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Lynchage d'une présumée sorcière : Le droit de vie dénié à Logobou

Alors qu'elle tentait de s'échapper de sa maison mise à feu, Omandibiga Tenihala, une femme de 49 ans, est rattrapée et tuée par une foule en furie. La cause de ce lynchage public : elle a été accusée de sorcellerie par des habitants de Logobou, un département de la province de la Tapoa, dans la région de l'Est.

Elle s'appelait Omandibiga Tenihala, 49 ans et mère de 8 enfants. Il était 18 h passées ce jeudi 11 avril 2013. A la faveur de la nuit tombante, une foule constituée en majorité de jeunes converge au domicile de Tenihala, situé au secteur n°3 de Logobou, un département relevant de la province de la Tapoa, région de l'Est (Logobou est à quelque 530 km de Ouagadougou, la capitale). Elle était assise dans sa cour devant deux marmites noirâtres posées sur des pierres en guise de foyer ardent dont le feu de bois éclairait passablement l'entrée principale des trois maisons en banco. Elle « préparait le dîner », se rappelle encore Bendi Ouoba, fils aîné de la victime. C'est à ce moment que, munie de bâtons, machettes, cailloux, gourdins, briques...la foule en furie s'introduit avec fracas, dans la cour et se précipite sur la pauvre dame. Ayant réalisé que son destin est sur le point de se jouer dans les secondes qui suivent, l'instinct de survie la pousse mécaniquement à se refugier dans une des cases dont elle condamne l'entrée. En se « cachant dans la case, la foule a été réconfortée dans l'idée selon laquelle ma mère se reproche quelque chose », explique le premier fils de la défunte qui affirme avoir entendu les gens s'écrier : « Mettons le feu à la case, elle va sortir comme un lièvre ».

Surchauffée, la foule arrache nerveusement les pailles qui servent de toiture aux cases et les allume grâce au feu du foyer d'où mijotaient les marmites de Tenihala. Les jeunes mettent ainsi le feu à toute la concession. Tout mobilier trouvé dans la cour est jeté dans le feu. Mêmes les marmites sont renversées avec leur contenu. En quelques fractions de minutes, un grand incendie. Les flammes dévorent le domicile d'où montait dans le ciel, une épaisse fumée en spirale. Les « pyromanes » semblaient regarder fièrement le feu consumer les maisons. Prise dans le feu, Omandibiga Tenihala, tente d'ouvrir la porte dans l'intention de s'échapper de la horde « d'assaillants ». Elle réussit à se frayer un passage dans la foule distraite par l'intensité du feu ravageur. Dans sa fuite, elle parvient à franchir le portail principal de son domicile et se retrouve dehors, courant à toute jambe. « La voilà.....la voilà », crient les « agresseurs » qui se jettent aussitôt à sa poursuite. Omandibiga Tenihala est rattrapée au pied d'un mur de la cour voisine. La foule lui assène sur la tête des coups de machettes, de pierres, de gourdins, de briques, de bâtons...Même les supplices et les cris de détresse de la dame n'ont pas réussi à désarmer les agresseurs. En quelques fractions de secondes, le crâne de la femme est fracturé et « mis en bouillie » par la population dont la plupart, selon notre source, provient du même quartier (le secteur n° 3 de Logobou) que la victime. Omandibiga Tenihala venait d'être publiquement lynchée ce 11 avril 2013. « C'est un corps déjà inerte quand j'arrivais sur les lieux », confirme Michel Coulibaly, préfet de Logobou qui avoue avoir découvert « une image macabre et humainement insupportable ». Aussi, à l'arrivée de la police et des services de santé sur les lieux, la victime avait déjà rendu l'âme. Sur les clichés, une tête broyée et presque détachée du cou, gisant dans une marre de sang asséchée. « C'était une foule immense constituée de jeunes....J'en ai vu qui tenaient encore des machettes dans les mains après le forfait », se rappelle le préfet. Les cases en feu, ont quasi consumé jusqu'au petit matin du 12 avril. Omandibiga Tenihala a été inhumée le lendemain du drame dans sa cour, en laissant derrière elle, 8 orphelins.

Lynchée à mort pour sorcellerie

Omandibiga Tenihala a été lynchée à mort parce qu'elle a été déclarée sorcière par la population du secteur n° 3 du village de Logobou. Selon la version répandue et les témoignages recueillis par la police et le maire, c'est elle qui aurait « mangé » Oulépaguini Dadjoari, Labidi Yonli, Amado Kombari et Diéyabidi Lompo. La dernière victime de la sorcière présumée, se trouve être le petit-frère du maire qui habite aussi le secteur n°3 que la défunte. Diéyabidi Lompo aurait, en effet succombé des suites d'un ballonnement affreux de ventre et persistant, suivi de vomissements de caillots de sang. Il est mort le 19 mars 2013. Soit environ un mois entre la mort du frère du maire et ce lynchage. « Mon frère a souffert avant son décès », reconnaît le maire. Aux yeux des présumés auteurs de la vindicte populaire, la mort du petit-frère du maire était le décès de trop ! Des témoignages, il ressort qu'au matin du lynchage, les jeunes du secteur n°3 ont tenu une réunion « secrète » dont l'ordre du jour est diversement interprété tant par les forces de l'ordre, surprises par la rapidité du dénouement malheureux, que par le maire lui-même. C'est à l'issue de ce rassemblement suspect des jeunes, que la dame a été assommée devant une population indifférente. Des jeunes que nous avons rencontrés, se vantent effectivement d'avoir « broyé » le crâne de la victime tout simplement parce qu'elle a « mangé beaucoup de gens à Logobou dont le petit-frère du maire ».

