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La fiction de la virginité chez les Arabes

 « C’est une des superstitions de l’esprit humain d’avoir imaginé que la virginité pouvait être une vertu. » [ Voltaire ]

Au cours de l’histoire humaine, surtout avant l’apparition des grandes religions, mais encore aujourd’hui dans les sociétés dites « primitives » comme chez les Incas du Pérou et autres cultures amérindiennes, la virginité constitue généralement un signe d’impopularité : elle y est consacrée à une divinité et la jeune fille devait la perdre avant le mariage.

À l’inverse, dans les cultures patriarcales actuelles, surtout celles où la religion dominante associe le sexe hors mariage au péché, la virginité revêt une connotation positive : elle est associée à la propreté et à la pureté. Dans ces cultures, la virginité est ainsi rattachée à la notion d’honneur : la non-virginité de la femme avant le mariage y est considérée comme un déshonneur pour la famille.
Dans « Le tabou de la virginité« , daté de 1918, Freud écrit: « Celui qui a apaisé le premier le désir amoureux de la jeune fille longtemps et péniblement retenu, et a vaincu, de ce fait, les résistances qu'avaient érigées en elle les influences de son milieu et de son éducation, celui-là établit avec elle une liaison durable qui ne pourra plus s'établir avec aucun autre homme. Sur la base de cette expérience, la femme entre dans un état de sujétion qui garantit sa possession permanente et tranquille et la rend capable de résister aux impressions nouvelles et aux tentations étrangères. »
La virginité aurait donc évolué dans l'Histoire vers la conception d'un  » bien auquel l'homme ne doit pas renoncer  » et dont la perte en dehors du mariage ferait inévitablement chuter à la bourse des échanges la valeur sexuelle de la femme -ce que le vocabulaire érotique nomme son petit capital. Entamé par n'importe qui, le corps féminin ne serait plus sincère et véritable. Mais Freud a beau jeu de rappeler que l'estimation de la virginité chez les peuples primitifs était en relation avec le tabou de la virginité : le premier rapport sexuel était un acte « lourd de conséquences « , dans la mesure où « le sang doit y couler » et qu'il faut éviter à l'époux l'hostilité et les représailles liées à une blessure narcissique.
Préserver la virginité, c'est donc socialiser la sexualité, c'est maîtriser les pulsions individuelles anarchiques, non contrôlées par la communauté. Ce ne sont pas deux individus qui se marient, mais deux familles, deux clans, deux tribus, deux communautés qui perpétuent et/ou créent l'alliance matrimoniale.
Dans les sociétés modernes, ce type de considération tend à disparaître avec le changement des m½urs, telles que la libération de la femme et la libéralisation de la sexualité. Mais cet impératif matrimonial -la virginité- a survécu tant bien que mal à la modernité et semble avoir trouvé une seconde vie à cause de l'épidémie de sida en Afrique, et à cause de l'épidémie intégriste/islamiste dans le monde musulman.
Ceci nous rappelle la boutade de Jules Renard : « L’amour d’une vierge est aussi assommant qu’un appartement neuf. Il semble qu’on essuie les plâtres. Il est vrai qu’on n’a pas à redouter les germes maladifs, pestilentiels, d’un autre locataire ».
Dans « Psychanalyse des Mille et Une Nuits » Malek Chebel montre qu’il a fallu aux femmes arabo-musulmanes réinventer le monde à leur mesure pour le maîtriser : cloîtrées dans leur harem, en proie à l’ennui et à l’intransigeance du sérail, elles racontent des histoires dont elles sont les actrices principales. Sous leur inspiration, « Les Mille et Une Nuits » deviennent une initiation aux mystères de la chair. Malek Chebel décrypte cette ½uvre magnifique et célèbre : comment la femme, Shéhérazade, a dû réinventer le monde pour maîtriser la mort.
Il écrit : « Les fondamentalistes tiennent pour impure toute intention charnelle, et même tout clin d’½il. Mais cet islam procède d’une haine de la chair. Il condamne le corps et la nudité, et excommunie la femme au seul prétexte qu’elle est une femme. La religion de Mahomet n’a pas toujours été synonyme de frustration et de culpabilité. Par le passé, un grand raffinement a accompagné son développement, notamment en Mésopotamie, en Andalousie, au Maghreb et en Syrie. Rappelons-nous les divans recouverts de roses et les lits coquins dont parlent « Les mille et une nuits ». Mais la psychanalyse a prouvé que ce que l’on refoule le plus est cela même qui rejaillit avec une force sauvage. Tous ceux qui veulent dresser les jeunes filles selon leur vision rétrograde agissent non pas comme des musulmans, mais comme des misogynes et des machos »

La Virginité dans « Les Mille et Une Nuit »

