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Vers la destruction des faunes et forêts classées : Des investigations accablantes

L'homme en question accusé, Alassane Boncana Maïga, est le Directeur National des Eaux et Forêts. En exercice depuis cinq ans, sa gestion est jugée exécrable par des forestiers qui aujourd'hui ont tapé le poing sur la table. Ils ne veulent plus rien entendre. Son départ est exigé. Et pour plusieurs raisons.

Photo L’Essor

En matière de gestion des faunes et flores dont le Mali dispose, rien n'est fait comme avant. Chaque jour que Dieu fait, la dégradation prend de l'ampleur  par le non respect des dispositions en vigueur. Ce qui est un drame en matière d'écologie. Les responsables ? Ils sont connus et les investigations que nous avons menées épinglent le Directeur National des Eaux et Forêts,  Alassane Boncana Maïga, qui serait  au centre de cette dérive vers la catastrophe. Une catastrophe gérée et entretenue par tout un clan et qui se manifeste sous plusieurs angles. Le tout couronné par l'espèce sonnante et trébuchante  qui serait destinée au seul DG et ses complices.

Il est justifié que le fonds d'aménagement et de protection des forêts et le fonds d'aménagement de protection de la faune sont  gérés dans la plus grande opacité sans programme ni rapport. En effet, les recettes perçues à l'occasion de l'exploitation du domaine forestier de l'Etat sont reparties comme suit : 80% pour le fonds d'aménagement et de protection des forêts ; 20% pour les budgets des collectivités territoriales.  Des fonds qui ont été créés en 2004. Mais de cette date à nos jours, aucun document de gestion (programme et rapport) n'a été publié sur l'utilisation de ces fonds et aucun investissement  dans les secteurs en question n'est  aussi visible.

Dans ce paradoxe, l'exploitation des forêts classées de la Faya et des monts Mandingues  est faite par le Directeur général, en complicité avec certains  agents pour de l'argent. A cause duquel des hectares  de forêts classées depuis belle lurette sont menacées. En l'occurrence la forêt de la Faya, qui a été classée en 1943 ; sa superficie est de 79.822 ha, dont 4.727 ha de plantations. La forêt des Monts Mandingues a été classée en 1946 avec une superficie de 14.572 ha dont 1965 ha de plantations. Pour la réalisation de ces plantations, selon une source, l'Etat s'est endetté pour environ 13 milliards de F CFA.

Destinées à la production de bois d'½uvre pour l'usine d'allumette,  ces plantations sont aujourd'hui détruites et le bois vendu par des agents par chargement entier. Pour mener à bien cette pratique, des dizaines de fours seraient installés dans la Faya sur instruction des agents afin de produire du charbon, par ces arbres coupés avec des tronçonneuses, destiné à la vente.

Cette pratique ne se limite pas seulement à ces zones. Les tentacules se trouvent jusque dans la capitale notamment  au bord des grands axes  surtout les postes aux entrées de Bamako. Qui sont normalement chargés du contrôle des produits qui rentrent dans la ville. Malheureusement c'est à partir de ces postes que la fraude à grande échelle est organisée.  Au lieu de payer le permis, les camions remplis de bois qui arrivent payent de l'argent et passent. A l'entrée des forêts classées, les exploitants viennent avec leurs camions vides, payent des sommes importantes, rentrent dans les plantations et remplissent leurs camions comme ils veulent et repartent. De passage, ce que l'on voit à la bordure de ces plantations n'est que de l'apparence, parce que ces plantations sont totalement saccagées en profondeur.

Au delà de cette exploitation anarchique, des portions des forêts classées sont cédées à des particuliers. Précisément des parties de la forêt classée de Tienfala (84 ha) et même des parties de la réserve du Baoulé ont été cédées   à des particuliers qui déclarent avoir donné de l'argent en contre partie. Malgré l'existence de cartes et des arrêtés de classement qui donnent tous les points caractéristiques avec distances et azimut, des avis contradictoires sont sciemment donnés au Directeur  régional des domaines lui permettant ainsi de donner des titres à l'intérieur de ces forêts.

