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Moubarak et ses fils Alaa et Gamal, lors de l'audience du 3 août au Caire. © REUTERS/Reuters TV
Moubarak et ses fils Alaa et Gamal, lors de l'audience du 3 août au Caire. © REUTERS/Reuters TV

L'armée égyptienne sort renforcée du procès Moubarak (Màj)

Le procès de l'ancien président égyptien permet aux militaires, qui gèrent la transition, de consolider l'estime dont ils bénéficient dans l'opinion. Ils sont aidés en cela par l'incertitude qui règne dans le pays.

Mise à jour: Le lundi 5 septembre 2011, l'ex-président égyptien, Hosni Moubarak, a comparu allongé sur une civière à la troisième audience de son procès entamé le 3 août. Au cours de l'audience qui se tenait à huis clos, quatre témoins se sont succédés afin de définir les responsabilités du dictateur déchu dans les meurtres de manifestants par des tireurs embusqués lors de la révolte de février 2011.

A l'issue du procès, les différents témoins appelés à la barre n'ont pas pu étayer les accusations contre l'ex-président égyptien. La cour a annoncé la prochaine audience du procès de l'ancien chef d'Etat fixée au mercredi 7 septembre 2011.

A 83 ans, Hosni Moubarak est jugé pour corruption, détournement de fonds publics et meurtre avec préméditation au cours de la répression du mouvement de contestation qui a provoqué sa démission, et dont le bilan officiel est de 840 morts. 

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Le Conseil suprême des forces armées est le premier bénéficiaire du procès de l'ex-président égyptien Hosni Moubarak —le premier du genre dans le monde arabe. Moubarak n'est pas jugé par un tribunal spécial, et n'a pas été traduit devant les autorités judiciaires au lendemain d'une invasion étrangère (ce qui fut le cas de l'ex-dirigeant irakien Saddam Hussein).

Avant le mercredi 3 août et l'apparition de Moubarak dans la salle du tribunal, allongé sur une civière, bon nombre d'Egyptiens doutaient de la détermination des membres du Conseil à faire comparaître leur ex-commandant devant la justice. En décidant de ne pas intervenir en faveur de l'ex-raïs, les responsables militaires viennent de redorer leur blason auprès du grand public et de réaffirmer leur soutien à la révolution.

Dans le même temps, le mouvement révolutionnaire initié par la jeunesse perd peu à peu la confiance du peuple. Le procès ne respectera sans doute pas les normes internationales de la justice. L'évènement est pour le moins médiatique. Médiatique et mineur, car il n'aura que peu d'impact sur le climat politique tendu du pays, alors que se profilent les élections législatives de novembre 2011.

Tactique ou réelle conviction?

Les détracteurs du Conseil militaire soupçonnaient ce dernier de vouloir s'opposer à la tenue même du procès. Mais le mercredi 3 août, Moubarak, ses fils, l'ancien ministre de l'Intérieur et plusieurs proches collaborateurs de l'ex-raïs ont été accusés de corruption et d'être impliqués dans le meurtre de manifestants pacifiques.

L'instance a pris la décision de ne pas intervenir; ce qui indique que ses membres sont prêts à voir Moubarak jugé par un tribunal politisé, dès lors que leur propre survie en dépend. En adoptant cette position, le Conseil réaffirme son adhésion à la cause révolutionnaire, surprenant par là même bon nombre de militants progressistes.

Le Conseil militaire en sort renforcé, et prend ainsi l'ascendant sur la jeunesse militante. Au printemps 2011, la population égyptienne était très favorable au mouvement de contestation, mais son enthousiasme s'est quelque peu évanoui depuis. Le procès réjouit certes nombre de militants (puisqu'il est le fruit direct de leur lutte), mais l'influence —à court terme— qu'ils peuvent avoir sur les militaires est limitée. Si les militants optent pour une reprise des manifestations au lendemain de cette victoire, leur popularité continuera de décroître.

Dans l'opinion publique, on commence à penser qu'ils dépassent les bornes. Un tel comportement permettrait au Conseil d'orchestrer la transition avec plus de facilité et lui permettrait aussi de conserver sa position privilégiée, ses deux objectifs principaux.

Incertitude générale

Le manque de stabilité de l'Egypte pourrait également servir l'armée qui est perçue comme l'unique force garante de l'ordre. La montée en puissance des salafistes, les tensions communautaires, la mauvaise santé économique et la situation politique incertaine ont plongé le pays dans le doute. Au vu de cette incertitude générale et de la très nette baisse de popularité des révolutionnaires, la cour pourrait se contenter de condamner Moubarak à une peine de prison (purgée dans un lit d'hôpital) plutôt que d'opter pour la peine capitale.

Les partis islamistes égyptiens sortiront eux aussi renforcés de ce procès. Les islamistes, qui ont souffert sous le régime de l'ex-raïs pensent déjà aux prochaines élections. Les militants laïques et progressistes, quant à eux, s'intéressent principalement aux suites de ce procès et à la réforme des services de sécurité.

Hani Sabra

Traduit par Jean-Clément Nau

 

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Les articles signés Foreign Policy ont d'abord été publiés en anglais sur le site Foreign Policy, magazine en ligne américain de Slate Group, spécialisé dans les affaires étrangères et l'économie.

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