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Santé de Bouteflika : Le pouvoir veut imposer le silence

Liberticide. Le pouvoir a empêché la parution du quotidien francophone Mon Journal et son pendant arabophone, Djaridati, pour avoir annoncé que le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, serait rentré mercredi soir en Algérie dans un état «comateux».               Le quotidien appartenant à Hichem Aboud a publié en double page, dans son édition qui a fait l'objet d'une interdiction de tirage, des informations qui font état de «détérioration» de l'état de santé de Abdelaziz Bouteflika, hospitalisé depuis le 27 avril au Val-de-Grâce. Les deux journaux ont été saisis samedi soir à l'imprimerie, après que le directeur de publication ait refusé de supprimer les deux pages en question comme l'exigeait le ministère de la Communication. C'est le premier cas de censure lié à un écrit de presse depuis des années. Retour de l'imprimatur. Une atteinte à la liberté de publication et de la presse, dès lors que le ministère de la Communication s'est donné le droit de regard sur le contenu d'un journal portant sur l'état de santé du président de la République, dont tout le monde sait qu'il est hospitalisé depuis trois semaines. Le directeur de la publication du quotidien d'information Mon Journal, Hichem Aboud (ancien officier de la sécurité militaire, bras droit du général Mohamed Betchine) accuse clairement le ministère de la Communication d'être responsable de la saisie de son journal. Cependant, le département de Mohamed Saïd Oubelaïd se défend de toute censure. Concernant les quotidiens Mon Journal et Djaridati, le ministère n'a donné «aucun ordre de censure» de ces quotidiens qui continueront à être imprimés par les entreprises publiques, a encore ajouté le ministère. «C'est le directeur de ces publications qui a initialement accepté de renoncer à leur impression après les observations qui lui ont été faites sur  le non-respect de l'article 92 de la loi organique relative à l'information», justifie-t-il. Le ministère de la Communication s'est appuyé, pour l'interdiction du journal, sur l'article 92 de la loi qui stipule que le journaliste doit notamment «respecter les attributs et les symboles de l'Etat, avoir le constant souci d'une information complète et objective, rapporter avec honnêteté et objectivité les faits et événements et rectifier toute information qui se révèle inexacte». Le ministère a jugé que les deux journaux «donnaient des informations erronées» et «totalement fausses» sur l'état de santé du président Bouteflika. Une fausse information peut-elle justifier ainsi la saisie d'un journal ? Un démenti aurait suffi. Le Syndicat national des journalistes (SNJ) parle d'acte «liberticide». «Par cette décision étrange, l'Algérie fait un bond spectaculaire dans le passé et renoue avec des pratiques que l'on croyait à tout jamais révolues», a condamné le SNJ. Panique à bord Et comme si la  saisie du journal n'a pas suffi, la justice s'est mise en branle. Hier, le parquet général près la cour d'Alger a ordonné des poursuites judiciaires à l'encontre de Hichem Aboud pour «atteinte à la sécurité de l'Etat, à l'unité nationale et à la stabilité et au bon fonctionnement des institutions». Accusation qui paraît disproportionnée, grave et extrêmement sévère, qui rappelle les sinistres chefs d'inculpation brandis contre les militants de la démocratie du temps du parti unique. Le parquet s'est promptement autosaisi. Une première. «Suite aux propos tendancieux tenus sur certaines chaînes d'information étrangères, dont France 24, par le dénommé Aboud Hichem, sur l'état de santé du président de la République, selon lesquels il se serait dégradé allant jusqu'à déclarer que le chef de l'Etat serait dans un état comateux, compte tenu de l'impact négatif direct de ces rumeurs sur l'opinion publique nationale et  internationale et eu égard au caractère pénal de ces propos infondés, le parquet général près la cour d'Alger a ordonné des poursuites judiciaires à l'encontre du concerné pour atteinte à la sécurité de l'Etat, à l'unité nationale et à la stabilité et au bon fonctionnement des institutions», précise le communiqué du parquet. Mais qu'a dit alors Hichem Aboud de si dangereux pouvant porter atteinte à la sécurité de l'Etat ? «Il y a une aggravation, une détérioration de son état de santé, c'est pour cela qu'il a été évacué sur Alger, c'est-à-dire qu'au Val-de-Grâce on ne pouvait plus rien faire pour lui. On nous dit qu'il est dans un état de coma profond, un coma qui peut se prolonger plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Voilà ce qui est dans le contenu des deux pages.» Voilà ce qu'a déclaré M. Aboud à France24. Depuis quelques jours, de nombreux leaders politiques exigent des autorités politiques du pays de dire «la vérité aux Algériens». D'autres demandent même l'application de l'article 88 de la Constitution confirmant «la vacance du pouvoir». Visiblement pris de court et surtout de panique, le pouvoir, en imposant un black-out autour de la santé du président Bouteflika, cherche à faire taire toute voix discordante. Il use de méthodes musclées. Le pouvoir veut imposer le silence.  

El Watan

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