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Face à la crise, l’inacceptable légèreté des politiques…

Selon la dernière enquête de conjoncture publiée par le HCP, à la fin du mois d'avril, mais aussi les constats de la DEPF, le moral des ménages n'est guère au plus haut alors que les opérateurs économiques sont plutôt réservés sur les perspectives des prochains mois. Les plus optimistes espèrent que les carnets de commandes se rempliront quelque peu, mais une partie des industriels considère que les choses, dans le meilleur des cas, resteront en l'état.

A ces constats qu'étayent nombre de statistiques connues de tous, on ajoutera le sentiment bien réel partagé par le consommateur que la crise est bien installée. Il suffit de se rapporter au déficit du compte extérieur, à la faiblesse de nos avoirs en devises, à la baisse des crédits à l'économie ou encore à celles de la consommation de ciment ou de carburants, pour réaliser que 2013 est l'année où la crise «importée» a fini par se fixer profondément dans le paysage économique et financier du Royaume.

Ces constats, malheureusement, ne semblent pas intéresser la classe politique et notamment certains des partis qui exercent une responsabilité gouvernementale. En effet, c'est dans une telle conjoncture, des plus délicates donc, que l'Istiqlal de Hamid Chabat a choisi d'aller à l'affrontement avec le PJD qui dirige une coalition dont l'architecture ne plait plus au député-maire de Fès.

 

Au quotidien cependant, les Marocains, sans doute choqués par cette débauche d'anathèmes et de logorrhée outrancière, sont surtout interpellés par les difficultés qui commencent à influer directement sur leur mode de vie et leurs acquis.

Sachant qu'une grande partie de l'économie nationale est immergée, il est sans doute difficile d'en évaluer numériquement l'impact, mais bien des secteurs, formels et informels, sont aujourd'hui pris dans la nasse de la crise. Comment en serait-il autrement quand la plupart des clignotants sont au rouge ?

 

Quand le bâtiment ne va pas..

 

Ainsi, lorsqu'on parle de la crise dans le secteur de l'immobilier, c'est celui de la construction qui plonge également. Les grands promoteurs connaissent des difficultés à commercialiser leurs stocks, notamment dans le résidentiel et le luxe, souffrent des défauts de paiements ou de la baisse de la demande en logement social, mais aussi des tours de vis imprimés par les banques qui, face au risque, se font de plus en plus parcimonieuses dans l'octroi de crédits…

Résultat, nombre d'entreprises sont touchées, en amont et en aval, sans compter les dégâts sur l'emploi dans les chantiers. Les PME qui sont liées à ces grands opérateurs souffrent, au point où la faillite les menace quand elle n'est pas déjà accomplie.

Du petit entrepreneur en plomberie à son alter ego électricien, du spécialiste en carrelages à l'entreprise de menuiserie, traditionnelle ou industrielle, tous sont à la peine et sont contraints, le plus souvent au débauchage, voire à la fermeture définitive.

Cette situation, en fait, n'apparaît pas clairement dans les statistiques, mais il suffit de regarder autour de soi, notamment dans les quartiers industrieux, pour percevoir ce marasme palpable.

Immobilier, BTP, industrie textile et du cuir, métallurgie, commerce de gros et de détail, sont donc victimes de cette crise qui touche également les services, la communication, la presse écrite, les radios privées, etc.

Ainsi des agences en communication ayant pignon sur rue connaissent de grosses difficultés quand certaines d'entre elles envisagent de mettre purement et simplement la clé sous la porte, plombant au passage leurs clients et fournisseurs. Des titres de presse cessent de paraître quand d'autres, que l'on disait flamboyants, ont pratiquement été vendus à l'encan…

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C'est dans un tel contexte que la classe politique choisit de s'exhiber dans des combats aux objectifs sinon douteux, du moins déplacés. Les insultes et les attaques ad hominem fusent du Parti de l'Istiqlal alors que le Chef du gouvernement laisse entendre qu'il ne cèdera pas à la pression de Chabat et se propose, pour éclairer l'opinion publique, de consacrer son passage mensuel devant la Chambre des Représentants à la question ô combien stratégique de l'état de nos forêts !!!

Cette atmosphère surréaliste en dit sans doute long sur les compétences et surtout, la connaissance qu'ont nos responsables partisans des urgences de l'heure, tels ces Byzantins qui discutaient du sexe des anges quand l'ennemi était aux portes de leur cité impériale !

On ne peut qu'être effaré devant une telle attitude. Ainsi, certains, y compris dans l'opposition, clament leur souhait d'élections législatives anticipées, ce que suggèrent également des ténors de l'Istiqlal et certains caciques du PJD, les uns et les autres se cantonnant à leurs pauvres calculs aussi bassement politiciens qu'arithmétiques…

Apparemment, ils ne mesurent pas ce que cela coûterait au pays, aux finances publiques, mais aussi en perte de temps et d'énergie dans une période économique, financière et sociale aussi sensible.

Que Dieu et les Marocains leur pardonnent !

 

Fahd YATA

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La Nouvelle Tribune

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