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Libre Tribune de Karim Badri : En plein marasme economique, la France s’offre le luxe de debattre sur le mot “race”

LA SINGULARITE FRANCAISE   :   EN PLEIN MARASME ECONOMIQUE,   LA FRANCE S'OFFRE LE LUXE DE DEBATTRE SUR LE MOT « RACE »

L'assemblée nationale française a adopté, jeudi 16 mai 2013, une proposition de loi du Front de Gauche supprimant le mot « race » de la législation française. Le rapporteur de la proposition, Alfred Marie-Jeanne, a fait valoir que le mot race est un « concept aberrant, ayant servi de fondement aux pires idéologies, qui n'a pas sa place dans notre ordre juridique ».

 

En adoptant ce texte, la Gauche plurielle valide une des promesses de François Hollande pendant la campagne présidentielle. Ce dernier avait effectivement déclaré lors d'un meeting consacré à l'Outre-mer et aux discriminations à Paris le 10 mars 2012 qu'il n'y avait pas de place dans la République pour la race et que s'il était élu président, il demanderait au Parlement de supprimer le mot « race » de la Constitution.

Pourtant, la suppression du mot « race » de la législation française est sujette à polémique autant chez les politiques, les intellectuels que les scientifiques.

 

Pour Nicolas Sarkozy, ancien Président de la République française, qui était à l'origine du débat enflammé sur l'identité nationale, il ne fallait pas procéder à la suppression du mot « race » de la législation française et il faudrait encore moins y toucher dans la Constitution. Ainsi, il avait déclaré à ce propos sur la radio Europe 1 le 14 mars 2012 : « Le mot race est dans le préambule de la Constitution de 1946, qui est un texte sacré rédigé par les résistants ... Le jour où on aura supprimé le mot racisme, est-ce qu'on aura supprimé l'idée ? Enfin c'est absurde !  ... Le problème n'est pas le mot, le problème, c'est la réalité ».

AssembléeNationale

Alain Juppé, ancien ministre français des Affaires étrangères, pense que « c'est une mauvaise réponse à un vrai problème ». Jean-Louis Borloo, du parti de l'Union des Démocrates et Indépendants (UDI), quant à lui, craint que « cette bonne idée ne fasse tomber tout l'appareil répressif contre le racisme ». En effet, ce risque est manifeste, c'est pour cette raison que les députés socialistes ont fait adopter, parallèlement à la suppression du mot « race », un amendement affirmant explicitement que « la République combat le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie ».

 

La prochaine étape serait, selon le Front de Gauche, la suppression du mot « race » au sommet de l'ordre juridique, à savoir le Préambule de la Constitution de 1946, ainsi que de la Constitution de 1958. Le président François Hollande réaffirme sa volonté de tenir sa promesse de campagne tout en repoussant la suppression du mot « race » au niveau constitutionnel à une date ultérieure.

 

Le mot « race » fait aussi polémique chez les « intellectuels » comme Eric Zemmour qui est connu pour ses sorties médiatiques sur des sujets touchant à l'immigration, l'identité nationale et la religion. Il s'attaque tour à tour aux idéologies antiracistes, féministes et mondialistes. Dans un débat diffusé sur Arte le 13 novembre 2008, et consacré au métissage, Eric Zemmour avait évoqué la « négation des races » qui a selon lui succédé à la « sacralisation des races » tout en apostrophant une invitée de l'émission dans les termes suivants : « J'appartiens à la race blanche, vous appartenez à la race noire ». Le discours d'Eric Zemmour sème la confusion en mêlant couleur de la peau, immigration et race et menace la cohésion sociale en exacerbant les différences.

 

Par ailleurs, les scientifiques se sont également mêlé à la polémique en refusant l'utilisation croissante « d'approches scientifiques » à des fins politiciennes. Nancy Huston et Michel Raymond déclarent dans un article coécrit dans Le Monde des idées du 17 mai 2013 : « La connaissance du vivant n'a pas à se soumettre au choix politique entre Droite conservatrice, qui exagère toujours le poids des données, et Gauche révolutionnaire, qui croit tout transformable ».

 

Le débat engendré par la suppression du mot « race » de la législation française couve depuis plusieurs années et risque de faire couler encore beaucoup d'encre et d'envenimer la vie politique et sociale française en attendant une ultime suppression de ce mot de la Constitution française.

 

 

Karim BADRI

La Nouvelle Tribune

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