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Orpaillage illégal : L’EXASPERATION DES SOCIETES MINIERES

L'opération de déguerpissement menée sur le site minier de la société AGG à Kobada et Forogo constitue l'amorce d'un processus de formalisation du secteur 

Ce n'est certes pas encore la fin de l'ère artisanale de l'exploitation de l'or, mais la descente effectuée en début de semaine par les forces de l'ordre dans les sites d'orpaillage à Kobada et à Forogo (cercle de Kangaba) sonne comme la manifestation d'une exaspération longtemps réprimée par les sociétés minières dont les permis sont littéralement envahis par l'activité d'orpaillage. L'opération de déguerpissement, conduite par deux escadrons de la gendarmerie de Koulikoro et de la garde nationale, restera longtemps gravée dans la mémoire des orpailleurs. Bilan de l'opération : plus d'une vingtaine de grosses machines, des pelleteuses, des motopompes, des groupes électrogènes et autres camions bennes saisis par les forces de l'ordre.

Ce déguerpissement a longtemps été souhaité par les sociétés minières présentes dans la zone de Kangaba. Le ministère des Mines a adressé à plusieurs reprises des correspondances dans ce sens au département de l'Administration territoriale et à celui de la Sécurité intérieure. L'occupation illégale des permis des sociétés minières a plusieurs fois fait l'objet de communications verbales au Conseil des ministres.

L'escadron conduit par le lieutenant-colonel Baba Bagayoko, commandant du groupement territorial de la gendarmerie de Koulikoro, n'a pas lésiné sur les moyens. Selon l'officier, l'opération a été soigneusement menée. Aucun dérapage n'est à signaler, assure-t-il pour démentir les allégations faites faisant état de morts et de blessés graves. « Nous avons conduit cette opération dans les règles de l'art. Des instructions nous ont été données pour éviter tout excès. J'ai ordonné aux troupes de procéder d'abord aux techniques dissuasives. Nous avons procédé alors par les vagues de refoulement. Quelques intrépides ont quand même reçu des coups de matraque sur les pieds et sur des parties du corps moins sensibles. Dieu merci, les éléments ont suivi les ordres à la lettre. Et nous n'avons jusqu'à preuve de contraire enregistré aucune perte en vie humaine. Ni parmi les orpailleurs, encore moins parmi les forces de l'ordre comme cela avait été rapporté ailleurs », a-t-il témoigné.

L'opération a été, évidemment, bien accueillie à la société African gold group (AGG) qui accuse un retard suite à l'occupation illégale de son permis. « C'est un ouf de soulagement. Nous étions confrontés à ce problème depuis plus de 6 mois. Nous avons effectué des démarches pour faire partir les orpailleurs de cette zone qui recouvre la structure même de notre permis. Nous sommes même allés jusqu'à proposer une autre zone de notre permis aux orpailleurs. Malheureusement, toutes ses alternatives sont tombées dans l'oreille d'un sourd. Nous nous sommes tournés vers les autorités, mais là encore nous n'avons pas eu gain de cause. Le problème c'est que notre chronogramme en souffrait terriblement. Dieu merci, nous avons été finalement entendus par le département des mines qui nous a toujours soutenus dans notre démarche », se félicite Sékou Konaté, le directeur général de la société.

 

L'AU-DELA. Ces dernières années, l'orpaillage prend une ampleur croissante dans notre pays. Aujourd'hui, l'activité est complètement sortie de son contexte artisanal. L'origine de l'orpaillage est à chercher au Moyen âge. A cette époque, les orpailleurs avaient une technique d'extraction du métal jaune consistant à étaler de la paille sur un plancher incliné d'environ 45°. Le minerai était répandu sur ce dispositif appelé la batée avant d'être récupéré sous forme de boue dont on séparait ensuite les pépites d'or. L'on appelle ce procédé « extraction d'or par batée ». La procédure ne nécessite pas de moyens techniques sophistiqués et encore moins de produits chimiques. Elle est simplement mécanique.

Par contre, les techniques utilisées de nos jours par les orpailleurs sont dignes des unités industrielles. Les pioches, les piques, les seaux et autres outils rudimentaires ont fait place aux pelleteuses, aux grosses machines d'excavation, aux camions et autres équipements modernes. Et à l'utilisation de substances chimiques comme le cyanure ou le mercure.

