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Modibo Sidibé à propos du Mnla : «…Notre pays ne sera l’otage d’aucun groupuscule»

À travers son intervention sur le plateau de TV5,  Modibo Sidibé a été on ne peut plus clair, par rapport à la persistance des séparatistes et indépendantistes du Mnla, à un moment où les élections approchent à grand pas.  Selon lui, s'il doit y avoir  dialogue ou négociation, cela devrait se faire conformément à la feuille de route du gouvernement.

La tenue d'un scrutin est-elle réaliste au mois de juillet ?

Modibo Sidibé : Tout est possible, à condition que tous les acteurs se mettent ensemble pour voir dans les difficultés non pas des obstacles, mais la nécessité de trouver des solutions pour qu'on aille vers la date indiquée. Mais, on est tous d'accord qu'il faut un pouvoir légitime à Bamako, qui tienne à sa légitimité. Parce que les enjeux demain sont cruciaux, il faut donc une autorité  forte que les Maliens acceptent pour prendre des décisions.

Est-ce qu'on court vers un risque post-électoral dont le Mali pourrait faire l'économie ?

On doit faire l'économie de toute crise quelle qu'elle soit. Mais le problème est le suivant : si nous sommes d'accord que les élections sont indispensables, il faut les faire le plus tôt que possible. Le problème est qu'il faut une élection qui soit suffisamment représentative de l'expression du vote des Maliens là où ils sont. Les réfugiés ? Le gouvernement nous assure avoir pris contact avec les pays d'accueil. Pour Kidal, nous sommes ravis avec la dernière résolution des Nations Unies.  On est vraiment clarifié, car il a encore été précisé que l'intégralité du territoire du Mali est non négociable. Et surtout l'exercice plein et entier de la souveraineté du Mali sur l'ensemble du territoire national. Aucune coexistence possible avec des forces armées si ce n'est l'armée de la République du  Mali. Ensuite, il y a la possibilité de désarmement des groupes armés et bien entendu les principes républicains comme la laïcité.  Et donc, à côté de cela, des négociations  peuvent être possibles, pour voir comment Kidal pourrait même symboliquement participer à ces élections. Donc, je crois que c'est faisable. Des discussions et des négociations sont en cours, même le gouvernement s'y emploie avec ses différents partenaires. Dès que cela se fera, Kidal, comme les autres  parties du pays, va pouvoir voter et donner, lors des élections prochaines, cette représentativité utile et nécessaire.

Mais le Mnla reste ferme sur ses positions pas d'élection, pas désarmement sans négociation ?

Nous ne serons, notre  pays, ne sera l'otage de quels que groupuscules que ce soit qui n'ont aucune légitimité en terme de représentation ni à Kidal, ni du peuple touareg ni encore moins de la communauté du Nord du Mali. Et le gouvernement a exprimé dans la feuille de route les conditions de dialogue ou de négociations. Ces conditions sont réaffirmées par la communauté internationale, et dans ce cas, il faudrait qu'on revienne là-dessus. Je le disais dans ma tribune du 6 avril, c'était le jour où le Mnla  a proclamé sa fameuse indépendance d'Azawad. Le Mali est un et indivisible, et il est heureux que tout le monde soit d'accord sur cela. Surtout que l'ensemble de la communauté concourt à l'effort de construction,  de stabilisation du Mali. Et par conséquent, si cette phase est extrêmement importante, il ne peut être pris en otage par qui que ce soit ! Le peuple malien  ne l'acceptera pas et je crois que la communauté internationale ne l'acceptera pas.

Vous avez mis du temps à annoncer votre candidature, aujourd'hui dans un contexte politique beaucoup plus complexe, pourquoi vous, Modibo Sidibé, vous briguez la  magistrature suprême ?

Vous l'avez dit, j'ai mis du temps pour annoncer ma candidature, pour la simple raison que je voulais achever une mission que j'avais engagée. Après, beaucoup de gens m'ont sollicité. Des mouvements associatifs, des jeunes, mais je dis que je ne peux pas répondre tant que je ne prends pas le pouls de nos populations. J'ai entamé depuis le mois de novembre 2011 une grande tournée à l'intérieur du pays, toutes les régions du Mali,  y compris Kidal. Afin d'aller à la rencontre de nos ancêtres, de nos populations, leur dire voilà ce qu'on me demande. Mais avant de répondre je viens à vous, savoir ce que vous me conseillez, avoir leurs bénédictions. Donc, c'est fort de cela que j'ai exprimé ma candidature. Avant, nous devions organiser une convention autour de ma candidature, où on devait signer la charte pour le renouveau démocratique. D'ailleurs, nous disions déjà que la situation démocratique de notre pays était en train d'être un peu difficile et qu'une espèce de fossé se crée entre  l'élite politique et la base. Les taux de participation faibles, l'émiettement du paysage politique devenu éligible pour les uns et les autres, donc il faut véritablement qu'un nouveau vent démocratique permette que les Maliens renouent avec la politique. Aussi, les partis politiques sont indispensables à la démocratie, nous en avons créé et nous pensons faire la deuxième génération de partis politiques de notre démocratie. Vous savez bien que j'ai eu des difficultés au lendemain du coup d'Etat. J'ai été arrêté plus de trois fois, et des sympathisants qui étaient venus me saluer à la maison, ont reconnu qu'une grosse campagne de calomnies me visait.  Vous me demandez si je serai candidat encore ! Je dis, hier, j'étais candidat, parce qu'on me l'a demandé, pour des raisons que les uns et les autres exprimaient. Ce n'est pas à moi de les reprendre ici.  Mais, j'ai répondu à cet engagement avec la situation dans laquelle le pays se retrouve aujourd'hui. Si je n'étais pas candidat hier, j'aurais une raison de l'être aujourd'hui. Car, je crois fortement que les Maliens ont besoin aujourd'hui qu'on rassemble tous les patriotes du pays, qu'on rassemble les républicains et les démocrates, pour qu'on puisse effectivement travailler à redonner confiance au  peuple qui redresse la tête et qu'on poursuive le chemin. On a trébuché, il y a des acquis, mais aussi des insuffisances, il faut le dire, dans la gouvernance, dans certaines  prises de décision ou dans la conduite de certaines résolutions.

