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Il y a dix ans, le séisme de Boumerdès : Les séquelles n’ont pas disparu

Il y a dix ans, le 21 mai 2003, le chaos s'abattait sur l'Algérois. Un séisme de magnitude 6,8 sur l'échelle de Richter ébranlait le nord du pays. La secousse tellurique, dont l'épicentre avait été localisé en mer, à 7 km des côtes de Zemmouri, avait été ressentie dans tout le centre du pays. La région la plus touchée par ce séisme est évidemment la wilaya de Boumerdès et son chef-lieu. Des dégâts considérables sont tout particulièrement enregistrés dans la wilaya d'Alger et, à un degré moindre, à Tizi Ouzou. Même si la magnitude enregistrée est jugée par certains «modérée», reste que le bilan des pertes humaines est considérable : 2278 morts et plus de 10 000 blessés.  Dans la région de Boumerdès, ce sont 23 communes sur 32 qui sont déclarées sinistrées. A Alger, ce sont 26 communes qui sont sinistrées ou partiellement sinistrées, tandis que dans la région de Tizi Ouzou, elles sont quatre. Des dizaines de milliers de logements ont été détruits. Le cauchemar ne fait toutefois que commencer pour les quelque 180 000 sinistrés recensés. Et c'est cette même population des sites endeuillés qui s'attelle, quelques minutes après le drame, à porter secours aux blessés et à dégager les corps des décombres. A leurs risques et périls d'ailleurs. Car le séisme sera d'une telle force que des répliques se font ressentir des semaines après la secousse principale, certaines d'entre elles allant jusqu'à une magnitude de près de 6. Ce qui alourdira le bilan tant humain que matériel : quelques décès seront à déplorer ainsi que des centaines de blessés et des dizaines de bâtisses démolies. Dix ans après le séisme, la vie a repris ses droits à Boumerdès. Mais si la plaie semble s'être cicatrisée, ce n'est que superficiellement. Les douleurs sont toujours vivaces et l'émotion est la même pour ceux qui ont vécu cette tragédie. «Dix ans déjà... Cela passe tellement vite. Pour moi, c'était hier», souffle Chanez. «Ce sont des minutes qui sont gravés dans ma mémoire, aussi précises que confuses», se rappelle quant à elle Leïla. «Tous ceux qui ont vécu cette catastrophe garderont en eux la folie et la douleur de cette journée», poursuit-elle. Unis dans une même douleur, dans un même traumatisme, ce n'est pas sans peine et larmes que l'on en parle. «Les habitants des 1200, des coopératives ou des autres résidences ont tous perdu quelqu'un», confie Salah, quinquagénaire. «C'était, à l'époque, une petite ville, où tout le monde connaissait tout le monde. Chacun de nous a perdu des amis proches, des voisins, des collègues, des personnes avec lesquelles vous avez partagé des choses, des connaissances», ajoute son épouse Farida avant de s'interrompre, la voix brisée par un sanglot. C'est donc au quotidien que se vivent les «commémorations» du séisme. «Un dixième anniversaire ne signifie rien. Nous y pensons et nous en rappelons tout au long de l'année», s'agace Sarah, dont la famille a été touchée de plein fouet par cette tragédie. Elle a perdu son grand-père et son oncle maternel dans l'effondrement d'un immeuble. Dans un autre bâtiment, un peu plus loin, toute la famille de son oncle paternel a été ensevelie sous les décombres. Ses enfants, après des heures pris au piège de leur propre toit, ont pu en être retirés vivants, mais gravement blessés. Leur mère n'y aura malheureusement pas survécue. «La vie a continué pour eux, difficilement certes, mais ils ont tenté de s'en sortir. Ils ont quitté Boumerdès et ne veulent plus en entendre parler. Donc une date ne veut rien dire. Ça se vit au jour le jour quand des enfants grandissent sans leur mère, sont handicapés, et qu'un enfant, mon cousin maternel, qui venait de naître, ne connaîtra jamais son père», dit-elle, la voix chevrotante d'émotion. L'enfer en une fraction de seconde Si les deuils ont timidement été faits et les traumatismes amoindris, une plaie béante demeure : l'emplacement des immeubles qui se sont effondrés. Même s'ils ont été reconstruits depuis, ils portent en eux «le souvenir». «Et pour cause ? Avant, tous les bâtiments étaient semblables, blancs et bleus. Mais ceux qui ont été reconstruits sont