De plus, le Budget Spécial d'Investissement que l'Etat octroie à la Direction des Eaux et Forêts chaque année (près de 2 milliards de F CFA) et aussi des fonds destinés, chaque année, au reboisement et à l'aménagement des forêts (plus de 250 millions de nos francs) sont utilisés à d'autres fins.  Surtout sous le couvert des projets fictifs bouclés depuis plusieurs années.  Et le partenariat public/privé dans le cadre du transfert de la gestion de réserves de faune et de forêts classées  se fait autrement. Cela en violation de tous les textes  forestiers pris à partir de 1995, qui stipulent que « le domaine forestier tout comme le domaine faunique national est constitué d'un domaine de l'Etat, d'un domaine des collectivités et d'un domaine des particuliers ».  Le partenariat Etat/privé a toujours existé à travers le désengagement de l'Etat de toute activité pouvant être exercée par les privés (production de plantes, reboisement...) mais aussi à travers des études, l'élaboration de plans d'aménagement  etc. Mais pour l'actuel responsable, cela aurait un autre sens : torpiller les textes pour donner à des particuliers la gestion exclusive de plus de 500.000 ha de forêts classées et réserves de faune dont celle classée de la Faya avec ses 4.000 ha de plantation.

Dans cette mouvance machiavélique, le Directeur aurait nommé sur les 8 directeurs régionaux cinq nordistes qui seraient ses proches. En contrepartie, ces hommes lui  seraient redevables. Pour combien ? Dieu seul le sait. Par contre pour les chefs de postes aux entrées de Bamako qui sont aussi ses hommes,  chacun, déposerait sur sa table  300.000 F CFA à chaque fin du mois.

Il faut réagir vite !

Compte tenu de tous ces maux, les forestiers se sont mis sur leur pied de guerre contre toute tentative de destruction des ressources. Pour la cause, ils ont adressé un mémorandum au ministre actuel de l'Environnement et de l'Assainissement, M.  Ousmane Ag Rhissa pour attirer son attention quant à la violation des textes par  le Directeur National des Eaux et Forêts. Les points inscrits dans cette lettre concernent : les plans législatif, réglementaire et technique ; la gestion du personnel forestier ; l'utilisation des ressources financières.

Jusqu'à présent aucune réponse favorable. Malgré tout, les forestiers ne se sont pas découragés. Ils ont adressé ensuite une lettre au président du RPM, M. Ibrahim Boubacar Keïta, dont le ministre de tutelle est le représentant de son parti dans le gouvernement. Pour trancher cette injustice dont lui-même I.B.K en fait son cheval de bataille.

Toujours les mêmes irrégularités avec d'autres preuves. Il s'agit de l'amodiation des réserves de Nienendougou : un contrat d'amodiation d'une réserve de faune et trois forêts de la région de Sikasso qui a été signé entre la Direction Nationale des Eaux et Forêts et une société de droit privé contrairement aux dispositions légales. Or selon les textes, on ne parle d'amodiation que dans une aire d'une réserve de faune. Par la suite, un seul plan d'aménagement serait élaboré pour ces quatre entités.

Il y a aussi le protocole d'accord qui aurait été signé avec l'usine Céramique contrairement à toute disposition légale, un compte bancaire aurait été ouvert à la BDM de Koulikoro (N D001611005026001226118-32) pour recevoir les recettes d'exploitation et de vente de bois des forêts classées de la Faya et des Monts Mandings, au lieu de les verser au trésor en vue d'alimenter le fonds d'aménagement. Etc.

Toujours sans gain de cause, une pétition en faveur du départ immédiat du Directeur National des Eaux et Forêts, en vue d'une refondation du service a été signée par des agents forestiers en date  du 15 janvier 2013.

Les forestiers sont décidés. Même si cette lutte aboutira par le risque de perdre leur emploi. En tout cas pas question tant qu'ils sont vivants et bien portants de voir le Mali perdre une telle ressource à cause des apatrides qui ne pensent qu'à leur seul et unique tube digestif.

Nous continuions à enquêter  et d'autres preuves ne tarderont pas à surgir.

Affaire à suivre.

Boubacar Yalkoué

 

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