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Les prisonniers tunisiens de Guantanamo

Par Ridha Ben Kacem

Cinq Tunisiens, qui n'ont, jamais, été inculpés d'aucun crime, sont, encore, détenus au centre de détention de haute sécurité de Guantanamo, a déclaré mardi, 21 mai, Samir Dilou, ministre tunisien des Droits de l’Homme et de la Justice transitionnelle, lors d’une conférence de presse, tenue au siège de son département. Dilou a précisé, par ailleurs, que « La Tunisie tient au rapatriement, de ces détenus, qui étaient au Pakistan et en Afghanistan. Le rapatriement a été avalisé, en attendant la désignation, par Barack Obama, d'un nouveau représentant, chargé de la fermeture de Guantanamo ».L'on sait que Barack Obama a, vraiment, du mal, à tenir cette promesse électorale. Le nombre de prisonniers, à Guantanamo, a sensiblement baissé, mais cette étrange prison, est toujours là.

Evidemment, Salir Dilou a raison de demander le retour des prisonniers tunisiens de Guantanamo. Mais, j'aimerais bien que Samir Dilou nous précise, ce que deviendront, ces cinq tunisiens, une fois rentrés au pays. Seront-ils jugés, et, si oui, sous quel chef d'inculpation, et dans quel cadre juridique, puisque les américains ne les ont jamais jugés. Et, sinon, seront-ils relâchés, pour aller gonfler, immanquablement, les rangs des terroristes d'Ansar Al Chariaa ? Mais, avant d'aller plus loin, voici les noms de ces cinq tunisiens, encore détenus, à Guantanamo. Il s’agit de :

                                    Lotfi Ben Ali
                                    Abdel Ourgy
                                    Hishem Sliti
                                    Ridha El Yazidi
                                    Adel Helmi

D'abord, l'on peut retenir la constance de Samir Dilou, à defender le principe du retour, au pays, des prisonniers tunisiens de Guantanamo. Simple avocat, intervenant sur France 24, en 2009 (voir vidéo, ici-bas), il demandait, déjà, le retour, en Tunisie, des dix (OUI, à l'époque, ils étaient 10 !) tunisiens, détenus dans ce camp de la terreur. Guantanamo est, en effet, un camp d'internement de la terreur, et c'est la réponse trouvée par les américains, au terrorisme international : Répondre à la terreur, par la terreur. Que l'on soit d'accord ou pas, cela relève d'un autre débat.

Personne ne sait, exactement, combien de tunisiens, capturés en Irak ou en Afghanistan, ont été, courtoisement, invités par les américains, à gouter aux joies et aux délices, incomparables, de Guantanamo. Mais, partons du chiffre indiqué par Samir Dilou, en 2009, soit 10 prisonniers. L'on sait qu'en cette année là, Guantanamo comptait 150 prisonniers, de diverses nationalités. Ainsi, 6,66% des prisonniers, étaient des tunisiens. C'est, vraiment, énorme, lorsque l'on sait que les tunisiens ne représentent que 0,14% de la population mondiale et seulement 0,8% des musulmans, dans le monde. Graines de terroristes, les tunisiens ? Je me le demande, souvent, depuis que je connais l'itinéraire de Seif Allah Ben Hassine. Inutile de vous présenter, celui qui peut être considéré, comme le plus grand terroriste tunisien, de tous les temps, passés, présents, et à venir. Si ? Vous voulez, mieux connaitre le parcours de Seif Allah Ben Hassine ? Ok, allons-y pour un petit tour d'horizon, avec ce terroriste notoire.

Seif Allah Ben Hassine, de son nom complet Seif Allah Ben Omar Ben Hassine, né le 8 novembre 19651 à Menzel Bourguiba, est connu sous le surnom d’Abou Iyadh. Il est considéré comme le leader, incontesté et incontestable, des salafistes djihadistes, en Tunisie. Durant les années 1980, Abou Iyadh milite au sein du Mouvement de la tendance islamique (MTI), fondé par Rached Ghannouchi, et qui est l'ancêtre direct d’Ennahda. Compte tenu de son caractère violent, il devient, en 1986, l’un des piliers du bras armé du MTI, bras armé connus sous l'appellation de « Front islamique tunisien ».L'année suivante, en 1987, il fuit le pays, à la suite de la répression des mouvements estudiantins. Il est, ainsi, condamné, par contumace, par le tribunal militaire, de Tunis, à deux ans de prison, pour sa participation à des manifestations.

Après avoir passé quelque temps, au Maroc, il effectue un séjour en Angleterre, comme son copain Le Cheikh, avant de partir pour l’Afghanistan. Sur place, il intègre des camps d’entraînement et rencontre Oussama Ben Laden, en personne, près de Kandahar. En l'an 2000, avec Tarek Maaroufi, il fonde, à Jalalabad, le « Groupe combattant tunisien ». Les deux hommes organisent, ensuite, en septembre 2001, l’assassinat du commandant Massoud, haut fait, qui aura pour conséquence, l'inscription, du Groupe combattant tunisien, le 10 octobre 2002, sur la liste des mouvements, liés au mouvement islamiste Al-Qaïda, par le Conseil de sécurité, des Nations unies. Bien évidemment, Abou Iyadh participe à la guerre, en Afghanistan, avec Al-Qaïda, avant de rejoindre la Turquie, en 2003, où il est arrêté, en février, et extradé vers la Tunisie. Jugé, par le tribunal militaire de Tunis, il est condamné à 43 ans de prison.

