestants tentant de s'installer devant les locaux du Red Pepper ont par ailleurs été immédiatement délogés par la police.

La police dit rechercher une note confidentielle dont les deux journaux ont publié des extraits, écrite par le général David Sejusa Tinyefuza, coordinateur des services ougandais de renseignement, dans laquelle il réclamait une enquête sur de présumés projets d'assassinats de personnalités par des responsables militaires, liés à la succession du président Yoweri Museveni.

Le général Sejusa, dont la presse ougandaise affirme qu'il a quitté le pays pour se réfugier à Londres, est un des plus hauts gradés de l'armée ougandaise. Il affirmait dans sa note que plusieurs personnalités - dont lui-même et le Premier ministre - étaient ciblées en raison de leur opposition supposée à un projet prêté au président Museveni d'organiser sa succession en faveur de son fils Muhoozi Kainerugaba.

Bien que M. Museveni n'ait jamais publiquement évoqué une telle intention, son fils, général actuellement à la tête des Forces spéciales ougandaises, a récemment bénéficié d'une promotion rapide dans les rangs de l'armée ougandaise.

Le chef de la police ougandaise, le général Kale Kayihura, a affirmé mardi à l'AFP que ses hommes ne quitteraient pas les locaux de ces médias tant qu'ils n'auraient pas "coopéré".

"Nous ne demandons pas grand chose. Nous voulons qu'ils coopèrent et la perquisition s'arrêtera. Tant que ce ne sera pas le cas, nous serons là-bas", a déclaré à l'AFP le chef de la police, promu le 24 mai au rang de général (équivalent de général d'armée) dans le cadre d'une série de mutations et promotions au sein de la haute hiérarchie militaire initiée par le président Museveni.

Dans le cadre de cette réorganisation, le chef d'état-major de l'armée ougandaise, le général Aronda Nyakairima, cité comme une possible cible dans la note du général Sejusa, a été muté pour être nommé ministre de l'Intérieur, un poste civil. Il avait, ainsi que plusieurs autres généraux, condamné la note du général Sejusa.

La fermeture de ces médias indépendants a été condamnée par l'ONU et l'Union européenne, ainsi que par les ONG de défense de la liberté de la presse.

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