jaunes et bleus, et leur forme n'est pas la même que les autres», explique Lamia. «C'est vrai que c'est bizarre de passer à proximité. Comme si on les avait ''marqués'' exprès», reconnaît Nassim. «Jusqu'à présent, je ressens le même malaise quand je vais sur les sites sinistrés. Une sorte d'apnée. Et un déferlement de souvenirs, pêle-mêle, de cette nuit et des jours qui ont suivi», confie Samia, les yeux dans le vague. Comment raconter l'ineffable, l'horreur, la folie, l'hébétude et la certitude d'avoir basculé dans une autre dimension ? Chacun garde en lui généralement la même empreinte perceptive. «Le bruit d'abord. L'incompréhension. Puis le temps qui se fige. Et là cette sensation de mains qui vous secouent comme un prunier. Et les cris. Oh ! mon Dieu les cris... Ils ont duré toute la nuit. Ceux des femmes assises à même le sol devant chez elle, et qui hurlaient le nom de leur proche. Et ceux des hommes, qui s'activaient sur les ruines fumantes», souffle-t-elle en enfouissant son visage dans ses mains. «Les sirènes, le chaos. Ensuite l'annonce des décès d'un tel, de l'effondrement de tel bâtisse, d'une autre personne qui a pu être sortie des décombres», relate Sarah. «Et on se dit que c'est fini, qu'il n'y aura plus de vie possible après cela. Qu'il fera nuit pour l'éternité. Pourtant le jour s'est levé, nous n'avions évidement pas dormi. L'angoisse ressentie à l'aube est un sentiment que je n'oublierais jamais, qui m'étreint de nouveau lorsque je l'évoque», murmure-t-elle. «L'on se rendait compte de l'étendue des dégâts, de la dévastation. Mais aussi et surtout du manque de moyens à même de faire face à une catastrophe de cette ampleur», conclut-elle. Ainsi, dès les premières heures qui ont suivi la secousse tellurique, les habitants tentent d'organiser les secours, en se fiant qu'à eux-mêmes. «Les jeunes du quartier tentaient de déblayer les gravats sans autre moyen que leurs mains et la force que peut donner la volonté de retrouver coûte que coûte le corps de la mère d'un ami, d'une voisine, d'une parente», se rappelle-t-on. L'un d'eux avait ainsi réussi à se procurer un masque de travaux pour se protéger la bouche et le nez. Au bout d'une heure, il demande à ses voisines un peu de parfum, qu'il vaporise sur le masque. «L'odeur est insupportable dedans», s'était-il contenté d'expliquer. Entre système D et élan de solidarité, chacun se débrouille comme il peut, pour s'en sortir, se loger, se nourrir. Avec cette lancinante question qui scie les jambes : «Et maintenant ?» «Avec le recul, nous avions conscience, sans le formuler, que la vie normale que nous menions était finie, que ''notre'' Boumerdès était une période révolue. Et nous avions raison», admet Mehdi.   «Nous ne retenons pas les leçons du passé» Jadis petite ville côtière, paisible et discrète, la ville a connu, en une décennie, une transformation urbanistique qui lui confère des prétentions  de grand centre urbain. Quelques semaines après le tremblement de terre, alors que les débris des immeubles effondrés n'étaient pas encore déblayés et que les sinistrés tentaient de survivre sous des tentes de fortune, les prix de l'immobilier ont connu un boom sans précédent. Depuis, ce sont des projets de construction incessants qui fleurissent sur toutes les superficies de la localité. Ce qui a induit un afflux démographique significatif. Avec les répercussions que l'on s'imagine. «Rocher Noir était connu pour sa tranquillité et son calme. Quelques cités avec une certaine harmonie, des espaces verts», confie Khadidja, quinquagénaire. «Regardez tous ces immeubles construits sans logique urbanistique ou sécuritaire !», s'exclame-t-elle en levant le bras vers une étendue de bâtisses. «Ce sont des dominos qui s'entraîneraient les uns les autres si un séisme devait arriver, ne laissant aucune chance de survie à quiconque», s'alarme-t-elle. De même, les dispositifs d'intervention n'ont pas été revus. «Il n'y a eu aucune amélioration des capacités de prise en charge d'urgence n'ont été effectuée», s'inquiète pour sa part un médecin. Et c'est assurément ce qui peine le plus les citoyens : ce sentiment de gâchis. Que les leçons n'ont pas été retenues.

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