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Au café, des mines de phosphate à facebook

Près de la frontière tunisienne, la ville d'El Kouif ( Tébessa) porte les stigmates de la fin de l'exploitation de ses mines de phosphate. Aujourd'hui, la ville oscille entre regrets d'un passé prospère et espoir d'un avenir meilleur dans un pays étranger. Il est 4h du matin. Au sommet d'une montée abrupte, entre deux virages, la ville d'El Kouif apparaît. Au-dessus des deux vallées se trouvent les trois villages de la ville dont la plupart longent des sentiers. A première vue, une rangée d'anciennes villas jaunies sont encore intactes, malgré quelques fissures apparentes. Elles ont été construites au début du XXe siècle pour loger les cadres et les mineurs européens qui venaient travailler à la mine de phosphate. Dans l'autre partie de cette ville que l'on l'appelait autrefois «Petit Paris», et au milieu des friches libérées par 35 ans de déclin de l'exploitation, le paysage est lunaire : une gare, une ancienne église, un petit complexe sportif et les hangars d'un concasseur entourent les vestiges de l'époque coloniale. Dans la tranquillité matinale, les échoppes du centre-ville sont encore fermées mais les passants se dirigent vers le café pour prendre leur petit-déjeuner avant de rallier leur lieu de travail. Le café Lieutenant ouvre ses portes chaque matin depuis 50 ans. On l'appelait «Café Papillon», un sobriquet donné à un serveur kouifien comparé par les Français à un papillon pour sa rapidité et la blouse multicolore qu'il portait. Au fil des années, il est devenu l'endroit privilégié des Kouifiens, une échappatoire pour tuer le temps et partager des idées. Dès le matin, jeunes et moins jeunes s'y mélangent pour boire du café, du thé à la menthe ou encore fumer du narguilé. Tuer le temps Ce matin-là, la journée s'annonce chaude. Les marchands du souk hebdomadaire affluent vers le café. L'endroit est très spacieux avec de hauts plafonds et de grandes fenêtres qui donnent sur une vaste cour qui sert de terrasse. Sur le mur, fraîchement repeint, est accrochée la photo du propriétaire en uniforme militaire, entourée de deux faux fusils de chasse. Trois hommes âgés regardent les informations. Hadj Madjid est un habitué du lieu. «Après avoir fait toutes les commissions pour ma famille, je viens ici pour m'évader et tuer le temps avec mes amis», dit-il d'une voix enrouée. Face à lui, ammi Rebaï désigne des photos d'El Kouif durant l'époque coloniale. «A cette époque, nous bossions comme des Nègres dans la mine de phosphate», raconte-t-il. Un grand homme barbu ajoute : «Avant, on appelait la ville le Petit Paris. Depuis le déclin de l'activité de la mine en 1978, c'est devenu une ville fantôme sans ressource ni rien ! Où sont les vestiges de la mine ? Où sont le concasseur en ferronnerie, la piscine et le poste d'oxygénation ? Pourquoi n'a-t-on pas pu conserver ces choses-là ?» Le café Lieutenant évoque chez les anciens kouifiens, les mineurs en particulier, le passé de la ville. Ici, on débat de tout et de rien. «Parfois, des querelles éclatent entre nous et nous restons fâchés toute la journée», déclara Madjid en riant. Dans l'après-midi, le café s'ouvre aux jeunes. «Le matin, pas de fumée de narguilé ni de wifi. Ensuite, l'après-midi c'est pour les jeunes qui viennent se détendre après une journée dure de travail», explique Salim, le jeune propriétaire du café. Le premier arrivé est Ayoub, un passionné de moto de 21 ans, électricien automobile. D'un geste furtif, le serveur lui apporte du thé à la menthe et un narguilé. Pour lui, le rendez-vous avec ses amis est incontournable. «On vient souvent après le travail», dit-il. Wifi Un jeune pompier se joint à lui. Taki est un fervent supporter de l'équipe de foot du Real Madrid. Mais après l'élimination de l'équipe en Champions League, Ayoub dit en souriant : «C'est fini pour les équipes espagnoles, il va falloir laisser la place à d'autres !» Quelques minutes plus tard, Bilel, 25 ans à peine, s'assoit à leurs côtés. Diplômé en droit, il a dû se transformer en vendeur de vêtements pour aider sa famille. «Bilel est un vrai connaisseur, il nous rapporte tout ce qui est nouveauté pour les jeunes», confie un jeune militaire assis de l'autre côté du café. Depuis que le café est doté d'un système wifi, il est très prisé par les jeunes qui viennent avec un lap-top ou un téléphone portable pour conquérir virtuellement le monde. Facebook, twitter et Skype sont les favoris de la navigation. Chatter avec des filles de l'autre côté de la mer est un espoir de mettre un pied en Europe. Ils disent qu'ils veulent fuir la misère, le manque de distraction, la bureaucratie et le chômage. Ils déplorent les salaires dérisoires avec lesquels on ne peut ni acheter une maison ni fonder une famille. Rahim, 29 ans, chômeur, est replié dans un coin au fond du café, les yeux rivés sur son ordinateur. «Je parle via Skype avec mon amie, une Roumaine qui vit en France. Elle m'a promis de m'envoyer une attestation d'hébergement pour demander un visa et aller en Europe pour m'y faire une situation.»  Vieux château Quelques scènes du film La nuit s'achève, du producteur Pierre Mère, y ont été tournées. Le film raconte l'histoire d'un mineur d'El Kouif qui devient aveugle après une explosion au fond d'une mine. On raconte que le grand acteur français Jean Gabin y a passé un week-end. Il y a six ans, l'édifice de la Société nationale de recherche et d'exploitation minière (Sonarem) fait l'objet d'un litige après la vente au dinar symbolique, conclue entre la mairie et un entrepreneur. La vente n'est pas du goût des habitants. «Pourquoi ne pas le transformer en musée pour collecter tout objet qui concerne la mine de phosphate ?», sinterroge l'un d'eux. Pour Kaïs, un jeune lycéen, il faut transformer cette bâtisse en une auberge ou une bibliothèque pour les jeunes. Les habitants veulent désormais créer une association pour sauvegarder la ville.  

El Watan

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