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Affiche de campagne de Mohammed Morsi, mai 2012 / REUTERS
Affiche de campagne de Mohammed Morsi, mai 2012 / REUTERS

Dans la tête des Frères musulmans

Leur projet est-il compatible avec la démocratie? C'est le thème d'une enquête diffusée ce soir sur France 3.

Cantonnés au rôle d’opposant pendant des décennies, les Frères musulmans ont rapidement comblé le vide politique laissé par la chute des régimes dictatoriaux, en Tunisie puis en Egypte.

Comment le mouvement populaire du printemps 2011 a-il pu conduire au triomphe de l’islamisme politique? Qui sont les Frères musulmans? Leur projet est-il compatible avec la démocratie?

Dans un documentaire diffusé ce mercredi 22 mai à 21h55 sur France 3, «La confrérie, enquête sur les Frères musulmans», le réalisateur et écrivain Michael Prazan tente de répondre à ces interrogations.

Divergence de méthodes

Michael Prazan a rencontré les principaux cadres la confrérie et, selon lui, aucune voix ne vient contredire l’ambition suprême des Frères musulmans: «le califat mondial». Tous l’affirment ouvertement, sans la moindre réserve. Comme un refrain qu’ils auraient répété depuis la naissance de la confrérie en 1928.

«Ils m’ont tous dit la même chose. Ils y croient. Ils sont convaincus que l’islam est la vérité et que le monde en perdition a besoin de cette vérité», observe le réalisateur.

Face caméra, les Frères assument une position idéologique que Khairat al-Shater, véritable homme fort de la confrérie, compare au libéralisme triomphant ou au rêve communiste d’après-guerre. C’est lui qui, à l’étranger, rassure les partenaires internationaux.

Ainsi, les Frères musulmans se distinguent des salafistes: on les dit plus pragmatique, capable de s’adapter à l’auditoire qu’ils ont devant eux, quitte à se désavouer. Le documentaire aborde cette divergence de méthode. Les Frères auraient l’impression d’avoir le temps avec eux, contrairement aux adeptes de l’islam des pieux ancêtres. Mais passé ces différences de méthodes, les Frères musulmans seraient aussi conservateurs que les salafistes du parti al-Nour.

Pour Michael Prazan, il n’existe pas de branche modéré au sein de la confrérie. La finesse du discours cache, selon lui, une vision du monde radicale.

Cette idéologie, le documentaire l’explique essentiellement par les textes fondateurs de la confrérie comme ceux de l’écrivain Sayid Qotb (1906-1966), et ses liens avec des figures proches d’al-Qaïda comme l’Egyptien Ayman al-Zawahiri. Mais suffit-il de rappeler l’importance des textes de Sayid Qotb pour comprendre le dessein des Frères en 2013? Leur proximité avec le numéro un d’al-Qaida, fait-il d’eux des djihadistes en puissance? Ce n’est pas aussi simple…

Idéologie et pragmatisme

Ce documentaire a le mérite de tisser des lignes historiques qui font sens. Elles servent à accréditer le propos de Michael Prazan:

«La stratégie des Frères vient de loin.»

Revenir sur les vicissitudes de la confrérie et ses rapports aux différents pouvoirs qui se sont succédé, aident à comprendre la victoire de l’organisation au lendemain de la chute du régime Moubarak. Durant des décennies, les Frères musulmans ont capitalisé une image d’opposants et d’acteurs sociaux de premier plan.

Ayant gravi la présidence de la République, les Frères semblent également déterminés à garder le pouvoir. Or tous les indicateurs du pays sont au rouge. Le tourisme et les investissements directs étrangers sont en chute libre. De 36 milliards de dollars avant la révolution, les réserves de change sont tombées à 13 milliards.

Discours rassurants

Quant à la courbe du chômage, elle ne cesse de grimper, emportant dans son sillage les jeunes diplômées…  Dans ce contexte, certains Frères pourraient préférer jouer la carte du pragmatisme que celle de la surenchère idéologique. Récemment, le ministre du Tourisme a réaffirmé qu’il n’étaient pas opposé au bikini et à la bière. Une déclaration censée rassurer les touristes occidentaux.

A ce contexte de crise, s’ajoute les acquis de la révolution du 25 janvier 2011. La parole s’est libérée: le président Mohamed Morsi est raillé, critiqué, pardodié. Une pétition, qui a déjà recueilli plus de trois millions de signatures, réclame même son départ.

«Les Frères savent qu’il ne peuvent pas imposer une chape de plomb, comme cela a été fait sous Moubarak», conclut Michael Prazan.

Nadéra Bouazza

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Nadéra Bouazza

Nadéra Bouazza. Journaliste à Slate Afrique

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