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Affaire Amina : ce que l’on sait sur son arrestation et les charges qui pèsent contre elle [vidéo]

Amina de Femen lors de son arrestation par la police à Kairouan le 19 mai 2013.

Depuis son arrestation dimanche 19 mai à Kairouan, où devait se tenir le congrès d’Ansar al-Charia, la jeune Femen Amina fait de nouveau la une de l’actualité. Un « buzz » médiatique qui entraîne avec lui un impressionnant cortège de rumeurs et de suppositions.

Nawaat s’est procuré des images filmées par un journaliste tunisien qui, en compagnie d’une journaliste espagnole, a pu suivre et filmer Amina toute la journée du 19 mai, après l’avoir rencontrée par hasard la veille au soir dans son hôtel.

La jeune fille leur a fait part de son intention de brandir une banderole lors du congrès du groupe salafiste. Une banderole sur laquelle elle voulait écrire : « La Tunisie est un État civil, et les femmes tunisiennes sont libres ».

À aucun moment Amina n’a déclaré vouloir dénuder sa poitrine, comme elle l’avait fait en mars dernier sur sa page Facebook, et comme le font lors de leurs actions les membres du mouvement Femen.

Amina : « Les policiers sont là pour me protéger »

Elle a pourtant été emmenée par la police vers 11 heures ce dimanche 19 mai, après avoir tagué « FEMEN » sur le mur du cimetière attenant à la mosquée Oqba Ibn Nafaa de Kairouan, et alors qu’elle était sur le point d’être lynchée par des Kairouanais excédés lui criant : « Dégage ! Dégage ! ».

Sur les images filmées à l’intérieur de la camionnette de police par le journaliste tunisien qui l’accompagnait, l’ambiance est détendue, et Amina se montre confiante. « As-tu été arrêtée ? », lui demande le journaliste. « Non, répond la jeune fille. Ils sont là pour me protéger ».

Une intention plutôt « bienveillante » de la part des agents de police, confirmée par le journaliste témoin des faits.
Mais c’est en fin d’après-midi que les événements prennent une autre tournure. Les deux journalistes, à qui l’on a demandé d’arrêter de filmer dès leur arrivée devant le poste de police régional de Kairouan, ont quitté les lieux. Sans Amina. On leur a assuré qu’elle allait être escortée pour sa sécurité en dehors de la ville, jusqu’à Tunis.

Comme le confirment plusieurs journalistes et amis d’Amina, la jeune Femen était joignable sur son téléphone portable jusqu’à environ 18 heures. Sans savoir qu’elle allait devoir passer la nuit au poste, elle raconte alors à ses interlocuteurs qu’elle va bien, et qu’elle est en contact avec sa famille. Puis, plus rien : son téléphone est coupé.

Son arrestation « officielle », telle que la mentionne le procès-verbal, n’a en réalité eu lieu qu’à 19h45. Ce qui renforce la thèse selon laquelle les policiers, en intervenant le matin devant la mosquée Oba Ibn Nafaa avaient d’abord voulu protéger Amina, et non pas l’arrêter.

Amina est toujours en détention, et sera jugée le 30 mai pour détention d’une bombe de gaz paralysant

C’est le lendemain, lundi 20 mai, qu’on apprend qu’un mandat de dépôt a été émis par le Tribunal de première instance de Kairouan contre la jeune Femen, qui est en donc incarcérée.

Amina sera jugée le 30 mai pour détention sans autorisation d’une bombe de gaz paralysant. L’objet, selon l’un de ses avocats, Me Souheib Bahri, a été retrouvé dans le sac à dos de la jeune fille, sans que l’on puisse savoir si elle comptait l’utiliser comme une arme ou pour se défendre. Amina sera donc jugée en vertu d’un décret du 18 juin 1894, relatif à la « détention d’outils et d’instruments incendiaires sans autorisation ». Un décret promulgué à l’époque du protectorat français, et qui prévoit une peine de 6 mois à 5 ans de prison, ainsi qu’une amende de 50 à 500… francs.

Quant à une éventuelle « profanation de tombeaux », elle est simplement mentionnée dans le procès verbal, mais n’a pas été prise en considération par le procureur général et ne fait (pour l’instant) pas l’objet de poursuites judiciaires.

Enfin, contrairement à ce qu’on a pu lire parfois, nulle part il n’est fait mention ni d’une atteinte à la pudeur ni d’une détention d’arme blanche par Amina.

Les avocats de la jeune Femen soupçonnent une « décision politique »

Depuis l’annonce de l’émission du mandat de dépôt à son encontre, une partie de la société civile tunisienne se mobilise dans les coulisses pour défendre Amina. Un collectif d’avocats s’est porté volontaire pour défendre la jeune fille, âgée d’à peine 19 ans.

Les avocats soupçonnent une « décision politique », qui aurait peut-être été prise pour « apaiser la tension et contenir la colère des habitants de Kairouan ». Les affrontements entre forces de l’ordre et manifestants dimanche 19 mai se sont en effet soldés dans la ville sainte ainsi qu’à la cité Ettadhamen par au moins deux morts, 20 blessés et 274 arrestations.

Deux aspects de l’affaire interpellent particulièrement les défenseurs d’Amina. Le premier concerne la déclaration du ministère de l’Intérieur, qui a fait savoir dimanche dans un communiqué qu’Amina avait été arrêtée car elle était sur le point de « commettre des gestes immoraux », sans donner plus de précision sur la nature de ces gestes. Or, les avocats insistent sur le fait qu’on ne peut pas punir les gens pour de simples intentions.

Ils mettent en garde également sur l’éventualité d’une future mise en examen pour « profanation de tombeaux », au titre de l’article 167 du code pénal, car Amina a tagué non pas une tombe, mais un mur entourant le cimetière de la mosquée Oqba Bin Nafaa.

La société civile se mobilise discrètement

La jeune Femen a également reçu le soutien d’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD). Contactée par les parents d’Amina, l’ATFD vient de charger l’une de ses membres, l’avocate spécialiste des violences politiques Emna Zahrouni, de la défense de la jeune fille. Deux jours après son arrestation, la présidente de l’association, Ahlem Belhadj, s’était en effet engagée à défendre Amina si ses droits étaient bafoués.

Les parents d’Amina ont également sollicité la défenseur des droits de l’homme Radhia Nasraoui, qui est dorénavant l’avocate de la famille.

Enfin, à Kairouan aussi, la société civile se mobilise, mais « plus difficilement », comme l’avoue Mohamed Weslaty, le président de la section de la Ligue tunisienne de défense des droits de l’homme (LTDH) de Kairouan. « Vous savez, c’est une ville sainte, très croyante. Donc ce n’est pas évident de faire bouger les gens pour d’Amina. » L’homme a tout de même réussi à « convaincre quelques personnes », dont un avocat kairouanais, de défendre Amina.

Pour moi, les droits de l’homme sont les droits de l’homme. Je ne fais pas d’exception. Mais certains autres membres de la société civile font des calculs politiques. explique Mohamed Weslaty.

Nawaat

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