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Dimanche 19 mai 2013 : Jour de gloire et d’espoir

Par Ridha Ben Kacem

Chacun est prévenu : Lorsque les forces de sécurité font, correctement et professionnellement, leur boulot, sans mauvaises interférences, et sans, intempestives, interventions, les résultats sont, généralement, garantis. En ce dimanche 19 mai 2013, les mordus d'Ansar Al Chariaa ont en fait l'amère expérience. Pour ceux qui se sont donné le mot d'ordre de ridiculiser les policiers, lâches et poltrons, à leurs yeux, savent, maintenant, de quel bois se chauffent ces derniers quand on les chatouille là où il ne faut pas. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir voulu mettre en scène, leur performance annoncée, prenant à témoin, l'ensemble de la population. Ceux qui voulaient nous faire croire qu'ils sont les véritables dépositaires de l'Islam, ont subi un revers dont ils se souviendront, longtemps, encore. Pour eux, ce dimanche 19 mai 2013, aura été le jour le plus long, mais, certainement pas, le dernier.

En effet, il ne faut pas croire qu'Ansar Al Chariaa a été, définitivement, terrassé. En réalité, tout ce que l'on peut espérer, c'est de voir leur capacité de nuisance réduite quelque peu, en attendant d'autres occasions, d'autres confrontations ( ?) pour l'éroder et l'aplanir, significativement. C'est très important, pour la société civile, et c'est, primordial, pour la poursuite du processus de démocratisation du pays. En aucun cas, ce processus n'aurait pu se poursuivre, sous la menace, permanente, non seulement, de perpétuation d'actes de violences, mais surtout, en raison de la fascination, exercée par ce mouvement, sur une jeunesse en perte de repères, tentée de croire, en rejoignant ses rangs, assurer son au-delà radieux, à défaut de pouvoir vivre et prospérer, ici-bas. On l'aura compris, cette défaite sonnera le glas, de cette capacité d'engranger, en grand nombre, les recrues, venant grossir les rangs d'un mouvement, qu'elle croyait invincible, parce que craint par la foule, et s'autoproclamant, au dessus des lois.

Ansar Al Chariaa savait bien, qu'il risquait de perdre la face, à Kairouan, d'où son plan « B » : investir la cité d'Ettadhamen. A défaut de symbole aghlabide, fort et décryptable pas tous, tant en Tunisie, qu'à l'étranger, Ansar Al Chariaa s'est replié dans le secret, semble-t-il, sur ses bases arrières, les cités populeuses de Tunis, qu'il occupait, incontestablement, depuis la Révolution. Il était important, pour ce mouvement, de créer, quand même, l'événement, en frappant fort, tout en assurant le spectacle, aux yeux de la population. Encore une fois, la police et les forces de sécurité ont fait la démonstration de leur capacité de prévention, et d'adaptation. Elles ne se sont pas laissées faires et n'ont pu être, à aucun moment, débordées. Elles ont même, réussi un coup de maitre : Débarrasser la cité Ettadhmen de ce cancer qu'est Ansar Al Chariaa, même pour un temps. Il fallait le faire et cela a été, magistralement, fait.

Même si c'est du provisoire, la victoire mérite, tout de même, d'être, convenablement, saluée, en tant que telle. Ni plus, ni moins. Ansar Al Chariaa a perdu son aura et n'aura plus, jamais, cette, irrésistible, attractivité, sur une jeunesse déboussolée. Une jeunesse qu'il va falloir, tout de même, débosseler de son, irrésistible, envie de se suicider, d'une manière, ou d'une autre, au nom d'une quelconque cause, y compris celle de se donner en spectacle sous les feux de la rampe. Ce n'est pas pour rien, que, sur les quelques 600 immolations, par le feu, enregistrées dans le monde, depuis plus de 20 ans, environ, 170 ont été enregistrés, en Tunisie, en deux ans et demi. Ces données doivent être profondément, méditées. On ne s'en sortira jamais, si la remise à plat, de nos certitudes et de nos convictions, n'est pas accomplie à dessein. L'oublier, dès le 20 mai, serait la plus grave erreur à commettre. Ne sous-estimons pas la capacité du phénix à renaitre, de ses propres cendres, en peu de temps. Qu'allons nous offrir, en échange du mirage salafiste, à cette jeunesse qui a cru trouver, en la barbe, le kamis, et parfois, la kalachnikov, la solution à tous ses maux et les mots, qu'il faut prononcer, pour être, enfin, écoutée ?

Oublier que jeunesse, signifie révolte, c'est oublier son propre passé. Quand le porte-parole d'Ansar Al Chariaa, Seif-Eddine Raïs, a prétendu, que nul besoin d'une «autorisation du gouvernement pour prêcher la parole de Dieu et nous le mettons en garde contre toute intervention de la police pour empêcher la tenue du congrès »,cela ne sonne creux, qu'aux oreilles de ceux qui n'entendent rien. Usant d'un langage radical, le porte-parole d'Ansar Al Chariaa a appelé ses partisans à ne «pas céder aux tawaghit (les tyrans) au pouvoir et à leurs lois civiles et à se réunir, pour la tenue d'un congrès, autorisé par Allah».Seif-Eddine Raïs se place, ainsi, d'emblée, au dessus des lois. Cela interpelle, particulièrement, les jeunes en révolte, contre les conventions et les inerties du système. Ils ne peuvent ne pas y voir une réponse, à leur mal être et leurs déboires. Vous en convenez ?

