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Tata Somba (type Otammari) © Marcus Boni Teiga, tous droits réservés.
Tata Somba (type Otammari) © Marcus Boni Teiga, tous droits réservés.

Les mille et un secrets des Tata Somba

Le Tata Somba, habitat traditionnel du nord-ouest du Bénin est menacé. Délaissé par les jeunes générations qui lui préfèrent des logements plus modernes.

Patrimoine mondial de l’Unesco, le Tata Somba est un habitat unique au monde que l’on ne retrouve qu’au nord-ouest du Bénin et dans sa partie frontalière avec le Togo. C’est une construction traditionnelle à des fins de protection, de résistance contre les ennemis et les bêtes sauvages.

Le mot Tata désigne à l’origine une fortification depuis le temps de la colonisation française. Mais, par extension, il désigne aussi toute habitation. Le Tata Somba, château fort traditionnel, est l’apanage des peuples Bètammaribè, Bèsoribè et Natemba. Les autres Tatas tels que Berba et Waaba ne répondant pas au sens étymologique de ce type d’habitat. Le terme même de Somba donné aux châteaux forts traditionnels de l’Atacora est un nom générique que l’administration coloniale française a attribué à tous les peuples de l’Atacora, à l’exception des Batombou.

L’histoire du Tata Somba reste jusque-là méconnue. Personne ne connaît aujourd’hui l’homme ou le peuple qui a inventé le Tata Somba. Il est communément admis que dans les temps anciens, les maisons étaient sous forme de cases rondes. Les guerres et autres animaux prédateurs ont conduit les peuples à trouver un autre moyen pour mieux se protéger et résister. Ainsi est né le Tata Somba. Tous les Tatas n’ont, en effet, pas les mêmes caractéristiques. Ce qui laisse penser que le Tata Somba originel a subi moultes modifications.

Les Bètammaribè (littéralement «ceux qui façonnent le sable» ou «les bâtisseurs») sont réputés pour la construction des Tatas Somba. Leur parenté avec les Natemba indique d’après toute vraisemblance que le Tata Natemba serait le Tata originel. D’autant plus que les Bètammaribè appellent les Natemba par le terme de Woyibomè, qui veut dire les «gardiens du Tata ancestral» —puisque dans la tradition de ces peuples, chaque famille dispose de son Takienta (sa maison) et chaque membre de la famille doit quitter ce Tata pour aller construire sa maison une fois atteint l’âge de la maturité lorsqu’il faut fonder une famille.

Au demeurant, la maison paternelle revient de droit au benjamin de la famille, la femme n’ayant de maison que celle de son époux. Le lien de parenté entre les Bètammaribè et les Natemba est encore plus renforcé par la langue. Les deux peuples se comprennent, malgré quelques variantes.

Ces peuples sans monarchie, guerriers fiers et hostiles à toutes formes de domination ont résisté à la colonisation française. Ils ont leurs origines au Burkina Faso, d’où ils sont venus pour s’installer autour de la chaîne des montagnes de l’Atacora et jusque dans une partie du Togo. Les Natemba se sont implantés à Tayacou en aval de la montagne et les Bètammaribè se sont dispersés pour aller plus loin. Rien d’étonnant que le Tata Somba ait subi des modifications et connu une évolution, donnant ainsi les différents types de Tatas que l’on connaît actuellement.

Le Tata Somba

La différence du Tata Somba avec tous les autres Tatas est qu’il s’agit d’une construction à étage. Il dispose d’un rez-de-chaussée et d’un niveau supérieur où l’on retrouve des habitations et des greniers à provisions. L’étage permet de se protéger contre des fauves en même temps qu’il permet de voir venir l’ennemi et se préparer à l’affronter. Des cachettes y sont d'ailleurs aménagées, avec des orifices dans le mur pour les attaques. Un hall est aussi prévu pour la sécurité des animaux domestiques. Aussi bien les chambres que les greniers sont constitués de tourelles coniques coiffées de paille et reliées par un mur.

Toutes les terrasses des Tatas Somba sont dallées. Elles disposent également d'orifices pour l'aération et l'évacuation. L’entrée des Tatas est si petite qu’il faut se baisser ou ramper pour les franchir. Au seuil de l'entrée, se trouve l’autel du «Serpent» tutélaire, symbole de l'âme des ancêtres. Une fois le seuil franchi, dans le hall on trouve des provisions, une meule à grains, des abris d’animaux domestiques et un autre autel.

