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Celui qui circule en Tunisie, ne peut manquer de remarquer les « millions » d'étals, brinquebalants, des marchands ambulants, proposant à des prix, défiant toute concurrence, divers produits, made in China, bas de gamme et dangereux. Celui qui circule, en Tunisie, ne peut ne pas voir les centaines de sites de production, à l'arrêt ou tournant, au ralenti. Celui qui circule en Tunisie, ne peut ne pas s'étonner de se croire revenu, définitivement ( ?), au moyen âge, tant nos rues et avenues sont encombrées de saletés, d'ordures, d'immondices et de gravats. La florissante économie de la Tunisie, qui était classée la plus performante, la plus inventive et la plus productive, en Afrique, est, aujourd'hui, un vague souvenir. Notre économie est, depuis plus de deux ans, lamentablement, sinistrée. Tous les clignotants sont au rouge, depuis 2011. Personne n'y fait plus, vraiment, attention. L'inertie ou la force de l'habitude, sans doute. Pour toujours ?

Optimiste de nature, Wided Bouchamaoui, la patronne des patrons, ne semble pas le croire. Elle se bat, de toutes ses forces, pour rendre espoir à ceux qui l'ont porté, à la tête de l'organisation des partons. Sa dernière initiative a consisté à présenter un plan d'urgence pour sauver l'économie, axé sur deux points, tout autant, complémentaires, que capitaux :

1 / La reconquête des investisseurs, tunisiens ou étrangers, dégoutés, dans l'ensemble, par la place Tunisie.
2 / la reconquête des clients, de plus en plus, séduits par le produits chinois, en toc.

D’après le vice-président de l’UTICA, Hichem Elloumi, ce plan d’urgence, Présenté en marge de l'initiative de dialogue national sur l’économie, démarrée samedi, 11 mai, à Tunis, met l'accent sur la nécessité de garantir la pérennité de l’approvisionnement, au niveau de l'import et de l'export, en pénalisant, notamment, tout acte entravant ces activités. L'initiative de Wided Bouchamaoui vise à retrouver une note souveraine, meilleure, de favoriser la qualité des services publics, qui sont dans un état dégradé et dépravé, et, enfin, d'opter pour un discours économique responsable et simplifié. Tout un programme.

En plus du chômage endémique, la Tunisie souffre, faut-il le rappeler, d'un problème de faiblesse des salaires qui s'est aggravé, à la faveur de la paralysie de l'économie, après la Révolution. Pour Wided Bouchamaoui, il s'agit de synchroniser la croissance économique et le niveau des salaires, dans le but, d'une part, d’éviter l’inflation, source de détérioration du pouvoir d’achat, du citoyen, et de réunir, en même temps, les conditions nécessaires, pour la relance de la production, dans un climat, sain, permettant aux entreprises de retrouver leur compétitivité.

Bien que l’inflation s’est quasiment stabilisée à 6,4%, en avril 2013, contre 6,5%, en mars 2013 et 5,8%, en février 2013, selon les dernières données officielles, on enregistre, tout de même, une baisse continue, de la valeur du dinar tunisien, qui connait, actuellement, son niveau, le plus bas, face à l’euro et au dollar américain, principales monnaies d’échanges, en Tunisie. Ainsi, au cours de la semaine écoulée, l’euro s'est échangé à 2,144 dinars et le dollar américain à 1,63 dinar, à la fin de la première semaine du mois de mai. Il a fallu l'injection de l'équivalent de 638 millions de dinars, en devises fortes, au cours de la semaine écoulée, pour stabiliser cette dépréciation continue du Dinar. Aussi, des fortes pointes atteintes, entre les 6 et 10 mai, faisant qu'un euro s'achetait à 2,22 D et qu'un dollar valait 1,69 D, la Banque Centrale de Tunisie est-elle parvenue, à réduire, quelque peu, le glissement de notre monnaie. Ainsi, jeudi, 16 mai, l'euro s'échangeait à 2,13 dinars, et le dollar à 1,65 dinar, soit un léger mieux.

Le mouvement s'inscrira-t-il dans la durée ? Nul ne le sait, vraiment. Pourtant, la réponse à cette question est déterminante, pour le succès du plan d'urgence, proposé par Wided Bouchamaoui. Le flou artistique actuel, qui caractérise la tenue de notre monnaie nationale, face aux monnaies fortes, n'a pas empêché le gouverneur de la Banque centrale, Chedly Ayari, d'affirmer : « Objectif atteint, le marché des changes a été stabilisé ». Il a ajouté qu'« il y a donc une tendance à la stabilisation, conforme à notre objectif, qui n'était pas d'inverser la situation, mais, nous y ½uvrons. ».Inversez la situation ? Il ne faut pas rêver ! Mais, l'on peut être tenté de croire à la stabilisation de la situation, si l'on est optimiste, car le gouverneur ne nous dit rien d'autre, en ce qui concerne la prévention du risque de la dépréciation du dinar, à l'avenir, que : « Toutes les options sont ouvertes et nous y réfléchissons ». Une vraie politique d'anticipation, en somme. Chedly Ayari a révélé, par ailleurs, que de janvier à avril 2013, il y a eu injection, sur le marché financier, de 1,6 milliard de dinars, en devises, puisés dans nos maigres réserves, en monnaies fortes. Par ailleurs, ces réserves ne couvrent plus, actuellement, que 99 jours d'importations. Chedly Ayari a, de même, insisté, sur la détermination, de son institution, à ne pas dévaluer le dinar, malgré « les conseils » d'institutions financières internationales. Evidemment tout dépend de la définition que l'on donne au vocable : « dévaluation » !

