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Somalie - Les dessous toxiques de la piraterie

Véritable industrie au large des côtes somaliennes, la piraterie n’est pas uniquement le fait de bandits locaux armés et rompus aux enlèvements d’Occidentaux en quête de juteuses rançons. Il y a une autre piraterie, méconnue et dans laquelle mouille des trafiquants étrangers, essentiellement Européens. Cette piraterie-là trafique un autre type de «marchandises»: les déchets toxiques en provenance des pays riches, surtout européens. Le journaliste d’investigation français Paul Moreira diffuse un reportage édifiant sur la chaîne Arte, dans la soirée Thema du 24 mai 2011.

Grâce à son fixeur (homme de confiance, souvent journaliste local), déterminant pour mener à bien son travail et préserver sa vie sur ces terres des plus dangereuses, le journaliste a pénétré jusqu'à Hobbyo, «la capitale de la piraterie». Il fait d'ailleurs un récit détaillé de son périple et des conditions de réalisation de son enquête.

Moreira réussit à recueillir les témoignages des anciens à Hobbyo. Ils reprennent à leur compte un discours répété depuis une décennie par des pirates somaliens, rapporte RFI: les bandits, ce sont les étrangers qui profitent du chaos dans lequel est plongé le pays, les navires européens qui viennent illégalement pêcher dans les eaux somaliennes et déversé leurs déchets toxiques. 

En 2005, après le tsunami en Asie du sud-est, des fûts de déchets toxiques se sont échoués sur les côtes somaliennes. Les conséquences sanitaires de ce trafic sont désastreuses pour les populations locales: mort des poissons, enfants malades, malformations etc. Moreira n'est pas dupe de «l'excellent prétexte» invoqué par les pirates somaliens pour justifier leurs propres activités, mais cela n'enlève rien à leur témoignage qui révèle une face cachée de la criminalité sur mers en Somalie.

La réalité est que des dizaines et dizaines de barils contenant des substances toxiques sont arrivées sur leurs côtes et personne n’en a parlé. Les enquêtes (PDF) ont prouvé qu'ils proviennent de navires utilisés par des Occidentaux, surtout Européens. Cette tragédie africaine n'est pas sans rappeler l'affaire du Probo Koala.

Lu sur Arte, RFI