Le Tata Tayèba ou Tata Natemba

Tayèba désigne les habitants de Tayacou (premier site d’implantation des Natemba) mais qui sont en réalité avec les habitants des autres localités des Natemba. Ceux-ci sont localisés en majorité à Tanguiéta, mais on en rencontre également dans les communes de Cobly, Toucountouna et Kouandé.

Le Tata Natemba est l’unique Tata dont la structure est entièrement dallée, toit compris. Une échelle permet d’accéder de l’extérieur du rez-de-chaussée à l’étage. A l’origine, ce Tata comprenait une première terrasse avec deux grandes chambres et une seconde avec six chambres. Un seul grenier pouvait être construit sur la terrasse ou tout simplement en dehors même du Tata. Un passage arrière aménagé pour la guerre permet de descendre de l’étage au rez-de-chaussée et vice-versa. Ce passage est emprunté par les chasseurs quand ils reviennent de la grande chasse afin de sortir par l’entrée principale.

Le Tata Otammari ou Tata des Bètammaribè

Autrefois, le Tata Otammari disposait de trois chambres à l’étage et de sept greniers au-dessus. Si le nombre de chambres n’a pas varié, aujourd'hui les greniers ont été réduits au nombre de deux. L’on y accède par une échelle fabriquée à partir d'un tronc d'arbre, formant un escalier et terminée par un V pour permettre à l’échelle de bien se poser sur le mur —exactement comme un lance-pierre. Ce Tata comprend trois terrasses et dispose, sur la partie supérieure du mur, d'orifices qui servent à décocher des flèches tout en étant à l’abri.

Le Tata Otchao ou Tata des Bètchabè

Le groupe Otchao peuple la commune de Boukoumbé centre et fait partie intégrante des Bètammaribè. Car le Tata Otchao est une modification du Tata Otammari. A la différence de ce dernier, l’étage est dallé et son échelle donne sur l’une des deux petites terrasses. Il faut également traverser la deuxième pour atteindre la plus grande terrasse. Un trou dans la dalle permet d’évacuer la fumée de la cuisine et les odeurs des animaux. Ce n’est certainement pas le fait du hasard si certains l’appellent Tata de Boukoumbé ou encore Tata Otammari 2.

Le Tata Ossori ou Tata des Bèssoribè

Les Bèssoribè sont un peule que l’on retrouve en majorité dans la commune de Natitingou, le chef-lieu du département de l’Atacora. Il aurait connu un métissage entre les Bètammaribè et les Waaba. Le Tata Ossori comprend une grande terrasse par laquelle on accède avec une échelle. A l’étage, l’on distingue trois chambres et quatre greniers disposés sur le pourtour. Il ressemble à peu de choses près au Tata Tamberma du Togo, classé patrimoine mondial de l’Unesco dans la région appelée Koutammakou (littéralement, «là où l’on façonne le sable»). Une appellation d’ailleurs usitée par les autres peuples de l’Atacora pour désigner l’ensemble du pays Otammari.

Le Tata Berba

Les Berba se trouvent dans la commune de Matéri. Le Tata Berba est le seul qui ne réponde pas aux caractéristiques de construction du Tata Somba typique. Il ne possède en effet pas d’étage. L’échelle permet de franchir le mur d'enceinte de la cour intérieure, autour de laquelle sont disposés neuf cases et deux greniers. Les deux plus grandes cases sont situées au niveau de l’échelle et reliées par un mur.

Habitat en voie de disparition

Les Tatas et les Tatas Somba en particulier sont actuellement un habitat en voie de disparition dans le nord-ouest du Bénin. En effet, construire un Tata Somba nécessite une mobilisation gigantesque de moyens matériels et humains basée sur la légendaire solidarité africaine. Malheureusement, celle-ci est de moins en moins présente.

Comme pour ne rien arranger, les jeunes générations abandonnent le Tata traditionnel au profit de constructions plus modernes. Dans nombre de localités de l’Atacora, il est aisé de constater le nombre élevé de Tatas en ruine. C’est seulement en pays Otammari qu’un grand effort de préservation et de sauvegarde est entrepris. Mais d'autres matériaux sont peu à peu en train de remplacer les matériaux traditionnels, avec l’apparition progressive de Tatas Somba en béton, et ce malgré l’attrait touristique que cet habitat exceptionnel suscite.

Marcus Boni Teiga

Marcus Boni Teiga

Ancien directeur de l'hebdomadaire Le Bénin Aujourd'hui, Marcus Boni Teiga a été grand reporter à La Gazette du Golfe à Cotonou et travaille actuellement en freelance. Il a publié de nombreux ouvrages. Il est co-auteur du blog Echos du Bénin sur Slate Afrique.

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