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La citoyenneté ressuscitée : Une petite lueur dans la brume

Par Boubaker Ben Fraj

L'événement auquel je réserve cette chronique – en l'occurrence une fête – peut paraître à certains, en décalage par rapport au contexte que nous vivons ; déphasé, voire même hors de propos dans le climat plutôt morose qui règne en ce moment dans notre pays.

Un climat saturé de tensions, d'inquiétudes et de violences de tous ordres.

Peu importe ce qu'on va en penser, ça ne me dissuadera pas de parler de cette fête, d'autant qu'elle a eu le mérite de rompre, le temps d'un éphémère après- midi, avec l'ambiance lourde et morbide du tout politique qui nous enveloppe. Et c'est justement parce que cette fête défie ce climat, qu'elle nous laisse entrevoir, par delà la brume épaissie, une petite lueur d'espoir et d'optimisme et un retour de confiance.

La manifestation a été baptisée par ses promoteurs, tout bonnement, la « fête des voisins » et ça en dit beaucoup. Elle s'est produite le deuxième dimanche de ce mois de mai, dans une nouvelle cité résidentielle des alentours de la capitale, encore peu connue : les « Jardins d'El-Menzah2 », joli nom attribué à un quartier en un clin d'½il sorti de terre, et vite grossi de ses constructions et de ses habitants, tel un envahissant champignon.

je n'ai pas hésité à répondre à l'invitation des organisateurs, encouragé par le temps printanier qu'il faisait et un besoin de changer d'air ; mais motivé avant tout, par la vive curiosité que je ressentais, de découvrir de visu, ce que les habitants de ce quartier, tous aussi nouveaux les uns que les autres, avaient préparé en commun, et allaient réaliser ensemble, au cours de leur après-midi festif.

Dès l'abord de la cité, la fête était bien là, elle s'imposait à la vue : banderoles annonçant l'événement et souhaitant la bienvenue, guirlandes de drapeaux, d'oriflammes et ballons multicolores. La placette centrale aménagée à l'occasion pour recevoir les animations, bordée de commerces et d'agréables terrasses de café, était nette, soigneusement débarrassée de ses poubelles encombrées et malodorantes, et décorée à leurs places, par des pots de fleurs et des arbustes verdoyants, bénévolement installés par le pépiniériste du coin.

De part et d'autre de la place, des toboggans géants étaient solidement dressés pour supporter le défoulement des petits, et parmi les tentes alignées, la plus large exposait une riche panoplie d'habits et d'outils du patrimoine artisanal. Quant aux autres, plus petites, elles étaient réservées à des dégustations de pâtisseries, de miel, de beignets et d'autres friandises offertes à titre promotionnel, par plusieurs commerces, à leur tour fraichement ouverts dans la cité.

Dans cette « fête des voisins »Les enfants étaient naturellement les plus choyés, mais toutes les générations étaient là, venues partager le moment de joie, dans une ambiance bon-enfant : Petits et grands sortaient de leur réserve, dansaient aux rythmes de la musique, rigolaient devant les pitreries des clowns et s'étonnaient face aux prouesses des magiciens....

Bref, la kermesse était totale et la gaieté se lisait sur tous les visages.

Au fait, si la manifestation en soi, aussi sympathique et réussie fut-elle, n'a vraiment rien de spectaculaire qui puisse nous amener à nous étaler sur ses détails, ce sont par contre les motivations qui ont poussé ses initiateurs à l'organiser pour la première fois dans notre pays, qui méritent que l'on s'y arrête.

Inventée en dehors de nos frontières il y a une dizaine d'années, et initiée pour la première fois en France par une association citoyenne de banlieue, la « fête des voisins » n'a pas tardé à se propager dans un grand nombre de villes à travers toute l'Europe, pour y devenir de nos jours une heureuse tradition, qui cherche à recréer par le biais de la fête et sous son prétexte , une nouvelle conviviabilité de proximité, et à instaurer une meilleure sociabilité, dans des quartiers où régnaient l'anonymat, l'individualisme et l'indifférence.

En réalité, la toute jeune « association citoyenne » des jardins d'El Menzah2, qui vient d'introduire et d'adapter chez nous cette belle fête qui nous vient d'ailleurs, dans le noble objectif d'éveiller chez les cohabitants de ce quartier, l'esprit du vivre-ensemble, ne s'est pas arrêtée à l'organisation de cet événement. Elle fait beaucoup plus : à commencer – à défaut de municipalité – par les campagnes quasi-quotidiennes pour assurer la propreté du quartier et améliorer son cadre de vie, la prise en charge de la nomenclature des rues, sans oublier l'organisation de manière périodique de toutes sortes d'activités culturelles, sportives et de loisir au profit de tous les habitants, sans distinctions.

Je suis sûr que cette initiative citoyenne n'est pas un cas unique dans notre pays, mais, une belle réussite parmi d'autres. Réussites peu prétentieuses, menées dans la discrétion, qui nous réconfortent et nous rassurent dans ces moments de scepticisme. Réussites de l'esprit citoyen, qui prouvent que les Tunisiens, sont en mesure, quelles que soient les circonstances, de mettre de côté ce qui les sépare, pour retrouver goût à la vie commune qui les réunit.

Par Boubaker Ben Fraj le 23 mai 2013

Tunisie Focus

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