Pour revenir au plan d'urgence, proposée par Wided Bouchamaoui, on peut retenir que, pour ce qui est du point numéro un, on note que l'investissement privé, en Tunisie, est en net recul, dans la mesure où il ne participe plus, actuellement, qu’à raison de 43% du total des investissements du pays, contre 62,8%, en 2010, soit une déficit de 20%, selon les derniers chiffres du ministère tunisien du développement de la coopération internationale. Il faut noter que ce taux se situe à une moyenne de 73,2%, à l'échelle mondiale. On n'en était pas très loin, en 2010. « Le traitement de l’investissement privé, en Tunisie, passe par le traitement des défaillances, observées au niveau de l’ancienne version du code d’investissement, nécessitant l’élaboration d’un nouveau code, axé sur la transparence, le respect de la concurrence loyale et la protection juridique des investisseurs», a souligné, mercredi 14 mai, le chef de cabinet du ministre du Développement et de la Coopération internationale, Karim Jamoussi, en marge d’un forum sur le code d’incitation à l’investissement.

Selon M Khalil Laabidi, directeur du département des études et de la législation fiscale, relevant du ministère tunisien des Finances, il existe une flagrante disparité, dans la répartition régionale, des investissements privés. Surtout que « les régions de l’ouest ne reçoivent que la moitié de la moyenne des investissements au plan national», a fait savoir M Khalil Laabidi. Ainsi, le bilan des incitations, contenues dans l’ancien code d'investissement, montre que 70% des avantages fiscaux vont aux activités de l’export, contre, uniquement, 7%, orientés vers les projets de développement régional. Les incitations fiscales participent à 2,5% du PIB tunisien, et représentent 10% des recettes fiscales.

L'on note qu'en Tunisie, 90% des incitations, accordées aux investisseurs, sont d’ordre fiscal alors que le reste est d’ordre financier. Par ailleurs, l'on s'étonne de constater que sur un total de 24 mille entreprises, les incitations fiscales et douanières, en Tunisie, se focalisent, uniquement, sur 2 500 entreprises, ce qui traduit une flagrante distorsion entre les objectifs du code, et les résultats atteints ou constatés. L'on comprend, donc, que Wided Bouchamaoui parte en guerre contre cet état des choses. Actuellement, ce qui prime en Tunisie, «c’est le rétablissement de la confiance de toutes les parties prenantes, dans l’économie nationale, à travers un agenda clair et précis, en instaurant la sécurité, sur le tout le territoire », indique-t-elle, fermement, en ajoutant qu'il est « temps de rompre avec la sous-traitance, pour encourager les secteurs innovants,pour, ainsi, devenir un pays producteur du savoir, d’autant plus, que ce pays compte plus de 200 mille diplômés chômeurs ». On peut rappeler, à ce propos, que la Tunisie s'est engagée, depuis une quinzaine d'années, sur cette voie, à travers la politique de mise en place des technopoles, censées être des pépinières d'innovations et d'essaimage. L'on peut constater, aujourd'hui, qu'aucun bilan de cette action, n'a été fait. Est-ce une fatalité que de refaire, en permanence, les mêmes erreurs ? ?

« La seule bataille que doit mener, de nos jours, la Tunisie, c'est, uniquement, contre la pauvreté ».Voilà le mot d'ordre lancé, en fin de compte, par Wided Bouchamaoui qui a soutenu, lors de son passage, mercredi 15 mai 2013, sur Express FM, que l'économie du pays est, sérieusement, menacée par la contrebande, l'absence de propreté, dans les stations touristiques, l'économie informelle, l'insécurité, l'absence de visibilité politique, les sit-in, non encadrés, l'absence de confiance...et tous ces maux qui ont fait leur appariation, depuis l'avènement de la Révolution. La présidente de la centrale patronale ajoute que le site Tunisie, demeure attractif, pour les investisseurs locaux, et pour les investisseurs étrangers : « Ces derniers sont, actuellement, attentistes, car ils attendent des messages forts, voire des décisions fermes, devant les inciter, à investir dans le pays », messages et signes qui tardent, malheureusement, à être émis, à bon escient, par les autorités compétentes, de ce pays.

Quand au second point, du plan d'urgence de Wided Bouchamaoui, relatif à la reconquête du marché tunisien, par les producteurs locaux, il est d'importance vitale, dans la mesure où c'est la clé de la remise en marche, de la machine de production. Souffrant de l'érosion de son pouvoir d'achat, le client tunisien s'est habitué à faire appel, aux produits de mauvaises qualité, pour satisfaire ses besoins, les plus divers. Selon les experts, l'érosion de la couche moyenne de la population, qui composait le socle régulateur du marché, a atteint depuis, juin 2012, le point de non retour. Toujours, d'après ces spécialistes, il faudrait, compter, au moins, une dizaine d'années, pour voir se recomposer cette couche moyenne, qui concernait, en 2010, 74% de la population. Fautes de statistiques fiables, il n'est pas possible, aujourd'hui, d'avancer un pourcentage crédible, concernant ce qui reste de cette couche moyenne, qui faisant la ferté de la Tunisie. Sans des données fiables, qui s'inscrivent dans des séries statistiques historiques, l'on est réduit à faire du bricolage. Or, cela fait plus de trois siècles que l'on sait, que bricolage et économie sont des antinomies.

Tunisie Focus

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