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«Tout le nord du pays doit être classé en zone 3»

Ramdane Dichou a été désigné à la tête de la direction du CTC Centre de Boumerdès six mois avant le séisme de 2003, un poste qu'il a occupé jusqu'en 2006. Dans cet entretien, cet expert en génie civil revient sur les incohérences du nouveau plan de zonage sismique et plaide pour plus de sévérité  dans le suivi des travaux de réalisation de tous les  types de projets. Selon lui, le béton fabriqué actuellement est de très mauvaise qualité en raison, dit-il, de la non-utilisation des adjuvants et des différents types de plastifiants.      - Pensez-vous que les mesures prises par le gouvernement après le séisme de 2003 permettront de minimiser les dégâts en cas de catastrophes naturelles à l'avenir ?   Les efforts fournis par l'Etat au lendemain du séisme de 2003 restent pour le moment largement insuffisants par rapport aux risques sismiques auxquels est exposé le nord du pays. On a par exemple révisé le plan de zonage sismique de la région, mais le comité d'experts qui a élaboré ce plan ne s'est pas basé sur des données scientifiques ou des statistiques de ce qui s'est passé après la catastrophe naturelle de 2003. Sinon comment explique-t-on le fait que Bordj Menaïel, qui avait enregistré le plus de dégâts et de morts, soit classée en zone 2B alors que Hydra se retrouve en zone 3, c'est-à-dire à forte sismicité. A l'époque, j'avais fait des écrits dans ce sens afin d'inciter les services concernés à remédier à ce genre de problèmes, malheureusement rien n'a été pris en considération. Je crois que tout le nord du pays doit être classé en zone 3. D'ailleurs, si un comité autonome avait établi le plan, on aurait dû éviter les anomalies susmentionnées.     - On a constaté que les normes de construction ne sont toujours pas respectées, notamment par les particuliers. A quoi  est dû ce problème, selon vous ?   Tout ce que fait l'Etat est réglementé et soumis au contrôle, mais ce que font les particuliers non. Et c'est là qu'il y a problème. Auparavant, les particuliers n'avaient besoin que d'un plan de l'architecte pour se faire délivrer un permis de construire. Après 2003, on a obligé le constructeur à faire étudier son dossier conjointement par un architecte et un ingénieur agréé pour, soi-disant, respecter les normes. Or, dans les faits, rares sont ceux qui se plient à cette réglementation. Les gens construisent n'importe où, y compris sur les failles, car ils ne sont pas obligés de fournir un rapport du sol. Alors qu'en Europe, cela est une obligation même au niveau des zones non-sismiques. Chez nous, on sollicite un architecte, un maçon, quelques voisins  et on procède au coulage du béton des fondations ou des poteaux des dalles sans qu'aucun service de l'Etat ne vienne pour vérifier si ces travaux répondent aux normes et aux règles de l'art surtout. Même le CTC qui  est le seul organisme de contrôle dans le pays n'a pas de prérogatives coercitives.   - Que préconisez-vous comme solution à ces anomalies qui mettent la vie de milliers de personnes en danger ?   Tout d'abord, on doit améliorer la qualité du béton, car celui fabriqué actuellement n'est pas un bon matériau. Ce sont les ouvriers qui le préparent sur chantier et il n'est soumis à aucun contrôle. On mélange du sable avec du gravier et du ciment, puis on procède au coulage. En principe, l'ingénieur doit réceptionner les aciers et assister au coulage du béton sur chantier du début jusqu'à la fin. Maintenant les techniques ont évolué, les adjuvants, notamment les plastifiants et les super-plastifiants sont disponibles sur le marché. Normalement, les entreprises qui n'utilisent pas ces produits et le cône d'Abrams (un appareil qui permet de mesurer la consistance du béton frais, ndrl),  doivent  être privées de participer aux avis d'appels d'offres.   - Et qu'en est-il du rôle et de la responsabilité des maîtres d'ouvrage ?   Les maîtres d'ouvrage sont les derniers qui se soucient de la qualité des constructions dans notre pays. Les responsables de la Dlep et de l'OPGI font tout pour réceptionner les ouvrages à temps. Lorsqu'ils font des avis d'appel d'offres, ils sont obligés de choisir le moins-disant. C'est-à-dire l'entreprise qui va faire tout pour avoir autant de bénéfices à la fin, quitte à tricher.  Les entreprises sérieuses n'ont donc aucune chance d'obtenir le projet. Logiquement le marché doit être octroyé à celui qui sera proche de la moyenne des montants proposés. Outre cela, aujourd'hui, on n'a même pas de texte qui définit les responsabilités des uns et des autres en cas de catastrophe. En 2003, beaucoup d'ingénieurs en génie civil avaient été poursuivis en justice alors qu'ils n'avaient fait qu'appliquer la réglementation d'alors.   - Pensez-vous que les villes algériennes telles qu'elles sont conçues aujourd'hui faciliteront la gestion post-séisme ?   L'Etat doit tout prévoir à l'avance et cela ne peut se faire qu'à travers la réalisation d'études approfondies. Aux Etats-Unis, on passe trois ans dans l'étude et une année dans la réalisation. Si jamais on aura un séisme important demain à Alger, on ne trouvera même par où y accéder. Les secours ne peuvent être assurés que par voie maritime. Au Japon, le gouvernement dépense des milliards pour pouvoir arriver plus vite sur le lieu de la catastrophe afin de sauver le maximum de vies. Il y a  même des avions et des satellites qui sont réservés à cet effet. En Algérie, à part la Protection civile, je ne vois pas quels sont les autres moyens qui peuvent être mobilisés en urgence pour secourir les victimes.

El Watan

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