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Quartier de Pascal - Agadir by c.hug via Flickr CC
Quartier de Pascal - Agadir by c.hug via Flickr CC

Le jour où la terre a tremblé pour DSK

Depuis son arrestation en mai 2011 à New York, pour agression sexuelle contre une femme de chambre, Dominique Strauss-Kahn s'exprime pour la première fois, le 18 septembre, à la télévision française.

«Le Maroc reste mes madeleines proustiennes, avait dit un jour Dominique Strauss-Kahn (DSK). C'est parce que j'ai eu une enfance facile que j'ai des choses à rendre à la société: une vie de rêve, dans l'insouciance de l'enfance jusqu'au tremblement de terre.»

 L’anéantissement d’Agadir en 1960 a-t-il forgé la personnalité du miraculé DSK, accusé d'agression sexuelle le 14 mai à New York par une femme de chambre de son hôtel?

Dominique Strauss-Kahn est né le 25 avril 1949, à Neuilly-sur-Seine, près de Paris. Sa famille arrive au Maroc en 1951 dans ce «petit coin de paradis» qu'est Agadir. Il est le fils de Gilbert Strauss-Kahn, conseiller juridique et fiscal et de Jacqueline Fellus, journaliste russo-tunisienne.

Dans la cité balnéaire encore méconnue des touristes, l'annuaire de 1953 donne les noms de Gilbert Strauss et de Marius Kahn, juristes et fiscalistes associés, place de Talborjt.

A l'époque on ne parle pas des Strauss-Kahn mais des Strauss tout simplement. Ce serait plus tard en hommage au deuxième mari (Marius Kahn) de la grand-mère paternelle de DSK que le nom de Kahn aurait été attaché à celui de Strauss.

Enfant de la gauche républicaine, le petit Dominique vit une enfance heureuse au soleil entre une mère journaliste socialiste qui signe parfois du pseudonyme de Féline et un père notable à la fois intellectuel, philosophe et franc-maçon, qui font découvrir à leur fils les valeurs de justice et de liberté, selon un hagiographe gadiri.

Gilbert Strauss crée à Agadir une loge mixte maçonnique rattachée à l'obédience libérale, anticonformiste et à majorité féminine du droit humain dont fait partie Jacqueline Strauss. Gilbert Strauss, très impliqué dans la vie associative de la capitale du Souss, sera le président du ciné-club de la ville.

Le terrible tremblement de terre

Dans la nuit du 29 février 1960, Agadir est frappée du plus terrible tremblement de terre qu’a connu le Maroc. La vie de DSK bascule brutalement.

Il en parle avec émotion dans son Journal contre le renoncement paru chez Grasset en 2006:  

«Pour moi, il y a chaque année un 29 février. Car le 29 février, c’est la date du tremblement de terre d’Agadir, le jour où 30.000 vies se sont brisées, l’instant où ma vie a basculé. J’allais avoir 11 ans. (…) J’ai vécu à Agadir mes dix premières années. Une vie de rêve, dans l’insouciance de l’enfance et dans l’inconscience du durcissement des tensions sociales. (…) Et puis tout cela a pris fin. Brutalement. Dans la nuit du 29 février 1960. C’est bizarre un tremblement de terre. (…) Le bruit. L’effroi. Le chaos.»

«Nous sommes restés logés sous une tente une quinzaine de jours, à Casablanca, une poignée de semaines (…) et nous sommes rentrés en France. Définitivement», se rappelle-t-il.

Dans l’ouvrage controversé Les secrets d’un présidentiable, signé sous le pseudonyme Cassandre chez Plon en 2010, il est raconté que «le bel immeuble de sept étages» où vivait la famille de DSK se serait «aplati comme une crêpe, sans laisser la moindre chance à ses habitants». Ce soir-là, les Strauss-Kahn étaient invités à dîner loin du centre de la ville et de l’épicentre du séisme.

Les confidences de l’entourage de DSK à Cassandre montrent un homme marqué à jamais par le séisme d’Agadir: «Ils me parlent alors des crises de somnambulisme de Strauss adolescent, de ses souvenirs qui reviennent comme un éternel cauchemar, les cris des blessés emmurés dans la nuit d’Agadir, les incendies, la poussière qui enveloppe les ruines et bloque les voies respiratoires des survivants.»

«Pendant les quinze premiers jours qui ont suivi le séisme, raconte Cassandre, Dominique va s’échapper du camp de fortune pour errer dans les décombres à la recherche de ses amis. Des fosses communes sont creusées dans l’urgence. Une couche de cadavres, une couche de chaux vive… Ce mille-feuilles macabre reste gravé dans la mémoire de l’enfant, profondément traumatisé.»

Un traumatisme relaté aussi par les journalistes Alexandre Kara et Philippe Martinat, à qui DSK s’est confié en 2010 (DSK-Sarkozy, le duel, chez Max Milo): «Le jeune garçon a, pendant plusieurs mois, connu des troubles du sommeil et des cauchemars à répétition.»

Retour en France

La famille s’envole pour Monaco. De là, DSK quitte la principauté pour la capitale française où il passera son bac au lycée Carnot. Neuf ans plus tard, il s’inscrit à HEC, puis à Sciences-Po Paris, obtient une maîtrise en droit public, un doctorat et une agrégation en sciences économiques. Sa carrière est désormais balisée, mais les séquelles de cette blessure originelle ne le quitteront plus.

Le romancier et essayiste Luis de Miranda détricote les fils noués de cette parabole philosophique. Il propose de déceler dans l’enfance de DSK l’origine des affres de sa personnalité tourmentée, compulsive et irrationnelle:

«La survie de DSK au-delà de sa onzième année tient donc du hasard, de la chance, du destin: la terre aurait dû l’engloutir. Cet événement est une clé pour la compréhension du personnage.»

De retour en novembre 2010 à Agadir un demi-siècle après le drame enfoui dans les tréfonds de son être et auréolé de son titre de directeur général du Fonds monétaire international (FMI) pour une conférence sur le développement humain, il donne un discours plein d’empathie et d’humanisme:  

«Je crois que des inégalités trop prononcées nuisent au bien-être économique et à la stabilité de l'économie. Cette relation est trop souvent négligée, mais elle n'a rien de nouveau. Adam Smith —l'un des fondateurs de la science économique moderne— avait clairement conscience qu’une mauvaise répartition des richesses pouvait saper le système du marché libre. N’a-t-il pas dit: "Cette disposition à admirer, et presque à vénérer, les riches et les puissants, ainsi qu'à … négliger les personnes pauvres et d'humble condition … est la cause la plus grande et la plus universelle de la corruption de nos sentiments moraux?"»

Ali Amar


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Ali Amar

Ali Amar. Journaliste marocain, il a dirigé la rédaction du Journal hebdomadaire. Auteur de "Mohammed VI, le grand malentendu". Calmann-Lévy, 2009. Ouvrage interdit au Maroc.

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