Pourquoi ces signes dont vous parliez n'ont pas plutôt été dénoncés avant le coup d'Etat ?

Mais qu'est-ce que ces signes nécessitaient pour justifier un coup d'Etat ? Les coups d'Etat sont injustifiables, il n'y en a pas de bon ni de mauvais. C'est une rupture de la démocratie qui ne doit  pas être acceptée. Donc, je crois  qu'on ne doit pas justifier un coup d'Etat. Mais, par contre, il nous faut travailler dans le cadre républicain et démocratique avec l'ensemble des citoyens. Et les citoyens expriment leur point de vue aux gouvernants, pour qu'ils reviennent en arrière et écoutent le peuple. Ces contre-pouvoirs ont manqué. Aujourd'hui, les citoyens maliens veulent conquérir ces contre-pouvoirs.

Mais, est-ce que ce n'est pas le consensus à la malienne qui a été la dérive à cette démocratie que la communauté internationale a tant saluée pendant des décennies ? 

Pendant des décennies est-ce qu'il n'y avait pas de démocratie, est-ce que le peuple n'était pas libre ? Il y avait le multipartisme, la liberté des citoyens, la liberté de presse. Il est vrai, il y a eu des déviances, des déviations, la communauté internationale a salué notre démocratie. Des élections se sont passées. Aujourd'hui, nous avons besoin de réconforter la démocratie, que la République soit véritablement le rempart. Parce que c'est le socle sur lequel la citoyenneté peut réellement s'exprimer,  pour une nation qui se veut unie et plurielle à la fois.

Est-ce que ce n'est pas paradoxal de confier la tête du comité de réforme de l'armée au  capitaine Sanogo ?

Moi, je suis convaincu d'une chose : notre système de défense a connu des défaillances, comme les systèmes de sécurité. Il faut aujourd'hui revoir tout cela. Le  programme de formation de l'Union européenne et des autres partenaires, pour constituer des bataillons bien formés, bien équipés des forces armées du Mali, permettra aux armées du Mali qui, malgré toutes les difficultés, ont eu à mener des combats à Aguel-Hoc qui est un haut lieu du sacrifice des fils du Mali.  D'autre part, il permettra de consolider la place de nos militaires dans les dispositifs actuels. Cela, pour moi, n'est qu'une urgence dans l'immédiat. Il faut vraiment penser à d'autres politiques de défense et de sécurité, au niveau des menaces que nous avons et des menaces en perspective. Aussi, de rebâtir notre armée suivant l'architecture la plus appropriée, afin que  la sécurité du Mali, la protection des personnes et de leurs biens soient préservées. Et que le Mali soit en mesure d'assurer sa propre sécurité vis-à-vis de la sous-région et de la communauté internationale. Cela à moyen terme, c'est possible.

Est-ce que, aujourd'hui, la situation sécuritaire  milite en faveur d'une base française à Tessalit ?

Le plus important est la décision politique du président Hollande très courageuse qui est à saluer.  Donc, il faut que la France accepte d'avoir un dispositif qui lui permette d'intervenir à tout moment. Donc, il faut travailler par objectif. Qu'il soit installé à X endroit Y endroit, est-ce qu'il a la capacité d'intervenir lorsqu'une menace à la stabilité, à la sécurité se fera sentir? Donc, je considère que l'important est que des autorités légitimes soient en place et que la perspective de la Misma  soit   suivie   par ces autorités.  Il faut qu'on ait un dispositif  de sécurité conforme  au niveau national et capable d'avoir une coopération dans la sous-région, où des forces d'intervention doivent être créées et renforcées, pour mutualiser les logistiques opérationnelles qu'il faut. Parce que aucun de nos pays ne pourra soutenir le coup, aussi avoir une technologie de surveillance du Sahara.

« Le Mali  peut tanguer,  le Mali ne coulera pas », ces propos sont de vous, quelles sont pour vous les trois valeurs essentielles qui militent en faveur de la renaissance malienne ?

Ce que je veux dire aux Maliens, ils ont été frustrés. Les Maliens ont su, dans une certaine circonstance, se montrer grands, se montrer solidaires, se montrer honnêtes, véridiques. C'est ça qui compte et c'est ça qui doit nous permettre de reconstruire demain. Vous avez là la réponse à la question que vous avez posée, et moi j'y crois fortement.

Oumou DIAKITE

Mali Web

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