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Besma Belaïd : « Marzouki A menti au juge »

« L'assassinat de son compagnon l'a propulsée sur le devant de la scène politique tunisienne, elle qui a fait le choix de militer loin des feux de la rampe. Elle est devenue l'icône d'une Tunisie en lutte. La veuve rebelle dénonce une justice qui «cherche à étouffer» la vérité sur l'assassinat de Chokri Belaïd ».C'est ainsi, que l'organe d'information algérien, « El Watan »,dans son édition du vendredi, 24 mai 2013, a introduit l'interview que lui a accordé, la militante, Basma Khelfaoui-Belaïd, veuve du martyr, Chokri Belaïd, ex leader du Parti unifié des patriotes démocrates, lâchement, assassiné, le 6 février dernier. L'interview a été publiée, sous le titre éloquent de « Marzouki a menti au juge ».

Mettons-nous, tout de suite, d'accord. La grande militante, Basma Khelfaoui-Belaïd, n'a pas l'habitude de dire n'importe quoi, ni de débiter des sottises. Celle qui a déclaré, au journal, « Le Monde »,le 8 février 2013, « Chokri Belaïd est mon mari, le père de mes deux filles, mon compagnon, mon cher ami et l'homme que j'ai aimé »,le prouve, amplement, non seulement, en portant, bien haut, le flambeau que le martyr Chokri Belaïd, n'a jamais laissé tomber, mais, surtout, en faisant, tout, pour que, ce lâche et vil acte, inhumain, reste présent, dans les mémoires, et ne passe, jamais, selon le souhait de ses commanditaires et exécutants, à la trappe de l'oubli.

Grace, notamment, à l'abnégation de sa veuve, notre imaginaire collectif intégrera, pour longtemps, encore, le parcours de ce grand militant, sincère et engagé, qu'était le martyr Chokri Belaïd. L'on ne peut oublier, sur le plan politique, essentiellement, que le 12 mars 2011, il avait obtenu la légalisation de son parti politique, le Mouvement des patriotes démocrates. Cinq mois, à peine, avant son assassinat, le 2 septembre 2012, il créa le Parti unifié des patriotes démocrates, avec d’autres militants patriotes démocrates. C'est avec ce parti, que le martyr, Chokri Belaïd, a participé à la création du Front populaire, une coalition de partis de gauche qui est venue enrichir et renforcer le front républicain.

Mais, avant de vous livrer l'interview de Basma Khelfaoui-Belaïd, que vous pouvez lire, ici-bas, ou à partir de la source en cliquant, ici, je voudrais m'attarder, quelque peu, sur le tire de cette interview : « Marzouki a menti au juge ».Je ne sais, si c'est vrai, ou faux, car je n'ai pas les moyens de le vérifier. En fait, en la matière, seul le juge d'instruction peut en être... juge, justement. Par contre je sais une chose : Tout président de la République qui mentirait, sciemment, surtout, pour dissimuler la vérité, se rendrait coupable, de parjure. En effet, nul juriste ne peut nier, le fait, qu'un Président qui fait un faux serment, c'est-à-dire, qui viole son serment fait devant la Nation, se parjure. Parjurer, ne signifie-t-il pas, en effet, faire volte-face, violer son serment, manquer à sa parole, trahir la confiance placée en lui, revenir sur ses promesses de servir les intérêts supérieur de l'Etat, se dédire en disant le contraire de qu'il avait, auparavant, dit ?

En France, le 4 avril 2013, Thierry Lazaro, député UMP du Nord, a déposé deux propositions de loi, l’une instituant un délit de parjure, l’autre instaurant l’inéligibilité d’une personne se rendant coupable de parjure. « Dans le légitime souci de moralisation de la vie publique, il convient de ne pas cantonner, à la seule sphère juridique, le délit de mensonge », écrit-il, dans un communiqué, ajoutant qu'il convint d'ajouter un « délit de parjure, dans le droit français ».Il a, également, déposé une deuxième proposition de loi, visant à « rendre inéligible, toute personne qui s’est rendue coupable de parjure ou qui a menti, publiquement, dans une affaire pénale ou fiscale, le concernant ».Lui faisant écho, un autre député UMP, Daniel Fasquelle, a déposé une proposition de loi, pour que soit sanctionné, par une inéligibilité à vie, un mensonge proféré devant l’Assemblée nationale ou le Sénat, en séance publique. Pourrait-on espérer voir, un jour, un panel de nos élus, déposer des projets de lois, allant dans le même sens ? Ou bien faudrait-t-il croire que le mensonge ferait école et force de loi, en Tunisie ?