Tous les ingrédients étaient réunis, dimanche 19 mai, pour une confrontation autant imprévisible, qu'hasardeuse. Et pour que la mayonnaise prenne bien, du côté d'Ansar Al Chariaa, il n'a pas manqué le tour des chouyoukh salafistes de chez nous. Dénonçant une crise factice, engagée par les autorités, pour déstabiliser le pays, ils n'avaient pas manqué d'affirmer que le déploiement sécuritaire, à Kairouan, et les déclarations du ministre tunisien de l'Intérieur, lotfi Ben Jeddou, confirment que «certaines parties, veulent aller à la confrontation, avec une large catégorie de la jeunesse du pays, en obéissant à des pressions extérieures, visant à semer l'anarchie, dans le pays, et à frapper le réveil (sa7wa) islamique par des mains tunisiennes».Ansar Al Chariaa et son porte parole savent y faire. D'abord, ce n'est pas Ansar Al Chariaa qui est visé, par les autorités, mais, « une large catégorie de la jeunasse du pays ».Devinez le sens donné à « catégorie » de jeunesse. Ensuite, l'argument identitaire est, de suite, présenté sur un plateau. Annoncer que c'est l'étranger qui en veut à Ansar Al Chariaa, devait entrainer une saine, réaction immunitaire, de l'organisme attaqué, en l'occurrence, la Tunisie. On peut rêver.

C'est à travers cette grille de lecture, à mon avis, qu'il faut interpréter la seule réaction de soutien dont à bénéficié le mouvement Ansar Al Chariaa. En effet, l'autre parti salafiste, Hizb Al Tahrir, a, ainsi, dénoncé, pour sa part, la décision gouvernementale, en appelant, néanmoins, Ansar Al Chariaa à éviter la confrontation. «Nous disons à Ansar Al Chariaa, que nous considérons comme prioritaire et sage, d'annoncer le report du congrès, en en faisant porter la responsabilité entière au pouvoir»,relève ce parti, dans un communiqué. Autrement, «dimanche sera un jour de confrontation sanglante», avait prédit ce mouvement. « Une confrontation sanglante »,à mettre sous le dos du pouvoir, en place, bien évidemment. C'est à la fois subtil est astucieux. Hizb Al Tahrir s'associe et se dissocie, à la fois, d'Ansar Al Chariaa. Comme on dit, chez nous, « dé5il fir'rib7, 5arij fil'5sara». La tentative de récupération est de bonne guerre. Réussira-t-elle ? Nul ne le sait, pour le moment.

Mis qu'en est-il de l'attitude d'Ennahdha ? Notons d'abord, l'inimaginable absence des ténors et des commandants des escadres gouvernementales. Je n'ose dire qu'elles ont fui la zone de turbulence ou de combat. L'on a pu noter, par contre, la fermeté du Ministère de l'Intérieur, des forces de sécurité et de Lotfi Ben jeddou, en particulier. Chapeau bas, messieurs, la Tunisie vous doit beaucoup, en ce dimanche 19 mai 2013. Surtout la fierté retrouvée. Oui, en ce dimanche 19 mai on est, de nouveau, fier d'être tunisien. On est fier d'afficher notre spécificité. Cette fermeté, affichée, d'un GRAND ministre de l'intérieur, trouve un soutien politique chez le président du parti au pouvoir Rached Ghannouchi, en personne. Ce dernier a affirmé que les «autorités doivent appliquer la loi sans distinction, nous soutenons la fermeté du gouvernement à faire appliquer la loi pour tous».Dont acte.

Ainsi, donc, le temps de la «pédagogie»,si chère, au Cheikh, avec ces illuminés radicaux, semble, révolu ou du moins passé de mode. Le torchon a, vraisemblablement, brûlé entre Ennahdha et les courants salafistes, du pays. C'est, en définitive, une question de leadership. Constatant qu'elle ne peut, réellement, intégrer, en son sein, les salafistes, Ennahdha semble s'être résolue, à les affronter, pour réduire leur influence, dans la société, à défaut de pouvoir les éradiquer, définitivement. Longtemps considérées, par les opposants tunisiens, comme indulgentes envers les radicaux, les autorités tunisiennes, sous la responsabilité, directe, d'Ennahdha, et de son conseil de Choura, ont visiblement changé de stratégie, envers ce courant extrémiste. L'attaque de l'ambassade américaine, l'assassinat de Chokri Belaïd et les affrontements de jebel Châambi ont fini, semble-t-il, par avoir raison, de la patience, voire, du laxisme d'Ennahdha. La fermeté est, désormais, de mise. Tout le monde l'a compris, Ennahdha, en premier, il y va de l'avenir de la Tunisie.

Reste à analyser les réactions de l'opposition. Eh bien, faute de recul suffisant, pour ne pas dire, d'éléments concrets, je ne peux rien dire, à ce propos. Etrange, tout de même, de voir cette opposition, qui n'a raté aucune occasion, par le passé, de monter au créneau, à propos des exactions commises par les salafistes, prendre, autant, de recul et de temps, pour réagir, après coup. Je préfère m'arrêter là de peur de dire peut-être, n'importe quoi.

Par Ridha Ben Kacem le 20 MAI 2013

Tunisie Focus

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