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Niger: après l'attentat-suicide, "tout le monde a peur" à Agadez

"Maintenant tout le monde a peur", confie Ahmad, un riverain du grand camp militaire d'Agadez, dans le nord du Niger. Frappé jeudi par un attentat-suicide qui a fait une vingtaine de morts, le site est devenu "scène de crime".

Quand il a entendu ce jour-là vers 05H00 (locales, 04H00 GMT) des "bruits assourdissants", ce conducteur de moto-taxi a d'abord pensé à "un dépôt de munitions qui explose à cause de la chaleur". "Mais c'est avec stupeur que nous avons appris que ce sont des kamikazes", raconte-t-il dimanche à l'AFP.

L'attaque et la fusillade qui a suivi ont fait 24 morts, essentiellement des militaires nigériens, selon les autorités, qui ont fait état aussi de huit assaillants tués. Presque au même moment, à Arlit (plus de 200 km au nord), un autre attentat à la voiture piégée sur un site d'uranium d'Areva faisait un mort et 14 blessés parmi les employés nigériens du groupe nucléaire français.

Située dans le nord de la ville, l'immense garnison abritant le siège du commandement militaire de la région a depuis retrouvé le calme, sous un soleil écrasant.

Mais un cratère d'environ trois mètres de diamètre provoqué par l'explosion du 4x4 piégé attire les regards. Défense d'approcher: un ruban jaune est déployé tout autour de la "scène de crime".

Toits arrachés, portes et fenêtres soufflées, façades criblées d'impacts: des bureaux, un poste de police, un foyer pour les soldats et leurs familles ont été dévastés.

"La déflagration a soufflé tous les bâtiments qui se trouvaient dans un rayon de 100 mètres, ce qui démontre la puissance de l'explosif utilisé", explique un officier nigérien.

Visage fermé, des militaires jettent un oeil à ce qui reste du véhicule. Autour du cratère, sont encore visibles des lambeaux de chair et de vêtements.

"Complicités"

Des experts effectuent des prélèvements, recueillant en vue d'analyses des débris d'explosifs, d'armes et de munitions. Puis les chambrées devront être inspectées, pour s'assurer que rien de dangereux n'y a été laissé.

"Apparemment", les assaillants avaient "de très bons renseignements sur le camp et sa configuration, je crois qu'ils ont bénéficié de complicités en ville", lâche l'officier.

Hors du camp, dans une ruelle poussiéreuse, Issiak, ex-combattant de la rébellion touareg nigérienne de 2007-2009 dont Agadez fut l'épicentre, est du même avis. "Ces terroristes ont des complices au sein de la population, personne ne vous dira le contraire. Il faut les démasquer et les châtier".

A travers la cité aux quelque 120.000 habitants et aux murs en banco, centre névralgique et jadis touristique du Nord désertique à un millier de km de Niamey, ces soupçons ne font que renforcer la peur partout palpable.

"Si les terroristes sont capables de frapper au coeur du système sécuritaire de la région, nous sommes foutus, ils peuvent sévir où ils veulent", estime Abdourahamane, agent de sécurité d'un grand hôtel. "C'est le ciel qui nous tombe sur la tête", dit-il en servant du thé brûlant à quelques clients.

"Nous avons peur, très peur même", reconnaît Algabass, un chauffeur au volant d'un 4x4. "Le pire est que nous n'avons pas la solution à ce type de problème: comment stopper celui qui veut se donner la mort ?"

Les attentats, les premiers du genre au Niger, ont été revendiqués par Les Signataires par le sang, groupe du jihadiste algérien Mokhtar Belmokhtar, et par le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao). Le Mujao est l'un des groupes islamistes liés à Al-Qaïda délogés du nord du Mali voisin depuis janvier par l'intervention des forces militaires françaises et africaines, notamment nigériennes.

Vendredi matin, les forces spéciales françaises sont intervenues aux côtés des troupes nigériennes pour neutraliser les derniers assaillants retranchés dans des dortoirs du camp d'Agadez.

"La zone a déjà souffert des rébellions animées par ses propres fils, puis est arrivé Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique, ndlr) avec ses prises d'otages, maintenant on parle du Mujao: c'est une malédiction ou quoi ?", se lamente Agaïcha, vendeuse de souvenirs au pied de la légendaire mosquée de la ville.

AFP

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