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Paul Biya à Yaoundé, Cameroun, mars 2009 © 	REUTERS/Finbarr O'Reilly
Paul Biya à Yaoundé, Cameroun, mars 2009 © REUTERS/Finbarr O'Reilly

Cameroun - Paul Biya sera-t-il candidat? (Màj)

Depuis qu’il a fait voter, en 2008, une loi levant la limite du nombre de mandats présidentiels, personne ne doute que Paul Biya se représentera pour un sixième mandat à la tête du pays. Pourtant, à deux mois du scrutin, le président observe un étonnant silence, créant une paralysie de la vie politique.

Mise à jour, 05 septembre 2011 - C'est désormais officiel. Le président camerounais brigue un nouveau mandat de sept ans à la tête de son pays. Il a fait acte de candidature le 4 septembre 2011 avec le dépôt d'un dossier au siège d'Elections Cameroon, l'instance chargée de l'organisation des scrutins au Cameroun et le versement d'une caution de 5.000.000 de F.CFA (7.620 euros) au Trésor public, comme il est demandé à tous les candidats engagés dans la course de l'élection présidentielle prévue le 9 octobre 2011.

Paul Biya qui s'apprête donc à concourir avec vingt-neuf autres candidats déjà en lice, a longtemps fait planer le suspense sur sa participation au scrutin. Un scrutin dont la date excate n'a d'ailleurs été dévoilée que le 29 août, à un peu moins d'un mois de l'élection. Mai pour tous les observateurs, mais aussi l'opposition camerounaise, considéraient qu'il ne s'agissait que d'un secret de polichinelle. Paul Biya doit être désigné par son parti, le congrès du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RPDC) prévu les 15 et 16 septembre.

                                                 ***

C’est le 3 novembre 2004 que Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, a prêté serment pour la dernière fois. Selon la Constitution, l’élection présidentielle devrait se tenir entre le 14 septembre et le 14 octobre 2011. Les semaines passent et … rien. La date exacte du scrutin n’est toujours pas fixée. Le Congrès du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, parti au pouvoir) censé introniser son président national pour le futur scrutin n’est même pas encore annoncé. Tout au plus, sait-on qu’il se tiendra «avant les élections».

De quoi alimenter la polémique dans un contexte international particulier où plusieurs dirigeants occidentaux ont clamé dans la foulée du printemps arabe que les temps avaient changé. En juin, Hillary Clinton la secrétaire d’Etat américaine épinglait lors de son discours devant l’Union africaine à Addis Abeba en Ethiopie, la longévité au pouvoir de certains dirigeants. En juillet, c’était au tour d’Henri de Raincourt, ministre français de la Coopération, de déclarer sur RFI à l’issue de sa tournée africaine que «aujourd’hui on ne pourra plus (…) rester aussi longtemps au pouvoir qu’il y a encore quelques années». Des propos qui n’ont pas manqué de faire sensation dans un pays où la moindre phrase, la moindre attitude de l’étranger est disséquée et interprétée à l’envi. La presse commente ainsi l’isolement, selon elle, du pouvoir camerounais ainsi que le risque d’un cafouillage post-électoral qui susciterait inévitablement un tollé de la communauté internationale.

Le compte à rebours enclenché

Du côté de l’opposition, on joue la montre. Les états majors des différents partis, pris de court par le manque de lisibilité du RDPC sont suspendus à l’annonce de la date définitive du scrutin. Le Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem) d’Anicet Ekane et plusieurs petits partis réclament déjà un report, arguant de l’impossibilité d’organiser correctement les élections d’ici octobre. D’autres formations, tel le Mouvement progressiste de Jean-Jacques Ekindi, mettent au contraire en garde contre une prorogation du mandat de Paul Biya au-delà de son terme. Le Social Democratic Front —première formation d’opposition en terme de députés— fait durer le suspense. Le parti de John Fru Ndi, le principal opposant à Biya qui ne s’est pas non plus porté candidat, promet une réunion au sommet ce week-end à l’issue de laquelle une ligne de conduite devrait enfin arrêtée. Tous continuent de réclamer la refonte des listes électorales et de dénoncer la coloration jugée trop proche du pouvoir d’Elections Cameroon (Elecam), la structure en charge d’organiser l’élection. Ceci malgré l’élargissement récent du conseil électoral de cette instance de 12 à 18 membres. Tout l’enjeu pour cette opposition émiettée est en réalité de ménager ses forces pour une campagne qui pourrait bien être très brève sans pour autant se laisser prendre de court par le pouvoir.

Des signes qui ne trompent pas

En attendant, quelques soient les raisons exactes de ce que la presse a appelé le «faux suspense» du président Paul Biya le processus électoral se poursuit sous les feux des critiques de l’opposition. Elecam se félicite d’avoir à la mi-juillet, 7 millions d’inscrits sur les listes électorales et martèle, malgré la polémique, qu’elle tiendra ses délais.

Pas besoin d’être un observateur avisé pour noter par ailleurs des signes avant-coureurs de campagne électorale: l’annonce en grande pompe du recrutement prochain de 25.000 jeunes dans la Fonction publique en février —les premières listes de présélectionnés ont été affichées il y a quelques jours après plusieurs mois d’attente. Mais il y a aussi la publicité gouvernementale autour de plusieurs grands projets ou encore des spots publicitaires diffusés récemment sur la radio publique, signés d’organisations religieuses et vantant la paix dans le pays. Sans oublier l'Appel du Peuple qui en est à son cinquième volume, ces compilations de «motions de soutien et de déférence» au chef de l’Etat, signés de ses partisans et l’appelant à se porter candidat.

Nul n’ignore par ailleurs que le deuxième président du pays depuis l’indépendance en 1960, âgé de 78 ans dont bientôt cinquante dans les arcanes du pouvoir, a fait preuve à maintes reprises de sa maîtrise du temps et des rouages du jeu politique camerounais… En attendant, celui sur qui tout semble reposer est en séjour privé à l’étranger depuis bientôt quinze jours entourés seulement de ses très proches. Prépare-t-il son retour dans l’arène politique ou réfléchit-il à un coup de théâtre dont lui seul a le secret à l’instar de son prédécesseur Amadou Ahidjo qui, à la stupéfaction générale, démissionna de ses fonctions en 1982 après plus de vingt ans de pouvoir? A Yaoundé chacun y va de sa petite théorie à ses heures perdues tandis que —calendrier électoral oblige— on s’achemine à grands pas vers le dénouement de l’intrigue.

Sarah Sakho

 

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Sarah Sakho

Sarah Sakho. Correspondante de RFI au Cameroun.

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