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Roue libre / URD : Oumar Ibrahim, l’agneau du sacrifice

Après avoir fait huit ans de bagne, l’écrivain russe Alexandre Soljenitsyne fut réhabilité en 1957. C’est alors qu’il aggrava son cas en écrivant des romans et chroniques dénonçant le stalinisme et les atteintes aux droits de l’homme en URSS. Parmi ses pamphlets on peut notamment citer « l’Archipel du goulag » et « Une journée d’Ivan Denissoitch« .

Oumar Ibrahim Touré

 

Déchu de la citoyenneté soviétique et expulsé de son pays, il s’exila aux Etats-Unis pour ne revenir qu’en 1994. Pour les mêmes raisons presque le même sort fut réservé au physicien nucléaire Andrei Sakharov, le père de la bombe H qui fut assigné à résidence pendant six ans à Gorki. Quant à Trotski, le fondateur de l’armée rouge qui s’opposa ouvertement à Staline, il fut assassiné en exil au Mexique par un agent de celui qu’on appelait communément « le petit père des peuples » D’aucuns disent aussi que Mao a inventé de toutes pièces la révolution culturelle pour mieux éliminer des rivaux comme Deng Xiaoping, deux fois victime du système qui prônait l’ouverture de la Chine au capitalisme.

 

Mais il n’y a pas que les « dissidents » en URSS, en Chine et de façon générale dans les régimes communistes. Et d’abord depuis son avènement la démocratie malienne a beaucoup souffert du vagabondage politique, que d’aucuns appellent improprement transhumance. Faute de textes appropriés sinon de garde-fous on assiste à des va et vient incessants entre les différentes formations. Pendant que certains ont déjà fait dix partis politiques d’autres de guerre lasse parce que n’ayant pas trouvé où remplir leur poche et leur panse, ont jeté l’éponge. Le militantisme sous nos cieux c’est du bluff. Le manque total d’idéal, de conviction, de moral et de citoyenneté a donné libre cours à la corruption par l’achat des consciences. Ici on n’a que des adeptes du sonnant trébuchant, du pagne, du sucre, du thé assaisonnés d’un peu de folklore côté femme. Quoi d’étonnant alors à ce que certains partis politiques soient considérés comme les mères de tous les partis. On rit sous cape de la saignée de l’autre comme si la chèvre du voisin était morte pour qu’on fassent une bonne sauce. Il n’est simplement que de voir le nombre impressionnant de formations portées sur les fonts baptismaux pour croire qu’au Mali on n’est nullement en pleine démocratie mais en pleine anarchie. Créer un parti est une façon de se faire valoir tout comme on crée un orchestre à Kin-la-joie. Le hic est que ces partis sont devenus des bordels qui accueillent les prostitués jusqu’au petit matin.

 

A certains égards, quoi de plus normal que le vagabondage soit la règle et la dissidence une mode. Il faut surtout incriminer le manque de démocratie au sein du parti. Toute voix discordante est considérée comme un crime de lèse-majesté. Même l’UDPM, le parti de la dictature avait des principes nobles qui disaient : « un seul parti, oui ! Un seul chef, non » Aujourd’hui, il n’y a qu’un seul parti et un seul chef. Celui-ci se comporte comme un despote éclairé. Contrairement à d’autres l’Adema, ce colosse au pied d’argile, est un parti sans chef, c’est-à-dire à plusieurs chefs qui se considèrent chacun comme un roitelet de village. C’est le parti des snipers, des francs tireurs et des tireurs au flanc. La preuve, on vient d’organiser de fausses primaires pour faire croire aux gens que la compétition sera démocratique comme en 2002. Or, il n’en est rien. Les faux sages de la commission de sélection des candidatures dirigée par un membre du MNLA se sont réunis en catimini pour choisir de façon sournoise un néophyte que les Maliens ne connaissent ni d’Eve ni d’Adam éliminant du coup tous les apparatchiks du parti. Colère d’Achille chez Boubèye, cet éminent membre de la direction centrale. Vertu du consensus ou vertu du complot ? A l’URD, c’est un autre dignitaire, Oumar Ibrahim Touré qu’on immole sur l’autel de la dissidence. Il est accusé de travail fractionnel comme si on était sous le règne d’un régime communiste. Fort heureusement qu’il ne porte pas au cou l’ardoise de l’infamie car cela vaut pour les révisionnistes et les déviationnistes. Oumar Ibrahim Touré est certes libre mais on l’a mené à l’abattoir pour avoir eu des velléités qui contrariaient les ambitions du grand sachem. Ne nous leurrons pas, ce parti a été créé pour une seule cause : porter Soumi champion à la présidence de la République. Le reste est sans intérêt. De plus on ne bouscule pas impunément Younoussi Touré le cerbère du temple d’Apollon.

 

Or, Oumar n’a pas fait de calcul, il a bondi sur ses ambitions comme mu par une force intérieure. Depuis ses démêlés avec le fonds mondial de la santé, il devait savoir qu’il a été lâché par les siens. Aucun message de compassion ne lui est parvenu de la part des responsables du parti. Triste fin d’une aventure qui a commencé dans la ruche où Soumi, lui aussi, a été poignardé dans le dos.  Si l’expérience vaut mieux que la science, aujourd’hui le nabab de Goundam se rend compte à ses dépens que la politique est l’art du plus fourbe. Mais  surtout que dans ce domaine particulier il n’est pas facile de tout reprendre à zéro. Si Abraham a voulu sacrifier son fils par dévotion à Dieu, l’URD a chassé Ibrahim sans frais pour pouvoir monter à Koulouba.

                                        

Mamadou Lamine DOUMBIA

 

 

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