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Violence en Tunisie : Prochaine bataille contre les LPR

Par Ridha Ben Kacem

Entendons-nous bien, la bataille, contre le salafisme jihadiste, n'est pas terminée. Elle est, à peine, engagée et, selon toute vraisemblance, elle durera, encore, plusieurs années, d'autant que la tentation de la clandestinité va grandir, chez des pans entiers, de cette mouvance incontrôlable. La radicalisation, si ce mot a, encore, un sens, en la circonstance, sera, dorénavant, la règle, pour la survie d'un mouvement, qui ne reconnait pas sa défaite, sur le terrain. N'oublions pas que le chef d'Ansar Al-Chariaa agit, déjà, dans la clandestinité. Mais l'essentiel, pour le moment, est que tout le monde est prévenu : La sécurité de la Tunisie, ne saurait être menacée, par qui que ou quoi que ce soit. Les citoyens, qui ont fêté, comme il se doit, la prestation, plus qu'honorable, de leur forces de sécurité, face aux salafistes armés, savent, maintenant, qu'ils peuvent dormir tranquilles. Plus rien ne menacera, sérieusement, la paix et la stabilité de leur pays. Des escarmouches ? Oui, il y en aura, encore. Comme dans tous les pays, non despotiques, car c'est là, la rançon de la LIBERTE.

Evidemment, les tunisiens auraient aimé voir, leur gouvernement, adopter, dès le départ, une attitude plus ferme, vis-à-vis, de la menace terroriste. Mais, le mouvment islamiste , Ennahdha , n'a pas cessé, des mois, durant, de cultiver le flou, envers ce qu'elle considérait, comme un réservoir électoral acquis, évitant, ainsi, de prendre les mesures adéquates, en temps voulu. Conséquence, l'hydre a, énormément, grossi, en peu de temps. Aujourd'hui, on peut être porté à croire, que le gouvernement, dirigé par les islamistes d’Ennahda, a levé l’ambiguïté, en se disant déterminé, à lutter contre la mouvance jihadiste, désormais, qualifiée de « terroriste »,au plus haut niveau. C'est une première. « Nous allons faire face ( aux salafistes jihadistes ) avec une extrême fermeté, mais dans le cadre de la loi. Nous serons inflexibles »,a déclaré, à ce propos, Ali Larayedh au journal arabe Al-Hayat.

Confronté à des bandes armées, liées à Al-Qaïda (AQMI), à la frontière algérienne, et aux menaces de « guerre »,formulées, la semaine dernière, par Ansar Al-Chariaa, le gouvernement provisoire a été ébranlé, dans sa logique de louvoiement. Ennahdha et, sans doute, les ténors du gouvernement, ont dû comprendre qu'il n'était plus possible, de pouvoir garder le cap, jusqu'au prochain scrutin, pour pouvoir bénéficier de l'apport électoral, de ce réservoir, plutôt, incertain. Maintenir, dans ces conditions, la politique du louvoiement, aurait été contre-productif. L'on comprend, mieux, dès lors, pourquoi des analystes ont vite souligné que les propos d'Ali Larayedh, tenus, au Qatar, signifient un important tournant. « C’est un changement de discours. Jamais Larayedh n’avait utilisé ce terme, pour Ansar Al-Chariaa, réservant le mot de terroriste, aux groupes armés, traqués à la frontière algérienne»,note Michael Ayari du « International Crisis Group »,à Tunis.

Il reste, cependant, à voir si ces propos seront suivis d’actes, précis, sur le court et le moyen terme. Michael Ayari rappelle, à ce propos, opportunément, d'ailleurs, que les autorités avaient arrêté, des dizaines de militants salafistes, à la suite de l’attaque de l’ambassade américaine, en septembre 2012, à Tunis, mais que, l’écrasante majorité, avait été libérée, quelques mois plus tard. Ce qui a valu, du reste, à la Tunisie, l'honneur, ou le déshonneur, c'est selon, d'être inscrite, sur la liste des pays à risque, du Département d'Etat américain. Pour Michael Ayari, « On ne peut pas dire, encore, que la politique a changé, que les déclarations marquent un point de non retour, et que les militants d’Ansar Al-Chariaa vont être arrêtés, désormais, pour leur appartenance à l’organisation, pour leur identité politique ».

