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Ben Ali salarié de Kadhafi

Si le monde a entendu Kadhafi déclarer sans détours lorsque Ben Ali a fui la Tunisie que ce dernier «était toujours le président légitime de la Tunisie» et qu’il espérait que celui-ci règne «à vie», il semble que les liens entre les deux dictateurs étaient plus qu’indéfectibles, comme le révèle un article de Métro Montréal daté du 4 août 2011.

Reprenant une interview que l’ancien ministre des Affaires étrangères de Mouammar Kadhafi, Abderrahmane Chalgham, avait donné au quotidien saoudien Al-Hayat et parue en quatre parties du 16 au 19 juillet 2011, le quotidien pointe un fait peu banal: Ben Ali percevait un salaire mensuel de Kadhafi, qui lui avait même acheté un avion.

Sans préciser la somme exacte, l’ancien chef de la diplomatie libyenne révèle les raisons de cette faveur, qui datait du régime de Bourguiba (1957-1987). A l'époque, Ben Ali avait sécurisé les frontières tuniso-libyennes lorsque des rebelles voulaient mettre à bas Kadhafi et son temple Bab Al-Azizia.

Cet événement n’est pas sans lien avec l’éphémère union tuniso-libyenne de 1973-74, où Habib Bourguiba et Mouammar Kadhafi avaient proclamé pour un temps la naissance d’un nouvel Etat, la République arabe Islamique, sur l’île de Djerba. Le chef de l’Etat libyen avait apparemment proposé le nom de Ben Ali parmi les Tunisiens destinés à occuper des postes stratégiques.

Ce dernier sera par la suite écarté, les relations entre les deux pays s'étant taries avec l’échec de cette union. Le dictateur garde cependant un contact privilégié avec Kadhafi, comme l’atteste le coup de fil échangé entre les deux dirigeants le 15 janvier 2011, au moment où Ben Ali a quitté la Tunisie.

Selon l’ex-ministre Abderrahmane Chalgham, Kadhafi était obsédé par la sécurité et avait également tenté une percée dans les services de sécurité égyptiens. Il considérait par exemple Omar Souleimane, l’ancien directeur des services de renseignements généraux de Moubarak comme un lien sûr entre l’Egypte et la Libye. Le but de ces manipulations diplomatiques visait aussi à éliminer la menace islamiste.

Cette générosité n’a pas touché que le président tunisien déchu, mais aussi de nombreux dirigeants africains comme Moussa Dadis Camara, ancien président guinéen, qui avait reçu du Guide un chèque et une voiture. Mais gare à ceux que Mouammar n’appréciait pas, comme le roi d'Arabie saoudite Abdallah ben Abdelaziz Al Saoud, qu’il aurait tenté d’assassiner. Selon l’ancien ministre, Kadhafi jalousait la fortune du prince héritier.

Quel que soit aujourd’hui l’avenir du dirigeant libyen, ses grâces ou ses disgrâces auront durablement laissé leur trace dans le passé de certains dictateurs africains, même pour ceux qui ne lui manifestent plus leur soutien.

Lu sur Métro Montréal, Mosaïque FM