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Nigeria : Boko Haram fait peur aux populations

« J’ai déprogrammé dans ma tête l’idée d’aller faire mon marché à Banki comme j’en avais l’habitude », affirme Olivier Habaga, infirmier en poste à Limani, un petit village camerounais frontalier du Nigeria, où la crainte des exactions des islamistes de Boko Haram est bien présente.
A moto ou à pied, Camerounais comme Nigérians se rendaient facilement vers le marché de Banki, au Nigeria. C’est de ce marché que vient l’essentiel des produits consommés à Amchidé, une autre ville camerounaise voisine, mais presque personne ne se risque désormais à la « traversée ».
Amchidé est pourtant si proche de Banki que de simples morceaux de bois plantés au sol permettent aux habitués de distinguer le Nigeria du Cameroun. « Il y a une grosse peur dans la ville », confirme Jean-Marie Ovono, responsable du centre de santé médical d’arrondissement d’Amchidé, qui affirme ne plus se rendre à Banki par crainte « d’être confondu avec les Ibo », l’une des ethnies nigérianes en majorité chrétienne visée par les membres de Boko Haram. « Nous redoutons d’être des victimes collatérales ou directes du combat entre les forces nigérianes et les membres de Boko Haram », explique un autre habitant d’Amchidé, Yerima. « Les Boko Haram égorgent et abattent les gens. Policiers et militaires nigérians sont aussi de vrais sauvages qui tuent sans façon », résume-t-il. « Nous déconseillons formellement aux gens de se rendre à Banki. Le danger est présent partout », concède sous anonymat un policier camerounais. « La peur des gens est compréhensible. Elle existe depuis que les Boko Haram multiplient les attaques à Banki mais elle s’accentue avec l’Etat d’urgence au Nigeria marquée notamment par l’arrivée dans la ville nigériane des renforts de l’armée », explique-t-il.
Au poste frontalier de Banki, la carcasse d’un véhicule de la douane incendié par des partisans de la secte lors d’une attaque il y a des mois est encore visible. Détruit également pendant l’attaque, le bâtiment de la douane n’a pas été reconstruit. Depuis, les douaniers nigérians se font discrets, travaillant sans tenue officielle.
A Banki, la route nigériane qui mène à Bama et, plus loin, à Maiduguri, fief de la secte islamiste, est déserte. Depuis l’Etat d’urgence, les routes sont bloquées, et un long périmètre de sécurité a été tracé autour du commissariat de la ville, qui a été régulièrement le théâtre de combats entre policiers et insurgés.
« Dès que vous êtes dans ce périmètre, ils (les forces nigérianes) ouvrent le feu », rapporte Yérima qui conseille de « quitter immédiatement » la route nigériane pour basculer en territoire camerounais, ce qui se fait en moins d’une minute.
Le 12 avril, l’attaque de ce commissariat avait fait cinq morts dont quatre côté islamiste. Ce jour là, des balles perdues étaient même retombées dans la cour de l’hôpital d’Amchidé, explique une source médicale. L’attaque avait été préparée au Cameroun à huit kilomètres d’Amchidé, selon le même policier qui dénonce « la complicité » des populations locales qui n’avaient pas donné l’alerte à la police. « Tout le monde vit dans la crainte ici parce que si vous dénoncez ou critiquez les actions de ces gens (Boko Haram), c’est vous qu’ils attaquent », explique Olivier Habaga, selon qui un jeune moto-taxi camerounais a été récemment enlevé, avant d’être emmené coté nigérian puis égorgé pour avoir ouvertement critiqué Boko Haram.
Avec l’Etat d’urgence décrété dans plusieurs Etats du Nigeria, Banki s’est presque vidée de ses habitants dont la plupart ont fui pour Amchidé où lits, matelas et fauteuils emportés à la hâte sont entreposés dans les rues, faute d’espace dans les familles d’accueil. Les commerçants nigérians commencent également à s’installer de l’autre côté de la frontière. « C’est devenu très compliqué de mener nos activités à Banki », justifie l’un d’entre eux. « Nous étions bien installés au pays mais les Boko Haram ont commencé à tuer, et brûler les boutiques des chrétiens. J’ai quitté Banki pour m’installer à Amchidé », souligne un deuxième commerçant qui dit n’être plus retourné dans son pays depuis par « peur de tomber sur les mauvaises personnes lors de mes achats ».
AFP

L'essor

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