De fait, Le ministère de l’Intérieur a annoncé, dès le soir du dimanche 19 mai, 274 interpellations, entre vendredi et dimanche. Cela n'a pas empêché Ali Larayedh, d'indiquer, à l’AFP, au Qatar, qu’« environ 200 personnes » avaient été arrêtées. Mauvaise mémoire, ou faux calcul ? On ne peut douter du fait, que le Chef du gouvernent provisoire ait suivi, minute par minute, l'évolution de la situation, en Tunisie. Une déclaration objective, à l'AFP, aurait été, plutôt, du style : « Environ 300 personnes » avaient été arrêtées, et non pas, 200. Si l'on y réfléchit bien, le chiffre de 274 se situe, plutôt, aux environs de 300, et non point, de 200. Alors pourquoi cette distorsion ? D'abord, est-elle volontaire ou involontaire ? Ensuite que peut cacher cette minoration du nombre des interpellations ?

C'est d'autant plus inquiétant, que le Chef du gouvernement a, aussi indiqué, au journal Al-Hayet : « Nous allons faire face(aux salafistes jihadistes) avec une extrême fermeté, mais, dans le cadre de la loi. Nous serons inflexibles », et c'est, justement, ce « mais »qui m'inquiète. Car réfléchissons, un peu. Lorsque l'on fait face, à une menace quelconque, quand on est à l'étranger, et que l'on s'adresse à un organe d'information étranger, a-t-on besoin, s'agissant du traitement de cette menace, d'ajouter: « dans le cadre de la loi » ? N'est-ce pas, à la fois, implicite et évident ? À moins qu'il y ait un message à décoder. Et si message il y a, il s'adresserait à qui ? Certainement pas à l'étranger, en tout cas. Evidemment, loin de moi, l'idée de faire un procès d'intention, à qui que ce soit. Attendons, donc, que le Chef du gouvernement s'exprime, de nouveau, sur ce sujet, à son retour à Tunis avant de tirer des conclusions.

Pour être, totalement, objectif, l'on doit mettre au crédit du gouvernement, en particulier son Chef, Ali Larayedh, et le Ministre de l'intérieur, Lotfi Ben Jeddou, le fait d'avoir fait, entièrement, confiance, aux forces de sécurité. C'est ainsi que dans les rangs des forces de l’ordre, dont les syndicats se plaignaient, fin avril et début mai, de l’absence de directives, claires et précises, pour lutter contre les jihadistes, de jebel Chaâmbi, on se satisfait des ordres reçus, dimanche, 19 mai, pour faire face à la menace sécuritaire, tant à Kairouan, qu'à la cité Ettadhamen. En vérité, c'est un fait nouveau, et il mérite d'être salué, en tant que tel.« L’administration a, cette fois-ci, été claire, et elle nous a fourni les moyens nécessaires »,a dit, à l’AFP, Sami Gnaoui, du syndicat de la Garde nationale. Les forces de l'ordre ont prouvé qu'elles sont dignes de cette confiance, placée en elles. Les échauffourées, malgré leur violence, inouïe, n'ont fait, somme toute, que peu de dégâts, sur le plan humain, notamment.

