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Polémique Mali : le discours d’Aminata Traoré que Paris ne veut pas entendre



La France a-t-elle refusé un visa à l'ancienne ministre malienne Aminata Traoré, qui critique vivement la politique française vis-à-vis de son pays ? L'affaire fait grand bruit dans une partie de l'opinion, choquée que la France refuse d'entendre une des voix plurielles de ce pays tout en affirmant l'avoir sauvé.
L'affaire est toutefois plus complexe qu'un simple refus de visa. Vincent Floréani, porte-parole adjoint du Quai d'Orsay, déclare à Rue89 :
«Mme Traoré n'a déposé aucune demande de visa à l'ambassade de France. Il n'y a pas d'opposition politique à sa venue en France».
Contactée par Rue89, Aminata Traoré en convient : ce n'est pas à la France qu'elle avait demandé un visa, mais à l'Allemagne, pour répondre à une invitation de la Fondation Rosa Luxembourg, liée au parti de gauche Die Linke. Elle devait ensuite venir à Paris pour participer à une réunion publique, coïncidant avec le débat parlementaire sur le prolongement de l'opération Serval.
Pas de visa Schengen
C'est là que s'est produit le problème. Au lieu d'avoir un visa Schengen, lui permettant de circuler ailleurs en Europe, elle a reçu un visa exclusif pour l'Allemagne, avec obligation de se présenter à l'ambassade allemande à Bamako dès son retour, pour prouver qu'elle avait respecté l'interdit. Une mesure qui l'a obligée à modifier son itinéraire via Istanbul, au lieu d'Amsterdam comme prévu.
Aminata Traoré a été informée officieusement de source allemande que c'est la France qui a mis son véto, comme elle en a le droit, à l'extension Schengen de ce visa pour l'Allemagne. Au Quai d'Orsay, on déclare ne pas être intervenu et rejette la responsabilité sur... l'Allemagne.
Alors, erreur allemande ? Initiative locale d'une ambassade trop zélée ? Ou décision politique du gouvernement français ne souhaitant pas avoir cette voix dissonante à Paris, au moment du débat parlementaire ?
L'ancienne ministre malienne, âgée de 66 ans et qui a fait ses études à Caen, est d'autant plus surprise, déçue, et même, nous a-t-elle dit, «humiliée» (un mot qui évoque l'un de ses livres, «L'Afrique humiliée») par cet interdit, qu'elle était hier encore invitée et fêtée par le PS.
Martine Aubry, alors premier Secrétaire, l'avait invitée à l'université d'été de La Rochelle en 2010, où elle avait côtoyé Laurent Fabius, aujourd'hui ministre des Affaires étrangères et donc responsable de l'administration consulaire... Et elle se souvient avoir hébergé chez elle Danielle Mitterrand, lors d'un Forum social mondial à Bamako

Voix dissonante
L'affaire n'est pas anodine. Jeudi, François Hollande a démarré sa conférence de presse par une référence au Mali, et il se trouvait la veille à Bruxelles pour une réunion internationale qui a généré 3 milliards d'euros d'aide au Mali.
Or Aminata Traoré, altermondialiste engagée, personnalité de la société civile malienne qui n'a pas peur des polémiques et des combats politiques, s'insurge contre la manière dont la France dicte les termes du processus politique au Mali.
Sans nécessairement être d'accord avec elle, il faut écouter ce qu'elle a à dire sur la manière dont Paris, comme s'en est encore félicité jeudi François Hollande, bâtit une démocratie de façade à Bamako, dont le point d'orgue sera l'élection présidentielle de juillet.
Aminata Traoré s'insurge contre ce scrutin qui, selon elle, ne résoudra rien :
«Nous avons eu pendant plus de deux décennies le titre de démocratie exemplaire. Nous étions les bons élèves de la démocratie et du FMI, les bons élèves d'un libéralisme dont nous n'avions pas les moyens...
Le Mali a engrangé un maximum de soutiens financiers entre 1992 et 2002, mais qu'ont-ils fait de cet argent ? Il est allé à des projets qui n'ont créé ni richesses ni emplois.
La démocratie libérale, telle qu'elle est définie par l'Occident, nous n'en voulons plus. Nous préférons nous poser la question de savoir comment démocratiser autrement, donner un vrai contrôle aux citoyens».
Rue 89.com

Rewmi

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