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Le président Barack Obama lors de son discours à Washington le 19 mai 2011. REUTERS/Jason Reed
Le président Barack Obama lors de son discours à Washington le 19 mai 2011. REUTERS/Jason Reed

Discours d'Obama: ce qu'en pense le Maghreb

Dans la presse du continent, le discours de Barack Obama sur les relations avec le monde arabe a convaincu. Pourtant, forts de leurs expériences diplomatiques récentes, les éditorialistes restent méfiants.

Le président américain Barack Obama a tenu un discours sur la politique étrangère des Etats-Unis vis-à-vis du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, le 19 mai à Washington, dans lequel il promet aides financières, allégement de la dette égyptienne et soutien des transitions démocratiques dans ces régions.

Une allocution qui s’inscrit dans la continuité du discours qu'il a tenu au Caire en 2009 et dans lequel il revendiquait déjà sa volonté de transparence:

«L’Amérique alignera ses politiques avec ceux qui veulent la paix. Nous dirons en public ce que nous dirons en privé aux Israéliens, aux Palestiniens et aux Arabes.»

Même si le discours de Washington a globalement convaincu, les éditorialistes arabes s’interrogent d'une part sur l’origine de ces aides financières annoncées et d'autre part sur les intentions américaines qui, une fois de plus, viennent coiffer au poteau les Européens dans leurs relations avec les pays arabes.

Algérie

Dans un éditorial d'El Watan, Ghania Lassal pose la question de la réactivité diplomatique, là où justement l’Europe a perdu sa légitimité dans le monde arabe:

«L’annonce de réformes, aussi ambitieuses soient-elles, ne suffit plus.»

Dans les mêmes colonnes, le journaliste Mohammed Larbi s'interroge sur ces nouveaux principes dont se parent les Etats-Unis:

«Quel en serait alors le mode opératoire, sachant que jusque-là, les Etats-Unis entretiennent des rapports parfois étroits et même stratégiques avec des régimes pourtant opposés à ces mêmes principes [...]?»

Dans L’Expression, le professeur Abdel Kader Mahmoudi, enseignant en sciences politiques et relations internationales à l’université d’Alger, revient sur le passé diplomatique trouble de Washington:

 «Les Américains sont foncièrement engagés dans leurs positions contre certains dirigeants arabes, alors qu’ils se sont montrés solidaires avec d’autres.»

Badis Guettaf, dans un édito paru dans Le Jour d’Algérie, s'interroge sur les conditions de l'aide économique américaine:

«Ce n’est pas une blague, Barack Obama a dit qu’il veut aider les Arabes [...] On parle de l’Egypte et de la Tunisie et d’un paquet de dollars à la clé. La somme va aller au "soutien à la transition démocratique". Cette sollicitude pourrait être étendue à d’autres, dit-on, on ne dit pas lesquels, sauf qu’ils doivent suivre les pas des deux premiers en engageant des "réformes".»

Liberté publie un édito de Mustapha Hammouche, pour qui le discours de Barack Obama rectifie celui du Caire:

«Le discours du président Obama corrige celui prononcé en juin 2009 au Caire. Il y a deux ans, le président des États-Unis s’adressait à un  "monde musulman" désincarné et compact, politiquement homogène et donc confus [...] Finalement, le mérite de cette "révolution arabe", c’est que loin d’être suscitée, c’est elle qui a suscité une révolution d’attitude dans des opinions qui nous vouaient, culturellement, à assumer un sous-développement politique.»

Tunisie

Le Temps considère que «le Maghreb n'est pas vital pour Washington» et s'interroge sur ce soudain revirement américain:

«Est-ce l’Amérique qui a changé le monde, avec Obama, ou est-ce plutôt le monde qui a changé l’Amérique [...] Le monde change, l’exception arabe qu’on croyait fatale tombe et l’Amérique prétend avoir réussi tout cela. Et voilà qu’Obama promet 2 milliards de dollars —techniquement on n’a toujours pas compris comment!— à la Tunisie et l’Egypte en "soutien à la transition démocratique"  

Quant à la France, même si elle doit revoir son positionnement vis-à-vis du Maghreb, elle demeure pour le quotidien le partenaire essentiel de la Tunisie:

«Car la Tunisie et la France sont, aujourd'hui, condamnées à dépassionner leurs rapports et à "redevenir" le vieux couple qu'(elles n'ont) jamais réussi à être...»

La Presse de Tunisie salue l’initiative des Etats-Unis, qui négocient un virage dans ses relations avec certains pays du Maghreb —à l'heure où l'Europe semble décidée à camper sur ses anciennes positions:

«Quelque peu sélectif [...] le mea-culpa est tout de même important pour les Tunisiens et les Egyptiens qui ont vu leurs dictateurs vivement soutenus pendant des décennies par les administrations américaines successives».

Enfin, le site d'information Nawaat, connu pour s'être à maintes reprises démarqué de l'opinion générale, publie l'article «Obama: un discours historique en dehors de l'histoire». Son auteur, Fatma Benmosbah, contredit l'originalité d'«un discours en dehors de l’histoire dans lequel l’orateur montre à quel point il n’a pas encore pris la mesure des bouleversements en train de s’opérer dans le monde arabe.»

«Les révolutions tunisienne et égyptienne se sont faites sans lui et n’ont nullement besoin que M. Obama les accompagne. La jeunesse a été plus qu’explicite avec Mme Clinton lors de son passage dans ces deux pays.»

Egypte

L'opinion égyptienne reste méfiante sur les annonces d'allégement de sa dette extérieure, estimée à 30 milliards de dollars (21 milliards d'euros). Ainsi, le romancier A Hany Hassanain écrit dans les colonnes du quotidien Almasryalyoum:

«Obama a souligné que son pays aidera les nouvelles démocraties par le biais de soutiens financiers et en effaçant certaines dettes, mais également en les aidant à récupérer l'argent volé par les régimes mis en accusation. La politique, ce n'est pas de la charité. Alors qu'est-ce qu'on à y gagner les Etats-Unis?»

Maroc

A contre-courant des critiques et des scepticismes de la presse arabe, pour le journal Le Matin, «le Maroc se félicite de l'orientation des USA» et adhère à la stratégie américaine:

«Le Maroc partage, en particulier, la confirmation établie par le président Obama, dans son discours, de la nécessité de conjuguer ouverture politique et développement économique et social afin de répondre aux aspirations légitimes des citoyens.»

Mehdi Farhat

Mehdi Farhat

Journaliste à SlateAfrique

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