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L’esprit de Tin Hinane résiste au machisme

Adjointe au maire, vétérinaire, enseignante, activiste culturelle... Les femmes d'Abalessa portent en elles la force de leur ancêtre, reine des Touareg. Attachées à leur profession, elles sont l'avenir du développement de leur ville.       «Je me suis portée candidate lors des élections municipales. Je représentais le parti AHD 54. Nous avons mené notre campagne et avons opté pour une coalition avec le FLN. J'ai finalement obtenu le poste de troisième adjointe au maire d'Abalessa.» Mama Hamdi a 26 ans. Elle est diplômée en journalisme de la faculté des sciences politiques et de l'information d'Alger. Après plusieurs tentatives pour trouver un emploi dans la capitale, Mama se résigne et rentre à Abalessa, sa région natale. La commune d'Abalessa («lieu cultivable» en tamazight) est à 100 km de Tamanrasset. Il faut longer une route déserte aux paysages lunaires pour atteindre ce coin où la végétation fait de la résistance, tout comme pour les femmes de la commune, gardiennes de l'esprit de Tin Hinane, dont le tombeau se situe sur une colline donnant sur la rive gauche de l'oued Tifrit. Mama a fait sa scolarité à Abalessa, comme la majorité des jeunes filles de sa commune. Sans opposition, sa famille l'envoie à Alger pour entamer un cursus universitaire. «Après avoir obtenu ma licence, je ne rêvais que de travailler dans une rédaction ! J'étais motivée par l'idée de travailler dans les médias nationaux. Une envie de connaître d'autres personnes, d'autres modes de vie et de nouvelles expériences. Mes parents ne se sont jamais opposés à mes choix. La vie à Alger était très difficile, la famille m'a beaucoup soutenue, puisque la bourse ne couvrait jamais mes dépenses quotidiennes. Elle est insignifiante.» Candidature après candidature, la jeune femme ne reçoit que des réponses négatives de journaux arabophones. «Etant donné le nombre de demandes, je n'avais aucune chance de travailler à Alger. Je suis retournée auprès des miens, avec la ferme intention de ne pas laisser tomber mon rêve de devenir journaliste.» L'APC d'Abalessa est une imposante bâtisse flambant neuve au centre de la commune. Mama a un vaste bureau avec un mobilier encore sous emballage. Elle est certaine qu'elle n'aurait jamais pu avoir ce type de poste dans la capitale. «Aujourd'hui, je suis un maillon important de la société, il y a de nouvelles perspectives. Cependant, je ne mets pas de côté mon envie de devenir journaliste.» Bachelor «Le mariage n'est pas une priorité chez les femmes actives d'Abalessa», affirme Saïda Belmessaoud. A 28 ans, elle est une personnalité influente dans sa communauté et dans la région, puisqu'elle exerce le métier de vétérinaire. «On a tendance à croire que les femmes du Sud se marient jeunes. Or, nous choisissons, pour la majorité, de faire des études et des formations afin d'assurer la prospérité de notre village et celle de nos familles», ajoute-t-elle. Sa profession n'est pas aisée puisqu'elle doit travailler en permanence, être sur le terrain, prendre soin des animaux, faire le suivi des élevages, appliquer les traitements, conseiller, faire de la prévention et constamment prouver sa compétence malgré sa jeunesse. «A Tamanrasset, il n'y a que 22 vétérinaires ; mon expérience de trois ans est un atout. Je suis souvent sollicitée par les fermiers. Même si c'est un travail physique, avec le temps on prend l'habitude et on apprend également à gérer les mentalités. Il faut savoir que les gens s'habituent à votre première réaction à leur égard. C'est-à-dire si vous êtes de nature effacée, il y aura moins de sollicitations. Par contre, si vous montrez que vous savez gérer toutes les difficultés, les éleveurs sont plus à l'aise et vous font confiance, les hommes principalement.» Quand on lui demande si elle pense que son métier est compatible avec une vie de famille, elle répond sans hésiter. «Il m'est arrivé de passer un mois loin de chez moi pour m'occuper des animaux. Je ne pense pas que ce soit une contrainte pour mon futur mari. Il saura par avance ce que je fais comme métier, c'est à prendre ou à laisser», conclut-elle. Leyla Abdelbaqi, 34 ans, est née et a étudié à Tamanrasset. Elle a enseigné pendant six ans à Ouargla. Sa tenue traditionnelle dissimule un jean, un t-shirt fuchsia et des ballerines à la dernière mode moyen-orientale. «J'ai fini par épouser un fils d'Abalessa. Je trouve que les hommes d'ici sont plus ouverts, chaleureux et respectueux que les gens de la ville de Tamanrasset, qui n'est qu'à une centaine de kilomètres. Je voyage, pars voir ma famille, sans pression morale de la part de mon mari», affirme Leyla. Matriarcat «Les gens du Nord sont obsédés par l'idée que la société touareg, qui est majoritaire ici, fonctionne sur un modèle matriarcal. C'est une vérité historique. Cela dit, nous sommes musulmans et nous respectons également ce que nous dicte notre religion, sans dualité ni contraintes. Les femmes ne portent pas le voile par contrainte. Nous portons le voile coutumier par tradition séculaire et non en signe de soumission à l'homme. Il nous protège du sable, du soleil et des insectes. La peau noire a également ses exigences. Le voile a remplacé la mlahfa, parce qu'il nous permet d'être coquettes !» Hannafi, 29 ans, musicien et poète, partage l'avis de Leyla. Selon lui, une femme est d'abord une citoyenne et une «force active» dans la société dans laquelle elle évolue. «Quand ma mère est tombée malade, j'ai dû prendre la décision de la faire hospitaliser à Alger. Le traitement qu'elle a eu était très lourd, elle devait donc passer deux mois dans la capitale. J'ai loué un appartement sur place pour prendre soin de ma mère, j'ai fait beaucoup de rencontres. Les gens du Nord sont très chaleureux et aiment les "étrangers"», plaisante-t-il. «Les femmes sont cloîtrées et ne sortent que pour faire les courses ou aller chez le médecin. Quand je racontais à mes amies le rôle que jouent les femmes du Sud dans la société, elles étaient étonnées. La liberté de la femme ne se résume pas à avoir le droit de porter le pantalon ou conduire une voiture, ça va au-delà. La liberté est d'abord un état d'esprit, et vivre dans un duel constant avec l'autorité de l'homme, qu'il soit mari, père ou frère, ne garantit pas l'émancipation.»

El Watan

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