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Les dessous d’un congrès salafiste et ses déboires

Par Mansour Mhenni

Le week-end du 19 mai 2013 aura été un moment crucial dans la Tunisie « postrévolutionnaire ». Ce dimanche-là était prévu le congrès d'Ansar Achariaa ( la confrérie des salafistes jihadistes ) à Kairouan, la ville symbolique de la conquête musulmane à Ifriqia, sans doute dans l'esprit d'un retour d'Histoire.

D'autres événements, jugés très graves, ont précédés cette date à Djebel Châambi où des terroristes, se prétendant et classés comme appartenant à l'Aqmi, ont fait état d'une partir de leur arsenal militaire et de leur savoir-faire en la matière. L'armée et la garde nationale en ont subi certains préjudices, mais cela les a réinstallées dans leur devoir de défense de la patrie, de l'Etat et des citoyens.

Puis, quand le congrès de Kairouan a été décidé dans l'ignorance de l'Etat et dans l'irrespect de la légalité, le ministère de l'Intérieur a fait ce qu'il croyait devoir faire pour imposer le langage du droit et des institutions, rassurant pour l'essentiel des citoyens qui étaient en désespoir de cause devant le laxisme prolongé d'un Etat, souvent jugé comme complice de ces mouvances extrémistes. Pour un fois, le peuple applaudissait sincèrement et passionnément ses agents de l'ordre comme il avait applaudi son armée, pendant la révolution. « Bravo, M. le Ministre de l'Intérieur ! » devenait comme un slogan soulignant l'éveil du corps sécuritaire et de ses décideurs politiques.

Toutefois, ce geste de la plus haute importance et de l'impact le plus fort sur les citoyens a laissé un arrière-goût de déception quant à certaines personnalités, dans la composition même du pouvoir, qui avaient essayé de contourner la loi pour donner un coup dans le dos au langage de droit et à son représentant direct, en la circonstance, le ministère de l'Intérieur.

En effet, comment justifier, dans le cours de ces événements de la plus haute gravité, qu'un élu d'Ennahdha prenne l'initiative d'aller négocier avec les responsables d'Ansar Achariâa, se permettant même de donner des scoops médiatiques sur un prétendu report du congrès, et en quel nom négociait-il et parlait-il ? Est-il admissible qu'un élu, certes connu par ses connivences à la limite de la complicité avec le mouvement en question, se permettent de dynamiter l'institution à laquelle il appartient. Nous doutons que l'ANC ou que même le son président aient autorisé une telle négociation. Reste à voir si le parti islamiste Ennahdha a poussé vers cette initiative, surtout que ce parti n'entend pas encore, peut-être, brûler définitivement ses cartes avec la tendance salafiste dont il a largement favorisé l'expansion, jusqu'à l'arrogance même et le défi.

Pire encore, nous apprenons aussi que la présidence transitionnelle de la République a, elle aussi, mis la main à la pâte et engagé sa propre négociation, confiée à très proche collaborateur du président. Elle est belle cette nouvelle parodie de l'Etat : la présidence qui cherche à mettre à plat les roues du gouvernement ! Qu'est-ce qu'on n'a pas vu avec cette sacrée période de transition qui ne finit pas de finir, comme si elle avait pour seule tâche d'achever les citoyens et la citoyenneté même !

Mansour Mhenni

En tout cas, ce qui s'impose aujourd'hui, c'est que chaque acteur politique précise sa position par rapport aux questions les plus importantes pour la transition démocratique et s'engage à militer pour sa réalisation collective et démocratique en dehors de tout calcul partisan et de toute stratégie pré-électorale.

Sinon, personne ne peut jurer de ce que l'avenir nous prépare !

Tunisie Focus

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