Ouvrage de référence pour la culture arabo-musulmane, « Les mille et une nuits », consacre le conte de la 720è nuit, à « l'Histoire merveilleuse du miroir des vierges« . Ce conte vient à l'appui de cette inquiétante déclaration de Freud : « On pourrait presque dire que la femme dans son entier est taboue. »
Ce conte relate l'aventure du sultan Zeïn qui se met en quête, sur l'indication de son défunt père, d'une statuette d'adolescente en diamant qu'il n'obtiendra de son propriétaire, le Vieillard des Trois Iles, qu'en échange d'une « adolescente de quinze ans, qui soit à la fois une vierge intacte et une beauté sans rivale ! » Grand amateur de vierges lui-même, le sultan Zeïn trouve cette demande bien facile à satisfaire car « rien n'est plus commun, dit-il, dans nos pays que les adolescentes de quinze ans à la fois vierges et belles ! » Le Vieillard le détrompe et jette définitivement le doute dans l'esprit de Zeïn sur la sincérité féminine : « Et si tu penses que les adolescentes que tu as possédées étaient des vierges, tu te trompes et t'illusionnes ! Car tu ne sais pas que les femmes ont mille moyens de faire croire à leur virginité ; et elles réussissent à tromper les hommes les plus expérimentés en assauts. »
Deux questions s'imposent donc : qu'est-ce qu'une vierge et à quoi sert-elle ? Réponse : c'est une adolescente dont les « organes délicats » n'ont été ni vus ni touchés par un homme. Mais puisque la pénétration et la vision directe sont disqualifiées, comment reconnaître la virginité sans le témoignage des sens ? Eh bien, grâce au miroir que le Vieillard confie au sultan ; le miroir, cet instrument princeps du rapport au divin dans l'islam. Un miroir magique qui, affirme le Vieillard, « sera plus sûr que toutes les conjectures des hommes « . Et il poursuit à l'adresse de Zeïn : « Or, toi, dès que tu auras vu une adolescente de quinze ans parfaitement belle et que tu croiras vierge ou qu'on te donnera comme telle, tu n'auras plus qu'à regarder dans ce miroir. Et aussitôt tu y verras apparaître l'image de l'adolescente en question. Et, toi, ne crains pas de bien examiner cette image : car la vue d'une image dans le miroir ne porte point atteinte à la virginité d'un corps, comme le fait la vue directe du corps lui-même. Or, si l'adolescente n'est pas vierge, tu le verras bien à l'examen de son histoire qui t'apparaîtra grossie et béante comme un abîme ; et tu verras également le miroir se ternir comme d'une buée. Mais si, au contraire, Allah veut que l'adolescente soit restée vierge, tu verras t'apparaître une histoire pas plus grosse qu'une amande décortiquée ; et le miroir se conservera clair, pur et net de toute buée ! »
L'examen par l'entremise du miroir d'innombrables vierges ou prétendues telles, tant en Égypte qu'en Syrie, va convaincre Zeïn de son erreur, puisque ce qu'il croyait commun est rare au point de ne trouver dans ces pays aucune vierge authentique. Quand, après bien des tribulations, il en découvre une en Irak, « il put ainsi voir, blottie au sommet des colonnes, semblable à une toute petite colombe, une miraculeuse histoire scellée du sceau intact de Souleïmène (…) Et il la considéra plus attentivement, et, à la limite de la jubilation, il constata que ton histoire, ô Latifah, était en tous points semblable à une amande décortiquée. Gloire à Allah qui conserve les trésors et les réserve à ses Croyants ! » Transi d'amour, mais fidèle aux termes du contrat, Zeïn cédera au Vieillard, la mort dans l'âme, l'unique vierge au monde. Or, de retour dans son palais de Bassora, le miracle aura lieu et la statuette promise ne sera autre que Latifah, la vierge livrée au Vieillard. Ce dernier, en bon ange gardien, la lui destinait : « O Zeïn, déclare-t-il, sache que dès ta naissance je t'ai pris sous ma protection. Je devais donc assurer ton bonheur. Et je ne pouvais le faire qu'en te donnant le seul trésor qui soit inestimable. Et ce trésor, c'est cette jeune fille vierge. Car la virginité, unie à la beauté du corps et à l'excellence de l'âme, est la thériaque qui dispense de tous les remèdes et tient lieu de toutes les richesses ! »
La virginité, thériaque (contrepoison) peut-être, mais contre quel venin ?

La virginité dans la culture arabo-islamique

Notons d'abord que la virginité ne correspond nullement à une prescription de la religion musulmane. En effet : (1) la «virginité» n'apparaît pas en tant que telle dans le Coran, et (2) Sur les 13 épouses du Prophète, aucune n'était vierge, sauf Aïcha, qui était impubère lors de son mariage.

Analysons maintenant ce que dit cette histoire des Mille et Une Nuit.

Schahrazade, en accédant au désir du roi Schahriar d'entendre une « histoire merveilleuse », fait preuve de sincérité en lui apprenant que la virginité précisément n'existe qu'en tant que fiction. Toutes les autres adolescentes d'Arabie et d'ailleurs, dans ce conte, témoignent de ce que la virginité est une duperie convenue entre hommes et femmes. Elle n'en demeure pas moins à la fois un fantasme et une réalité, mais elle n'a de sens qu'en fonction de ce qui s'y projette de part et d'autre. Ce n'est qu'au paradis de l'islam que la virginité des femmes est restaurée après chaque nuit d'amour. Ici-bas, l'homme et la femme sont voués à croire et à se faire croire que la virginité suspend la malédiction de la mort dans les rapports amoureux. La sincérité de leur croyance témoigne bien de « la vérité comme illusion et dans l'illusion ». Mais encore faut-il que cette illusion soit maintenue et soutenue par un « discours amoureux » qui permette son affirmation.
« Ainsi sont faits les hommes, ils aiment et prêtent à ce qu'ils aiment d'absurdes candeurs, d'idéales virginités, l'aimée fut-elle au bordel ou mère de famille nombreuse. Il leur faut, vaille que vaille, être le premier arrivé, sinon au lit, du moins au c½ur. Subtiles, leurs partenaires les entretiennent dans ces aberrations mentales, n'ont aucun mal à les persuader que deux et deux font un. J'admire les femmes; Elles ne sont pas les égales de l'homme, elles lui sont de très loin supérieures, n'ayant pas leurs navrantes naïvetés. Elles font de triomphales veuves. » L’amour baroque , [ René Fallet ]

Ce texte a été publié sur numidia.liberum.blogspot

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