mis à jour le

Dr Mohamed Mihoubi : «J’ai signé 620 actes de décès en quatre jours»

«Ma vocation c'est la vie, pas la mort. Mais parfois le devoir vous appelle là où vous ne pensiez pas.» Dans sa blouse blanche immaculée, ses cheveux grisonnants accentuent la bonhommie du docteur Mohamed Mihoubi. Ce généraliste, qui exerce au centre-ville de Boumerdès depuis près d'une vingtaine d'années, était en première ligne lors du séisme du 21 mai. Et le sort lui accorda un rôle particulier dans cette tragédie. «Pour moi, tout ce drame a commencé le 20 mai soir», entame-t-il. «J'ai eu à signer l'acte de décès d'une voisine, morte d'un  cancer. Avant de rendre son dernier souffle, elle tenait la main de son mari et elle lui a dit : "Je ne partirai pas toute seule"», se rappelle-t-il en serrant la mâchoire. Après que la terre eut tremblé, il s'empresse d'aller à l'hôpital du centre-ville, où les blessés ont commencé à affluer. Il y restera la nuit entière, penché sur les blessés, en dépit du manque de moyens, de la fatigue, mais aussi et surtout de la peur de voir l'hôpital s'écrouler durant les nombreuses répliques. «Il y avait une fillette de 4 ans, Houda, tirée des décombres. La pauvre enfant avait les joues complètement arrachées, l'oreille coupée. Nous avons fait de notre mieux pour la suturer. Il m'arrive de croiser cette adolescente, elle n'a gardé aucune cicatrice !», s'enthousiasme-t-il. Le lendemain, les autorités cherchent désespérément un médecin afin d'établir les constats de décès. «Ils avaient des camions pleins de corps et le temps pressait.» Il accepte de se déplacer à la salle omnisports de la ville, transformée en chapelle ardente. Aux côtés d'éléments de la police scientifique, d'une préposé à l'état civil, d'un adjoint au procureur et d'un bénévole venu de la morgue de l'hôpital de Koléa, expert en «k'fen», c'est là que le docteur Mihoubi passera les deux semaines post-séisme. « Au milieu de centaines de cadavres, que je connaissais souvent, à tenter d'apporter mon soutien aux familles et proches qui étaient à la recherche de la dépouille d'un des leurs, qui s'effondraient sur leur corps. On a vu beaucoup de choses affreuses quand même...», dit-il, les yeux dans le vague. «18 mois avant le séisme, j'ai été appelé en urgence pour l'accouchement d'une jeune femme. Une jolie petite fille est née, Soundous. Le malheur a voulu que la maman et la fillette ne survivent pas au séisme. J'ai signé l'acte de naissance et l'acte de décès de la petite Soundous, qui aurait eu 11 ans aujourd'hui», relate-t-il, en tentant vainement de refouler ses larmes. D'autant plus qu'il a assisté à autant de tragédies qu'il a eu à signer de constats de décès. «J'en ai établi 620 en quatre jours. A un moment, il y avait eu rupture d'imprimés.» «Un homme avait enterré le corps de l'épouse de son voisin en pensant que c'était la sienne. Le lendemain, il revient dans un état second, avec dans la main la photo d'une très belle femme, avec un grain de beauté sur la joue. J'ai examiné des visages à moitié déchiquetés et j'ai pu la retrouver. Le voisin lui a dit : "Tu as enterré ma femme hier, je t'accompagnerais pour enterrer la tienne aujourd'hui". Ça m'a marqué», murmure-t-il.  Après cette période, le médecin a continué à exercer dans les camps de tentes. «Il y avait énormément de travail et les séquelles étaient importantes ; blessures, hypertension, diabète mais aussi des décès par crise cardiaque.» Et ces séquelles, il continue de les traiter, dix ans après. «Il y a un taux important de dépressions légères dues à ce traumatisme. De même, il y a les maladies chroniques, les handicaps, les épilepsies, les traumatismes. Je me rappelle d'une fillette qui refusait de poser les pieds sur le sol, ses parents devaient tout le temps la porter», s'attriste-t-il. Et les conséquences du tremblement de terre, le docteur Mihoubi les a vécues sur un plan personnel. «Le 20 mai, l'on m'avait attribué administrativement un terrain dans la région. J'avais versé 100 millions de centimes à l'agence foncière. Mais mon acte a été attribué à quelqu'un d'autre, parce que j'étais pris dans ce tourbillon macabre», déplore-t-il.

El Watan

Ses derniers articles: Programme AADL 2 : les résultats communiqués  Tizi Ouzou : Les retraités de l‘ANP s’organisent  Sellal : Les visites de terrain n'ont rien 

Mohamed

AFP

Mohamed Abdullahi 'Farmajo', nouveau président de la Somalie

Mohamed Abdullahi 'Farmajo', nouveau président de la Somalie

AFP

Somalie: l'ex-Premier ministre Mohamed Abdullahi Farmajo élu président

Somalie: l'ex-Premier ministre Mohamed Abdullahi Farmajo élu président

AFP

Tunisie: procès du meurtre de l'opposant Mohamed Brahmi reporté

Tunisie: procès du meurtre de l'opposant Mohamed Brahmi reporté

décès

AFP

Afrique du Sud: décès d'Ahmed Kathrada, vétéran de l'anti-apartheid

Afrique du Sud: décès d'Ahmed Kathrada, vétéran de l'anti-apartheid

AFP

Maroc: décès d'une figure historique de la politique

Maroc: décès d'une figure historique de la politique

AFP

Décès de la légende du rugby sud-africaine Joost van der Westhuizen

Décès de la légende du rugby sud-africaine Joost van der Westhuizen