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Les paysans camerounais s'insurgent contre la vie chère

Le 31 mai 2011 à Yaoundé, la capitale camerounaise, une marche de protestation organisée par des paysans a été réprimée avant même d’avoir commencé. Les principaux quotidiens du Cameroun, dont Le Jour, indiquent que près de quarante agriculteurs ont été interpellés au petit matin par des éléments du commissariat central de la ville.

D’abord prévue pour le 13 mai, cette manifestation avait pour but de «dénoncer les travers du ministère de l’Agriculture dans ses missions d’accompagnement des producteurs: corruption, instrumentalisation des paysans, détournements, affairisme». Les paysans s’insurgaient également contre «l’inefficacité des solutions qui sont pour l’heure apportées aux vrais problèmes de l’agriculture camerounaise». La marche étouffée du 31 mai visait donc à crier leur ras-le-bol contre la baisse continue du niveau de vie des petits producteurs agricoles.

Cette manifestation avait été annoncée (et initiée) il y a plusieurs semaines par l’Association Citoyenne de Défense des Intérêts Collectifs (ACDIC), qui, ces dernières années, a mis au jour quelques grandes affaires liées à la corruption et l'escroquerie au Cameroun —et qui se trouve vraisembablement dans le collimateur du régime en place.

Les journalistes de Mutations, un quotidien camerounais, relatent que c’est en se rendant au siège de l’Acdic où le rassemblement devait s’effectuer que 39 paysans ont été arrêtés. Les policiers étaient armés de matraques et ont barré toutes les issues menant aux locaux de l’association. Bernard Njonga, président de l’ACDIC, explique:

«On ne nous a jamais notifié d’une interdiction de marche; c’est ce matin à 8h42 que le commissaire est arrivé avec une correspondance du sous-préfet daté du 30 mai dans laquelle il explique que c’est sur la base d’un acte préfectoral qu’il ne peut pas nous autoriser à marcher.»

Dans cette note du sous-préfet de Yaoundé, il est indiqué:

«Je ne suis pas en mesure de vous établir et délivrer le récépissé y relatif, les manifestations à caractère vindicatif étant interdites sur tout le département du Mfoundi [Yaoundé et sa périphérie, ndlr] suivant acte préfectoral jusqu’à nouvel ordre.»

Une notification contre laquelle Bernard Njonga s’est aussitôt insurgé

«Il faut qu’on nous dise à quelle date, quel préfet a pris cet acte et s’il a force de loi quand on sait que des manifestations sont organisées pour encenser le régime tous les jours sans qu’elles ne soient interdites.»

D’après Alex Gustave Azébazé, premier secrétaire du syndicat national des journalistes du Cameroun et membre d’une coalition d’organisations de la société civile, toutes les personnes interpellées ont été relâchées le 31 mai au soir. Le ministre de la Communication Issa Tchiroma Bakary est quant à lui intervenu pour dénoncer «une instrumentalisation de ces paysans à des fins politiciennes».

Lu sur Le Jour, Mutations, Wadr