La détermination et le professionnalisme des forces de l'ordre, sont venus à bout de la menace jihadiste d'Ansar Al-Chariaa. Pour un temps, s'entend. Le chef du mouvement Ansar Al-Chariaa, Abou Iyadh, un vétéran d’Al-Qaïda, en Afghanistan, ne l'oublions pas, recherché par la police, depuis l’attaque de l’ambassade des Etats-Unis, n’a pas donné de signe de d'apaisement. Bien au contraire. Dans un enregistrement, diffusé tard, dimanche, 19 mai, il assure que ses partisans ne pouvaient être « vaincus » malgré la « persécution ».Voulant, sans doute, remonter le moral de ses troupes, en débandades, dimanche dernier, il leur a dit : « Vous avez montré, au monde entier, que vos efforts ne peuvent être vaincus, malgré la persécution de vos chefs ». Ainsi, cet homme qui est lié à l’attentat qui a couté la vie du commandant Massoud, chef de la résistance, aux talibans afghans, deux jours avant les attentats du 11 septembre 2001, se sent « persécuté »,en Tunisie. Décidemment, on aura tout vu.

Mais, le plus important, pour moi, c'était d'attendre la réaction de Rached Ghannnouchi, en personne. Je me suis armé de patience, en me disant, que, fidèle à son habitude, il mettra, sans doute, 10 à 15 jours avant de réagir, officiellement. C'est pour vous dire, mon grand étonnement, en lisant, dès le lendemain, c'est-à-dire, lundi, 20 mai, sa réaction, que je vous livre, ici : «Je considère que ce jour, même si ce n’était pas un jour de joie, est un jour de victoire pour la loi et pour l’État. Il constitue une nouvelle étape dans les rapports entre l’État et la violence». C'est, aussi, une première, en Tunisie. A propos, quelqu'un est-il en train de comptabiliser toutes ces premières, qui nous tombent du ciel ? Mais restons sérieux. L'on sait, maintenant, que les heurts ont fait deux morts, dont un ne serait lié, ni aux affrontements, ni aux salafistes, ainsi que 18 blessés, dont 15 policiers. «Nous en faisons porter l’entière responsabilité à Ansar Al-Chariaa. À leur témérité de vouloir se rebeller, contre la loi».Non, vous ne rêvez pas, c'est, toujours, le Cheikh Rached, qui parle. J'en suis épaté et tout retourné. J'espère, Cheikh, que c'est vraiment du fond du c½ur, que vous dites cela.

Comprenez mon scepticisme, à propos de vos déclarations, Cheikh. Vous nous avez, tellement, habitué, à dire, une chose et son contraire, que l'on ne sait plus sur quel pied tenir, avec vos propos. Certains ont inventé la duplicité du langage. Vous en avez fait un art consommé. Personne ne peut, sérieusement, vous le reprocher, car je vous accorde que c'est de bonne guerre et c'est une bonne arme politique, que vous maîtrisez, à la perfection. Mais est-ce une arme religieuse ? Je me le demande, vraiment. Mais, Cheikh, je vous mets au défit, de vous prononcer, de la même manière, vis-à-vis, des ligues de protection de la révolution, les fameuses LPR. Vous aviez bien déclaré, à propos des événements de dimanche, 19 mai : «Je considère que ce jour, même si ce n’était pas un jour de joie, est un jour de victoire pour la loi et pour l’État. Il constitue une nouvelle étape dans les rapports entre l’État et la violence».Eh bien, figurez-vous, Cheikh, que les LPR entrent, parfaitement, dans le cadre de ce que vous appelez : « les rapports entre l’État et la violence». Vous ne pouvez, sérieusement, le nier. Je suis de ceux qui pensent, Cheikh, que la prochaine bataille, dans le cadre de la restauration de la légitimité de l'Etat de droit, sera engagée, contre ces ligues, hors la loi. Je sais, aussi, que, contrairement, au Jihadistes, les LPR sont, encore, probablement, considérées, par vous et votre parti , comme un autre réservoir électoral, à dorloter et à préserver, en vue du prochain scrutin. Certains prétendent, même, que c'est son bras armé. Allez-vous empêcher, Cheikh, leur, prochain, démantèlement ?

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