Si Moncef Marzouki est aujourd'hui, à Carthage, il ne le doit, certainement, pas à son charisme, ni à sa popularité. Celui qui voulait, coûte que coûte, être « Président à la place du Président », avait, déjà, accusé, durant la campagne électorale, ses adversaires, d’être « la vieille gauche laïcarde et francophone, totalement, déconnectée des vrais problèmes, de la société tunisienne ».Il se trouve que le martyr, Chokri Belaïd, était un militant de gauche. Mais je ne tire aucune conclusion. Je ne fais que constater. Pour ce qui est de l'accusation de francophonie, je vous renvoie à son dernier livre, rédigé en Français et publié et présenté, en France. J'espère, simplement, qu'à la fin de son mandat, Moncef Marzouki ne laissera pas le même chaos, qu'il a laissé, en héritage, au CPR, en démissionnant le jour, même, où l'ANC, l'a élu « Président à la place du Président ».

Oui, ce n'est un secret pour personne. Marzouki voulait être « Président à la place du président », pour corriger les torts de l'ancienne République. C'est louable. Mais, si l'on veut, vraiment, « une République exemplaire »,on ne peut faire abstraction, du fait, qu'elle ne peut être bâtie, que sur la confiance qui est, uniquement, le résultat de l'exemplarité! Jusqu'ici, l'exercice Présidentiel de Marzouki, ne nous a, jamais, donné cette impression, en particulier. Bien au contraire. Je suis désolé de le dire, aussi brutalement, mais, s'il n'y a dans ce pays, que ce choix là, Président pour Président, je préfère, et de loin, l'ex Président ZABA !

                                             Interview

- Le Premier ministre, Ali Larayedh, dès sa prise de fonction, avait assuré que les services de sécurité avaient identifié l'assassin de Chokri Belaïd, mais sans pour autant l'arrêter. Où en est la vérité quatre mois après l'assassinat de Belaïd ?

Nulle part. L'affaire traîne en longueur. Nous sommes dans une situation de blocage, c'est un processus qui n'avance pas. Ce blocage est sciemment entretenu, car ce ne sont pas des éléments extérieurs objectifs qui font que l'affaire n'avance pas. Non. Les avocats ont démontré qu'il y a de nombreuses pistes qui n'ont pas été exploitées. Ils ont recueilli des informations remises au juge d'instruction, mais ce dernier refuse de les prendre en compte. Pire. Il (le juge d'instruction) a donné un pouvoir total à la brigade criminelle pour mener l'enquête et du coup, lui ne maîtrise plus rien. C'est la brigade qui mène l'enquête et lui ne reçoit que ce que celle-ci lui fournit. Alors que la brigade est sous la coupe du ministère de l'Intérieur d'Ennahdha et même après le remaniement gouvernemental, l'actuel Premier ministre, anciennement ministre de l'Intérieur, suit de près le dossier pour ne pas dire qu'il garde la main dessus. L'enquête n'est pas menée de manière sérieuse. Sinon comment expliquer que le juge d'instruction refuse d'entendre un témoin qui semble détenir des informations capitales. Il s'agit de l'homme d'affaires Fethi Damegh, arrêté dans l'affaire d'achat d'armes. Il a demandé, par écrit, que le juge d'instruction l'entende, mais ce dernier refuse. Pourquoi ? En plus, pourquoi le ministre de la Justice n'intervient-il pas ? Fethi Damegh, qui se trouve en prison, craint pour sa vie, il a peur d'être éliminé. C'est un témoin capital dans cette affaire. Un autre élément que le juge n'a pas pris en considération. Il y a une personne qui a été localisée et son appel téléphonique a été intercepté, la veille de l'assassinat, en bas de notre immeuble parlant de Chokri. Il a été écouté par le juge et ensuite libéré. Bref, il y a beaucoup d'indices et d'interférences dans le travail de la justice pour bloquer le processus.

- Vous soupçonnez des parties qui cherchent à étouffer l'affaire ?

Il est clair que tout est fait pour qu'on ne sache pas qui a tué Chokri. Pourquoi ? Ils font tout pour empêcher que la vérité n'éclate. Ces gens-là doivent savoir que si l'enquête n'aboutit pas en Tunisie, nous irons vers une juridiction internationale. Mais pour l'instant, on met tout cela de côté, parce que, du point de vue légal, la juridiction internationale ne peut se saisir du dossier qu'en cas d'incompétence de la juridiction nationale. Ils veulent nous faire mal avec l'assassinat de Chokri. Et à ces gens, je dis que nous sommes et nous resterons débout.

- Qui sont ces gens ?