L'on sait, maintenant, que dans la prison où il était détenu, Abou Iyadh a entretenu des liens, étroits, avec les détenus salafistes, dont les auteurs de l’attentat de la Ghriba, en 2002, et les membres du groupe de Soliman. En dépit de son passé terroriste, Il est libéré, en mars 2011, dans le cadre de l’amnistie générale, qui a suivi la Révolution. il s'empresse de fonder l’organisation salafiste djihadiste, connue sous l'appellation d' Ansar Al Chariaa , qu’il dirige avec le prédicateur Abou Ayoub et l’idéologue Al-Khatib al-Idrissi. Installé à Hammam Lif, il fait de Sidi Bouzid, Tataouine et Sejenane des fiefs intégristes et, grâce à des financements saoudiens, recrute des milliers de jeunes, dans les quartiers pauvres, de Tunis et d'autres villes. C'est lui qui a organisé le blocage de l’Université de La Manouba, le saccage d’espaces culturels et de débits d’alcool. Il a, aussi, orchestré les violences, à l’encontre de la chaîne de télévision Nessma et de certains intellectuels. Abou Iyadh a, également, dénoncé, à plusieurs reprises, Ennahda, son ancien parti, « qui a choisi la voie de la laïcité, bien loin de l’islam et de la charia ». Comme vous le savez, il est, actuellement, recherché, pour avoir appelé à prendre d’assaut l’ambassade américaine, le 14 septembre 2012, et pour s'autres méfaits.

Ce que l'on doit retenir, c'est que, tant que l'on n'est pas sûr de pouvoir garder en prison, les terroristes, notoires, il n'est pas souhaitable, ni recommandable, de les rapatrier, en Tunisie. Nul ne conteste le fait que Guantanamo représente la pire insulte, aux droits de l'homme. Mais, avant de défendre le droit des cinq prisonniers tunisiens qui y croupissent, il faut défendre les droits de la société tunisienne qui n'a que faire des, plus que probables, « futurs »exploits, de ces cinq terroristes présumés, une fois de retour au pays. L'exemple d'Abou Iyadh est, suffisamment, édifiant, à ce propos. Il est important, pour la sécurité des tunsiens, de préciser le cadre juridique, d'un éventuel rapatriement, de ces prisonniers.

En réalité, il n'est pas nécessaire, de tourner autour du pot. Le seul cadre, à envisager, pour une telle opération de rapatriement, est la loi antiterroriste, tant décriée. Or, cette loi est inapplicable, tant elle transgresse les droits des prévenus. A sa manière, cette loi est une sorte de Guantanamo, à la tunisienne. Il faut, donc, trouver autre chose. Ou bien la modifier pour en faire un cadre juridique conforme à l'esprit de la justice et de la liberté. Est-ce possible ? Oui, répond, l'infatigable Samir Dilou.

C'est ainsi, que Salr Dilou, a indiqué, que son département, est en train d’examiner et d'analyser la loi anti-terrorisme qui a été promulguée, le 10 décembre 2003, et qui fait, depuis le 14 janvier 2011, l’objet d’une large polémique, avec des appels portant, notamment, sur son abrogation. D’après M. Dilou, une conférence aura lieu, le 31 mai courant, regroupant des experts, spécialistes et des composantes, de la société civile, pour identifier des propositions, tendant à corriger les défauts de cette loi. Début juin 2013, a-t-il indiqué, une première réunion sera tenue, avec le bureau des Nations-Unis, contre la drogue et le crime, après quoi, le projet de cette loi, revue et corrigée, sera soumis, au conseil ministériel, avant de le présenter au vote des élus de la Constituante. Il ne reste plus qu'à espérer que nos chers « députés » trouvent le temps de l'examiner. Déjà que, des dizaines de projets de lois, dorment, depuis des mois, dans les tiroirs de la constituante... Il est du droit des optimistes de rêver, n'est-ce pas ?

Mais peut-être que nos chers élus, ne prendront, même pas, la peine, d'examiner ce projet de loi. En effet, la Ligue tunisienne des droits de l'homme, (LTDH) a appelé, il y a une dizaine de jours, soit, le 13 mai, à l'abrogation, pure et simple, de cette loi qui, selon elle, a été promulguée, par l’ancien régime de Ben Ali, « pour intenter des procès, d’intention, et infliger des supplices, aux adversaires du régime». Oui, ça, on le sait bien, mais, pas uniquement, pour ça. Cette loi a, aussi, contribué, à préserver la Tunisie, des tentations terroristes, qui ont secoué plusieurs pays de la région, et ce, durant des années. Pourquoi, l'oublier ? Pourquoi passer, si vite, à la trappe, notre tranquillité passée ? Honnêtement, je préfère l'approche, pragmatique, de Samir Dilou à celle, théorique, de la LTDH. Non, mais, a-t-on idée ? Faire débarquer, à Tunis, les prisonniers de Guantanamo, en l'absence de cadre juridique, préservant les droits de la société, serait le pire cadeau, à faire au peuple tunisien.

L'on sait bien, que les critiques, avancées, à l’encontre de cette loi, coulent, également, de certaines craintes, exprimées, par la classe politique tunisienne, de voir cette loi devenir, de nouveau, un instrument de règlement de compte, entre les partenaires politiques tunisiens, d’autant plus, qu’elle constitue, toujours, selon la LTDH, « une atteinte aux principes d’un procès équitable et une violation aux droits de défense ».Oui, mais, encore une fois, tout cela est vrai. Mais que fait-on, encore une fois, de la tranquillité des millions de tunisiens ? ?

Par Ridha Ben Kacem le 22 mai 2013

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