Au cours de notre entretien avec le maire, il a clamé son innocence et déclare n'avoir aucunement incité les « jeunes du secteur n°3 » à mener des représailles à l'encontre de la supposée sorcière. « On raconte à Logobou que c'est moi qui ai poussé les jeunes à lyncher Tenihala dont sa mère est de ma lignée familiale », se défend le maire pour qui la mort de Tenihala est une initiative solitaire des jeunes. Interpellés pour être juste auditionnés par la police, les jeunes se seraient rétractés. « Tenihala était une sorcière....nous ne voulions pas d'elle dans notre quartier, martèle Roger Tindano, un jeune du secteur n° 3 qui lance, tel un défi : « nous n'irons à la police qu'à la seule condition de convoquer tout le quartier ». La famille de la victime a déposé une plainte au parquet de Diapaga pour assassinat sur la personne de Omandibiga Tenihala.

Idrissa NOGO [email protected]


Logobou et le difficile respect des lois

Avec ses services publics (écoles, collège, centre de santé...) et ses quelques 20.000 âmes, Logobou semble vivre en marge des lois de la République qui veulent que nul, fût-il brimé injustement, ne se rende justice soi-même. Outre le lynchage horrible de Omandibiga Tenihala, accusée de sorcellerie, il y a aussi qu'en 2010, des éléments de la population à l'esprit rétrograde, se sont rendus au commissariat de police de Logobou pour extraire du violon, un homme qu'elle a dépiécé à la machette sous le regard des forces de l'ordre, consternées et impuissantes. Le tort du « malheureux » est d'avoir blessé à coup de machette, un enfant qui aurait labouré un champ jusqu'au-delà de la limite qui lui revient. Après la palabre, l'homme se serait donc refugié dans les locaux du commissariat. Manque de pot, la population l'y a rejoint pour lui appliquer le règlement de compte extrajudiciaire. On a l'impression que Logobou est coutumier des actes d'auto-défense. Pour cultiver la paix et la justice sociale, il n'y a que le chemin de la raison et de la loi de la République en laquelle tous les citoyens burkinabè se doivent d'être soumis en tout temps et en toute circonstance.

I.N.


Petites histoires d'un maire redouté et respecté

Le maire de la commune rurale de Logobou (le département comprend 17 villages), Jean-Marc Lompo, est à la fois redouté et respecté dans cette contrée très éloignée de Ougadougou (530 km). Il est d'ailleurs plus aisé d'entrer en République du Bénin que de rallier, par exemple, Diapaga ou Fada, situées respectivement à quelque 80 et 295 km de Logobou. Jean-Marc Lompo est présentement son édile. Il passe aux yeux de certains citoyens que nous avons rencontrés, comme un maire redouté.

Jean-Marc Lompo, est un maire craint parce que, raconte-t-on, c'est un homme doté de pouvoirs occultes. Il a 58 ans, 4 femmes et 20 enfants. Pour beaucoup de gens, Lompo est un « homme qui sort toujours la tête haute » des ennuis qu'on lui crée. Voici quelques faits. D'abord ce forestier. Sermonné par le maire (à l'époque il n'était pas encore maire) suite à un échange verbal houleux, un forestier, blessé dans son amour-propre a convoqué M. Lompo devant la justice à Diapaga. L'agent forestier est sorti « humilié » du procès car il a été condamné aux dépens et sa plainte déboutée. L'opinion publique retient aussi du maire qu'il aurait fait bastonner un pasteur qui a organisé le rapt d'une fille promise à un des frères du bourgmestre. Interrogé sur le sujet, Jean-Marc Lompo confirme le « fait divers » mais dit ne pas reconnaître avoir fait passer le pasteur à tabac. « Il a kidnappé l'adolescente qui ne lui était pas destinée...la population, en guise de représailles a brûlé son domicile », dit-il.

Une certaine opinion dit aussi se rappeler que l'édile aurait sommé le village de Ouarin, un village voisin de Logobou, de ne point fréquenter le marché de Logobou suite à une « histoire » de vol de bétail dont le village voisin a fait porté l'accusation sur un des fils de Logobou. Jean-Marc Lompo est tout aussi « populaire » que respecté. Elu conseiller municipal sous la bannière d'un parti de la mouvance présidentielle, il préside aujourd'hui aux destinées de la commune rurale de Logobou grâce à la confiance dont il jouit au sein des populations et particulièrement au sein du conseil municipal dont le parti auquel il appartient, n'est pourtant pas majoritaire au sein du conseil.

I.N.

Le Faso

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