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Amadou Seydou Traoré dit Djicoroni : «En écoutant l’intelligence collective du peuple, on peut tout faire, et bien faire…»

En marge de la dédicace du livre «Fil de lumière» de Sophie Petronin, nous nous sommes entretenus avec Amadou Seydou Traoré dit Amadou Djicoroni, l'éditeur du livre. Il est aussi un vieux routier de la politique dont il s'est retiré, alors qu'il était secrétaire politique de l'Us-Rda. Il nous parle de son retrait de l'Us-Rda ; de la crise que connaît le Mali, mais aussi du livre «Fil de lumière».

Amadou Seydou Traoré

Pourquoi avez-vous accepté d'éditer  le livre «Fil de lumière» ?

Amadou Seydou Traoré : Un éditeur, c'est quelqu'un qui aide ceux qui ont le courage, la volonté d'écrire, sans aucune considération sur le contenu et la ligne que suivent les auteurs. Notre devoir est de faire en sorte que les idées, les suggestions, les sentiments, et l'expression de ceux qui veulent bien échanger avec leurs semblables, puissent être publiés. En plus de ça, le manuscrit autour duquel nous avons été invités à consacrer nos efforts, a une richesse culturelle, sociale, philosophique et morale d'une très grande importance. C'est pourquoi nous avons accepté d'emblée et nous nous sommes investis pour son édition. C'est vraiment avec plaisir que nous avons édité le manuscrit de Madame Sophie Petronin, parce que, comme elle le dit, il y a de Dieu à l'homme un «fil de lumière» qui conduit ceux qui se dévouent aux vraies valeurs, aux vrais idéaux, d'illustrer leur combat, d'étaler leur démarche et d'aboutir au succès. Elle touche à un problème récurrent de la vie de notre nation.

Vous avez été avec les pères de l'indépendance, j'allais dire avec le président Modibo Keïta. Est-ce que la voie tracée d'il y a des années, n'a pas été suivie ?

Je pense que la plupart des difficultés auxquelles notre peuple est confronté aujourd'hui, prend sa source dans le coup d'Etat qui a été perpétré le 19 novembre 1968. Et la gestion du pays qui s'en est suivie. En réalité, depuis 45 ans, on a piétiné toutes les valeurs de notre pays ; on a désorganisé toutes les structures de notre pays ; on a démantelé tous les systèmes dans tous les domaines. On remarque au bout du compte qu'on assiste à ce qu'on assiste aujourd'hui. Je pense que ces problèmes, on en connaît la source, on connaît le processus de gestation. Donc, on est susceptible de connaître les remèdes.

Vous ne pensez pas qu'il y a un problème de gouvernance à la base ?

Je pense que le mot gouvernance est un nouveau jargon. En réalité, ça passe par la prise en charge de la situation par le peuple souverain. Il faudrait que la souveraineté du peuple soit reconnue ; il faudrait que les dirigeants acceptent qu'il n'y ait d'autres maîtres sur cette terre que le peuple. En respectant le peuple, en écoutant l'intelligence collective du peuple, on peut tout faire, et bien faire. Je  pense que c'est là la solution.

En tant que Soudanais, quel commentaire faites-vous de l'intervention française au Mali ?

L'intervention française était inéluctable. Et au fur et à mesure que le temps passait, on en connaissait les motivations et la dimension. Il était évident que le Mali, sans l'intervention française, s'effondrait. Et pas seulement le Mali, c'est l'Afrique de l'Ouest dans sa totalité parce que, après Konna, Sevaré n'était en réalité pas un barrage ! Les jihadistes auraient rapidement et totalement occupé et la Côté d'Ivoire et la Guinée et le Sénégal. C'est de tout cela qu'il s'agissait. Donc, la France en venant est venue au secours du peuple malien. Mais aussi au secours de l'ensemble des peuples de l'Afrique de l'Ouest parce que la gangrène se serait répandue dans toute l'Afrique de l'Ouest. En ce moment, la gestion n'aurait peut-être pas été impossible, mais elle aurait été plus compliquée que ça ne l'est actuellement.

En vieux politicien et connaissant nos partenaires, disons la France,  est- ce qu'il y a quelque chose de particulier à Kidal ?

Je pense que parler de Kidal c'est parler de peu de choses. Il s'agit du Mali, du rapport du Mali avec le monde, et de la considération que le Mali doit avoir de la part des autres pays du monde, y compris le peuple français. Je crois qu'une des choses incontournables,  c'est de respecter le peuple malien dans sa souveraineté et dans sa dignité. Et si on respecte le peuple malien, on respectera et Kidal et tout le reste ! C'est là, il me semble, que se trouve la meilleure attitude à avoir vis-à-vis du peuple malien.

On sait que vous vous êtes retiré de la scène politique. Mais on voit que des jeunes ont redynamisé l'Us-Rda et qu'il y a une querelle avec l'Um-Rda. Comment jugez-vous cette situation?

Je ne souhaite pas commenter cette affaire. En quittant l'Us-Rda, j'ai dit quelque chose de précis : que je me retire en gardant mes convictions  intactes. J'ai des convictions Us-Rda, je mourrai avec ces convictions. Il y a dans la pensée Us-Rda, dans la valeur Us-Rda, dans l'expérience Us-Rda, quelque chose d'incontournable et de très riche : l'Us-Rda a mis au jour des idées, des stratégies, des tactiques, des méthodes d'organisation qui sont impérissables et dont tout Malien peut s'inspirer pour gérer sa période de vie, sa période de citoyenneté, son rôle d'agent de développement de son pays. C'est une source inépuisable d'inspirations. Je  pense que c'est ça qui doit être compris pour l'essentiel.

Vous avez un message ?

Le mot de la fin, c'est que je pense que le Mali, c'est l'essentiel. Quand je dis que le Mali c'est l'essentiel, c'est le peuple malien dans son ensemble ; c'est le Mali dans sa culture ; c'est le Mali dans son rôle économique et social en Afrique de l'Ouest. C'est le Mali comme symbole dans le monde, parce que le Mali dans l'histoire, c'est une grande page, c'est un grand pays, c'est un grand peuple !

Réalisée par Kassim TRAORE

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