Chokri disait toujours qu'Ennahdha cherchait à le liquider. Il était pertinemment sûr que cette formation voulait son élimination du paysage. La veille même de son assassinat, il disait que ce parti a failli sur tous les plans et c'est pour cela qu'il va se diriger vers la violence. Ce mouvement veut nous imposer un projet de société par la violence, d'autant qu'il sent la montée d'une résistance au sein de la société à son projet politique, à son économie, à sa conception rétrograde de la vie. Dans son analyse, Ennahdha fait croire que l'opposition représente la contre-révolution. Ce parti est en train de rééditer toutes les pratiques de l'ancien parti (RCD, ndlr) en monopolisant toute l'administration et les rouages de l'Etat. Ce parti entretien un rapport de méfiance vis-à-vis de ses adversaires, installant le pays dans une grave crise de confiance laquelle s'est accentuée avec l'assassinat de Chokri.

- Le président Moncef Marzouki s'est-t-il mobilisé à vos côtés pour faire connaître la vérité sur l'assassinat de «son ami» ?

Au contraire. Marzouki avait dit à Chokri Belaïd quand il est allé le voir : «Les menaces proférées contre vous sont sérieuses, je dois assurer votre sécurité». Chokri avait refusé qu'on mette à sa disposition des gardes du corps. Mais, curieusement, quand Marzouki a été entendu par le juge d'instruction après l'assassinat de Chokri, celui-ci avait nié les propos qu'il avait pourtant tenus à Chokri. Il a dit au juge : «Non, je ne lui ai rien dit.» Pas seulement Marzouki d'ailleurs, Ahmed Nadjib Echabi aussi a nié devant le juge avoir dit à Chokri qu'il était menacé. Marzouki a menti au juge d'instruction. Je ne comprends pas quelle direction il prend. Et c'est pour cela que je refuse de le rencontrer. Il a voulu venir présenter ses condoléances, j'ai refusé et je refuse toujours. Parce qu'il ne veut pas participer à faire «éclater» la vérité. Il n'est pas sans savoir qu'un processus de violence s'installe dans le pays auquel lui-même participe en acceptant de recevoir, au palais de Carthage, les comités de la protection de la révolution qui terrorisent les gens et qui utilisent la violence. Aucune prise de décision de sa part, aucune déclaration qui condamne au moins la responsabilité politique de ce gouvernement. Donc moi, je ne peux pas l'accepter chez moi.

- Vous êtes confiante pour l'avenir de la Tunisie ?

Totalement confiante. La réaction courageuse des jeunes, des femmes et de nombreux Tunisiens face à la tentation totalitaire donne de l'espoir. Les Tunisiens se battent et continueront le combat afin de faire aboutir les aspirations pour lesquelles ils se sont soulevés contre la tyrannie. Ils ont fait la révolution pour la liberté, la dignité et le travail. Je reste engagée dans le combat pour l'instauration d'un projet de société de progrès, de liberté, de démocratie et de respect de la dignité humaine et pour une société plurielle qui assume pleinement ses différences d'opinions, de conscience. Une société où on gère de manière non violente les conflits. Les jeunes Tunisiens se sont sacrifiés pour un monde meilleur, un monde où on peut voir des fleurs partout, danser lorsqu'on en a envie, rire quand on veut, lire ce qu'on a envie de lire et réfléchir et avoir des avis sur toutes les questions en toutes liberté. Celui qui veut faire la prière est libre de la faire, tout comme celui qui a envie de boire du vin. Qu'on libère la société des tous les tabous qu'on lui a imposés ; que les gens puissent enfin respirer la liberté. Leur projet à eux (les islamistes), c'est le déni de la liberté et de la démocratie. Contente-toi de ce que tu as et ne t'insurge pas contre le gouvernant. Il milite pour une société morte. Ce projet nous le combattrons comme nous avons combattu la dictature. En Tunisie, nous sommes face à un dilemme : soit nous voulons une société qui avance ou bien une société qui recule renfermée sur elle-même.

- Le jour de l'enterrement de Chokri Belaïd, le monde entier a découvert une femme courageuse à la tête du cortège funèbre, qui a dit qu'elle n'a pas le droit d'être triste et de faire le deuil, mais de résister !

J'ai des origines algériennes. Je viens de la région d'El Kef et ma mère à des origines algériennes. J'ai des ancêtres algériens. La femme algérienne, elle est en moi tout comme la femme palestinienne. C'est notre culture et notre background. L'image d'une femme qui doit continuer à résister quelle que soit la dureté des conditions. Chokri était un grand homme, un résistant. Il mérite que je marche, même pieds, nus sur les braises pour maintenir la flamme de la liberté.

                                            Bio Express

Née le 20 août 1970 dans la région de Kef, Basma Khalfaoui rencontre son compagnon, Chokri Belaïd, à son retour d'Irak, en 1998. Ensemble, ils quittent Tunis pour Paris où ils se marient en 2002 «à la française». Elle rentre au pays en 2006, une année après le retour de Chokri qui est déjà fortement impliqué dans le combat contre la dictature. Depuis l'assassinat de son compagnon, elle se radicalise. Elle compte créer «la fondation Chokri-Belaïd contre la violence».

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