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Des logements neufs déjà délabrés

Cité Ibn Khaldoun, centre-ville de Boumerdès. Fin de journée de travail comme les autres, Salima rentre chez elle. Se trouver devant un immeuble, monter des escaliers et ouvrir une porte de cage lui font toujours «bizarre». La mère de famille, à l'instar de centaines d'autres sinistrés du séisme, a réaménagé, au mois d'août dernier dans son ancienne cité. Ceux-là mêmes qui avaient tout perdu ont dû attendre presque dix ans pour quitter les chalets dans lesquels ils «végétaient». Après avoir vécu l'enfer, leur cauchemar ne semble toutefois pas avoir pris fin. «Pourtant, quel soulagement lorsqu'on a récupéré les clés de l'appartement», se rappelle Salima. Car après des années d'atermoiements et des dizaines d'actions de protestation menées par les sinistrés, les 520 logements détruits ont finalement été reconstruits, du moins quasi-totalement (voir encadré). Laissés tout ce temps en jachère, les ruines ont laissé place à de larges immeubles bleu et jaune sable, de vastes espaces de stationnement peints de frais, agrémentés de quelques tertres de pelouse. Un quartier modèle de quiétude. Mais une fausse note détonne. Une respiration collective crispée, un silence pesant qui confère aux lieux des airs de ville fantôme. Avant le drame, les «boutiques», succession d'échoppes de proximité, étaient un c½ur animé, plein de vie. Aujourd'hui, elles n'ont pas toutes rouvert. Les «houmate» semblent désertées. «C'est totalement différent. L'ambiance générale n'est plus la même qu'avant. Et la moitié des anciens voisins sont décédés ou ne sont pas revenus ici», explique Kenza, pensive. Et n'est-ce pas trop dur, ce retour sur les lieux du drame ? « Oui, et pour plusieurs raisons. Les souvenirs de ce qui s'est passé ici, la crainte de se retrouver dans un immeuble après tout ce temps. Mais tout cela a globalement été amoindri par le soulagement d'en finir avec la misère que nous vivions dans les chalets», poursuit-elle. Pourtant, la joie et le soulagement ont été de courte durée pour ces familles. «Des caves inondées qui fragilisent les structures» Lorsque Salima entre dans son immeuble, elle se pince le nez. Une odeur nauséabonde d'eaux usées et d'humidité saute à la gorge. «Ce sont les caves. A notre emménagement, l'on ne comprenait pas pourquoi il y avait ces odeurs et surtout pourquoi le sol était toujours humide», se souvient-elle. Puis il a été constaté qu'en plus des fuites dans les vides sanitaires, les raccords des conduites étaient inexistants. Et ce n'est pas le moindre des défauts que présentent ces nouvelles constructions. Quelques rues plus loin, l'un de ces nouveaux bâtiments se dresse, intrus au milieu des anciens modèles. Ici, ce sont plusieurs centimètres d'eau qui recouvrent les sous-sols. «Les caves sont complètement inondées, et ce, depuis notre emménagement, en juillet. Et l'on se souvient que les premiers immeubles qui se sont effondrés lors du séisme sont ceux dont les fondations étaient fragilisées par les fréquentes inondations souterraines», s'inquiète l'un des locataires, blasé par ces années incessantes de galères et de mépris. «Nous vivons avec la peur au ventre», confie un père de famille. «Je n'arrive pas à croire qu'après dix ans durant lesquels nous avons été abandonnés, l'on ose nous rendre de tels logements !», s'exclame-t-il. Les appréhensions se font plus vives à mesure qu'approchent les grandes chaleurs et les dangers que peuvent faire courir ces eaux stagnantes sur la santé des citoyens. «Nous avons l'impression que ça fait 20 ans que ces apparte  ments sont habités tant ils sont dégradés !», s'indigne Abla, en désignant les balafres sur les murs et les pans entiers de laque qui pendent des plafonds. «Le problème est que les sous-traitants embauchés par l'OPGI et Cosider ont utilisé des matériaux de dernier choix, tant pour le plâtre et l'enduit, que pour les canalisations ou autres boiseries», affirme Salima. Comme en témoignent les taches sombres sur les murs et plafonds des salles de bains et des toilettes, les problèmes d'infiltrations sont fréquents. «Les inondations sont dues à l'inexistence de raccords des tubes en PVC entre les différents étages. Et quand quelqu'un utilise sa baignoire, son voisin du dessous prend lui aussi une douche », tente-t-elle de plaisanter. «Ah  et regardez !», s'exclame-t-elle en désignant la baignoire éventrée de part en part. «Les immeubles résisteront-ils à un séisme ?» Un  peu plus loin, appartement de  Latefa. «En fait, il est à mes parents. Mais ils ne peuvent pas y vivre, donc ils sont obligés de louer autre part.» Pourquoi ? «Mon père est handicapé. Son fauteuil roulant ne peut pas passer les portes, qui sont trop étroites», dit-elle en haussant les épaules. D'ailleurs, de nombreuses personnes ont été confrontées à ce type d'écueils. «L'installation de la machine à laver est dans la loggia. Mais aucune machine ne peut passer la porte du balcon», s'amuse-t-elle. Et si les portes et boiseries sont déjà écaillées et rechignent à fermer correctement, c'est une autre malformation qui effraie Abla. «Regardez le vide qu'il y a entre les murs et les cadres. On peut même voir à travers !», dit-elle en faisant une démonstration. «Lors d'un séisme ne faut-il pas s'abriter sous le cadre d'une porte ? Celles-ci ne tiendraient tout bonnement pas !», s'emporte-t-elle. «Autre chose», lance-t-elle à brûle-pourpoint en ouvrant les volets d'une fenêtre : elle montre un chantier de construction mitoyen à la cité. «Avant c'était un espace vert ici, avec un accès vers le quartier. Aujourd'hui, ils nous ont encerclés. Le 21 mai 2003, ce sont ces mêmes issues qui nous ont sauvé la vie. Elles sont bloquées à présent...», murmure-t-elle, laissant en suspens le «et si» qui la terrorise.  

El Watan

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