Site orpaillage 1L'activité représente une manne financière importante pour l'économie nationale et locale estimée à plusieurs milliards Fcfa par an. Cet aspect financier ne peut occulter les effets négatifs de l'orpaillage. Sur les placers, les médecins signalent un taux élevé de prévalence du Vih Sida et autres maladies infectieuses. Le paludisme, le choléra et autres maladies hydriques déciment les populations riveraines des zones d'orpaillage. La nature n'est pas protégée. Les trous et les cratères laissés par l'activité à Kobada dessinent un décor lunaire et désolé. Les effondrements sont fréquents. Les morts d'hommes, suite à ces accidents telluriques, sont monnaie courante. Cruelle ironie : l'un des cratères est même appelé l'au-delà puisqu'il renfermerait plus de 40 corps et d'importants matériels et équipements, témoigne Mama Landouré, géologue à la société AGG.

L'orpaillage ne relève pas d'une problématique que sociale mais aussi économique. L'activité piétine en effet les plates-bandes des sociétés minières. « Ce que nous voyons aujourd'hui n'est plus de l'orpaillage. C'est de l'exploitation industrielle. Ils utilisent des machines pour excaver sur nos permis. C'est du brigandage », s'indigne Oumar Diallo « Birus », le patron de New Gold, une société en exploration à Bagama et Banankoro dans le cercle de Kangaba. « Nous ne pouvons pas comprendre que nous payons des impôts et des taxes et que les gens viennent occuper illégalement nos permis achetés à prix d'or à l'Etat. C'est une question de bon sens. Ceux qui pensent que cette opération de déguerpissement est injuste ignorent complètement la législation qui régit le secteur minier dans notre pays. C'est vrai que les sociétés minières investissent et exploitent les ressources, mais cela se fait dans le cadre d'un canevas légal qui est le Code minier. Cette loi définit les rôles et les responsabilités de l'Etat et des sociétés minières l'un vers l'autre », indique Oumar Diallo.

Le Code minier et les conventions d'établissement définissent les conditions d'entreprise dans le secteur minier. Les sociétés minières ont l'obligation de préserver l'environnement et de générer des profits pour le développement communautaire et national à travers la mise en ½uvre de projets tels que la construction d'écoles, de centres de santé, d'ouvrages hydrauliques, la microfinance, etc. Elles veillent donc à la protection de l'environnement par des techniques de recyclage et de destruction des déchets liquides. Dans le cadre de la réglementation, l'Etat a l'obligation de protéger les sociétés minières et leurs biens.

 

MELTING-POT. « Le problème est national et il doit être traité comme tel. Aujourd'hui, c'est le site de AGG, demain c'est le tour d'autres sites miniers. Il faut que l'Etat prenne ses responsabilités. Ce qui se passe sur les placers relève de la déconfiture de l'autorité de l'Etat. Ces orpailleurs arguent que la terre leur appartient. Mais c'est une méconnaissance du Code domanial. Au Mali, la terre n'appartient qu'à l'Etat. Penser le contraire n'est qu'une aberration pure et simple », soutient Diomansi Bomboté, le conseiller à la communication à AGG. La conférence des donateurs tenue à Bruxelles (NDLR : le 15 mai) sur notre pays offre une occasion aux autorités de prendre leurs responsabilités. « Le monde entier nous a à l'½il. On ne peut pas convaincre les investisseurs de venir chez nous alors que nous n'arrivons pas à mettre de l'ordre dans le pays », analyse notre confrère au fait du secteur.

Plusieurs sociétés ont préféré aller s'installer dans des pays voisins. Les nouveaux pays d'accueil s'en félicitent si bien qu'ils envisagent de détrôner le Mali de son rang de troisième pays producteur d'or en Afrique après l'Afrique du Sud et le Ghana. A ce propos, il est de notoriété publique que des quantités d'or exportées sous le label de ces pays voisins sont d'origine malienne du fait de l'expansion incontrôlée de l'orpaillage.

Certains sites constituent un véritable « melting-pot ». On y croise presque toutes les nationalités de la sous-région. Burkinabè, Sénégalais, Nigériens, Libériens, Sierra Léonais, Togolais, Béninois, Ghanéens, Guinéens, Gambiens, Ivoiriens et autres Nigérians, tous sexes confondus, exercent à côté des nos compatriotes, dans la mine, le négoce, le petit commerce, la restauration et ... même la prostitution. Mais plus pour longtemps. Les pouvoirs publics sont plus que jamais déterminés à circonscrire l'activité dans un cadre formel. Le département des Mines veille à faire régner l'ordre dans ce domaine, assure le colonel-major Allaye Diakité, haut fonctionnaire de défense au ministère des Mines. L'officier prône d'étendre l'opération à l'ensemble du territoire national et d'installer des unités permanentes sur les sites miniers. Une proposition que soutiennent, naturellement, les sociétés minières prêtes à y contribuer financièrement.

L. DIARRA

 

L'essor

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