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Choc et admiration dans le monde

C'est devenu une sorte de quiz morbide : combien de journalistes ont été tués cette semaine ? De combien de manières différentes sont-ils morts ?» s'alarmait, en 1994, l'American Journalism Review. Les médias ont, à toutes les époques et sous toutes les latitudes, payé un lourd tribut sur l'autel du «devoir d'informer». Mais là où «le cas algérien» bouleverse tant l'opinion internationale, c'est que dans nul autre pays, les journalistes assassinés auront été aussi nombreux et ce, en une période aussi courte. Dès les premières exécutions, la corporation et autres associations s'effraient de cette hémorragie. «Les journalistes sont devenus des cibles privilégiées pour les extrémistes. Et ceci représente une situation totalement nouvelle, sans précédent», s'indignait Djallal Malti de Reporters sans frontières. «Et c'est la raison pour laquelle tout cela est aussi effrayant», concluait-il. Et si la presse étrangère reste sans mots devant le massacre des populations «civiles», il y a une sorte d'abasourdissement, d'incrédulité, de profond désarroi devant ces martyrs de la plume. Le tout teinté de respect et d'admiration. «Le coût du dévouement peut être élevé», lit-on dans un reportage daté des années 1990, publié dans l'Inter Press Service (IPS). «Pour les journalistes d'une Algérie déchirée, un assassinat n'est pas qu'une autre brève, un autre article. C'est un risque quotidien du métier», affirmait un journaliste anglais. «''Porter la plume dans la plaie'' (...) mais avec infiniment plus de mérite et de courage, bien sûr, à Alger», assurait l'Express. Et le décombre macabre entamé en 1993 se poursuivait, jour après jour, à la une des titres internationaux. Aujourd'hui encore, cette tragédie de la presse algérienne est gravée dans la mémoire collective de la corporation. Une sorte d'aura qui entoure la presse algérienne, qui fait de ses enfants des rescapés, des héros malgré eux. Pour Robert Fisk, cela demeure insuffisant et insignifiant en considération de ce lourd sacrifice. Le reporter, grand connaisseur de l'Algérie, se trouvait dans le pays en janvier 2011. Dans un reportage intitulé «Le martyre oublié des journalistes algériens», Fisk interpelle : «Comment oublie-t-on aussi rapidement le meurtre de confrères ?» Il énumère les hommes et les femmes de la plume tombés sous les balles assassines ou les poignards. «Et maintenant, lorsque nous trempons nos pages de tristesse lors de la mort d'un reporter occidental, pourquoi ne nous rappelons-nous pas ces 94 Algériens ?»  

El Watan

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